Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309436

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309436
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire enregistré les 11 et 12 juillet 2023 et 4 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Sangue, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salariée " dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 80 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle, ou à lui verser à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une inexactitude matérielle des faits et d'une erreur de droit dès lors qu'elle a produit de nombreuses pièces justifiant de son insertion professionnelle ;

- elles méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 8 décembre 2016 ne lui a jamais été notifiée, elle bénéficie dès lors d'un droit au maintien sur le territoire français.

Des pièces ont été enregistrées le 27 décembre 2023, pour le préfet du Val-d'Oise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Colin, rapporteure ;

- et les observations de Me Sangue, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise née le 7 juillet 1990, est entrée en France le 20 avril 2015 selon ses déclarations. Le 4 février 2022, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 21 novembre 2022, dont Mme B demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête deMme B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme C D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait, par arrêté préfectoral n°22-145 du 19 septembre 2022, d'une délégation de signature en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les actes relatifs au séjour ainsi que les obligations de quitter le territoire français. Il n'est ni établi ni même allégué que ce dernier n'était ni absent, ni empêché à la date à laquelle l'arrêté attaqué a été pris. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

6. Il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué que le préfet a mentionné les textes sur lesquels cette décision repose et notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il expose de manière motivée la situation personnelle, familiale, administrative et professionnelle de Mme B ainsi que les motifs pour lesquels le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Au surplus, l'exigence de motivation n'implique pas que l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de la requérante. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté ni des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas, avant de prendre l'arrêté contesté, procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

9. D'une part, contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet ne s'est pas fondé pour apprécier son expérience professionnelle sur la circonstance qu'elle n'avait produit qu'un Cerfa mais sur l'insuffisance de son expérience professionnelle. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige serait entachée d' une inexactitude matérielle des faits et d'une erreur de droit.

10. D'autre part, Mme B se prévaut de sa durée de présence sur le territoire et de son insertion professionnelle significative. Il ressort des pièces du dossier que la requérante justifie par la production de ses bulletins de salaire qu'elle a travaillé en tant qu'agent polyvalent pour la société Barth services de mai à décembre 2017, toute l'année 2018, de janvier à avril 2019, puis pour la société Mankonga Mumpesu de janvier à février 2020, et pour la société SARL MACHA SERVICES d'août à septembre 2021. Toutefois, nonobstant la promesse d'embauche et l'autorisation de travail signées à son profit par la SARL MACHA SERVICES le 28 janvier 2022 et février 2022, l'expérience professionnelle d'un peu plus de deux ans dont Mme B se prévaut est insuffisante et ne permet pas de justifier d'une insertion professionnelle ancienne, stable et durable en France. Par ailleurs, la requérante qui ne fait état d'aucune attache sur le sol français est célibataire et n'est pas dépourvue de famille dans son pays d'origine où réside ses trois soeurs et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise, en refusant son admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas méconnu ces dispositions. Dès lors, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ()

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement, les décisions contestées n'ont pas porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et n'ont donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Enfin, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date d'édiction de la décision attaquée : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. /Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. ".

14. Mme B soutient que l'obligation de quitter le territoire français en litige a été prise en méconnaissance de son droit au maintien sur le sol français dès lors qu'il ressort de la fiche Télémofpra produite par le préfet en défense que l'ordonnance du 8 décembre 2016 rendue sous le numéro 16021961, par laquelle la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours qu'elle avait introduit à l'encontre de la décision de rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA du 26 avril 2016, ne lui a pas été notifiée. Toutefois, ainsi qu'il ressort de la décision de la Cour nationale du droit d'asile rendue à l'issue de l'audience du 8 juillet 2016, à laquelle Mme B et son conseil étaient présents, ladite décision a été lue en audience publique le 8 décembre 2016. Le droit au maintien de la requérante, qui doit être apprécié au regard des textes en vigueur à la date de l'obligation de quitter le territoire français contestée - laquelle au demeurant fait suite à une demande d'admission au séjour introduite au mois de février 2022 - expirait à la date du 8 décembre 2016 en application des dispositions précitées de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir qu'à la date du 21 novembre 2022, à laquelle a été prise l'obligation de quitter le territoire français en litige, elle disposait du droit de se maintenir en France. Le moyen tiré d'une erreur de droit ainsi invoqué doit être dès lors écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Mme B est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

Mme Colin, première conseillère ;

M. Jacquelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.

La rapporteure,

signé

C. Colin

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

E. Pradel

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2309436