Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309451

mercredi 17 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309451
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 12 juillet 2023, le 23 janvier 2024 et le 26 janvier 2024, Mme A, représentée par Me Lalanne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 16 septembre 2022, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle procède d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, dès lors que le préfet du Val-d'Oise s'est mépris sur le fondement de la demande, laquelle était formulée tant au titre du travail qu'au titre de la vie privée et familiale, et s'est abstenu de l'examiner sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît aux stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui refusant un titre de séjour elle-même illégale ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale pour être fondée sur des décisions lui refusant un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français elles-mêmes illégales ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 20 novembre 1989 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Charlery, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante burkinabé née le 20 avril 1980, est entrée pour la première fois en France le 30 mai 2014, munie d'une carte de résident longue durée UE à durée illimitée, délivrée le 14 décembre 2012 par les autorités italiennes. Le 20 septembre 2021, elle a sollicité une carte de séjour au titre de la vie privée et familiale et en qualité de salarié. Par arrêté du 16 septembre 2022, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France pour la dernière fois le 15 avril 2017 et y a donné naissance, le 7 mai 2018, à un fils, B, né de sa relation, entamée en 2016, avec M. E, ressortissant ivoirien titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée le 30 novembre 2020 et valable jusqu'au 29 novembre 2024. Il ressort des pièces du dossier que l'enfant de la requérante, né grand prématuré, présente un retard de développement important générant un retard dans les apprentissages, des difficultés de langage et dans les relations sociales, nécessitant un accompagnement pédopsychiatrique régulier, qui a débuté en 2020, ainsi que des consultations psychologiques mère-enfant et en psychomotricité, pour lesquelles la présence de sa mère est indispensable, ainsi qu'il ressort de l'attestation établie, le 12 octobre 2022, par Mme D, psychologue clinicienne au service de psychiatrie infanto-juvénile de l'espace thérapeutique polyvalent du groupement hospitalier Eaubonne-Montmorency, hôpital Simone Veil. Il ressort également de la même attestation que le suivi pédopsychiatrique de l'enfant est à durée indéterminée, qu'il est susceptible d'être adapté en fonction des évolutions de l'enfant et est complété par un suivi pédiatrique dans le même établissement. Ces constatations sont confirmées par les pièces intervenues postérieurement à l'édiction de l'arrêté en litige, dont il ressort que l'enfant, qui présente un taux d'incapacité compris entre 50 et 80%, bénéficie, par décision du 1er mars 2023 de la Maison Départementale des Personnes Handicapées du Val-d'Oise, valable jusqu'au 31 août 2024, d'une aide humaine aux élève handicapés accordée dans le cadre d'un plan personnalisé de scolarisation. Mme A s'est également vue accorder à ce titre une allocation d'éducation de l'enfant handicapé de base, par une décision du même établissement du même jour, qui s'élève à un montant de 142,70 euros. Par ailleurs, sur le plan professionnel, Mme A établit avoir exercé une activité de garde d'enfant à domicile auprès de particuliers en septembre 2017, janvier, février et avril 2018 et une demande d'autorisation de travail a été renseignée, le 11 mars 2021, par la mission d'accueil spécialisée Chalouette Autisme Essonne, en vue de son recrutement pour exercer l'emploi d'accompagnante éducatif et social, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, suite à une promesse d'embauche du 10 février 2021. Au regard des conditions du séjour de l'intéressée en France et compte tenu de la prise en charge thérapeutique de son enfant et du parcours d'accompagnement pluridisciplinaire qui est mis en place sur le territoire national, le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

3. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision refusant à Mme A la délivrance d'un titre de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. Au regard du motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à Mme A d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous réserve d'un changement de circonstance de droit ou de fait dans la situation de l'intéressée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou à tout préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de la requérante, de délivrer ledit titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour. En revanche il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de L'Etat, partie perdante dans la présente instance, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 16 septembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise ou à tout préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de Mme A, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois courant à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat le versement à Mme A de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère,

M. Prost, premier conseiller,

La rapporteure,

signé

C. Charlery

Le président,

signé

S. OuillonLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2309451