Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309515
lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2309515 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Pole Social (JU) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 juillet 2023, 2 août 2023 et 8 août 2023, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées les 1er août 2023, 15 décembre 2023 et 2 février 2024, Mme A B née C demande au tribunal d'annuler la décision du 31 mai 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation et d'un défaut d'examen, dès lors que le domicile de son époux figurant sur sa carte nationale d'identité correspond à une adresse ancienne ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est dépourvue de logement et en situation d'hébergement et que la précarité de sa situation au regard du logement justifie qu'il soit fait droit à sa demande.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés, indiquant que l'adresse postale litigieuse, sur laquelle les requérants ne se sont pas expliqués apparaît également sur l'acte de naissance de leur fille.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteagle a été présenté au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 31 mai 2023, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté le recours présenté par Mme B tendant à voir reconnaitre sa demande de logement comme prioritaire et devant être satisfaite en urgence. Mme B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir ". Aux termes du premier alinéa du II de l'article L. 441-2-3 : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement () ".
3. La commission de médiation a rejeté le recours amiable de Mme B comme irrecevable, estimant qu'il y avait des incohérences sur ses conditions de logement dans les informations fournies par l'intéressée, dès lors que certaines pièces du dossier faisaient apparaître une adresse de logement au nom de son mari dont il était susceptible d'être le locataire. Toutefois et d'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B et son époux étaient hébergés par leur famille à la date de la décision sur la commune de Clichy. D'autre part, si le préfet se prévaut de ce qu'une adresse postale différente figure sur le titre de séjour de l'époux de la requérante, ainsi que sur l'acte de naissance de leur fille, conférant un caractère incohérent au recours amiable de l'intéressée, il ressort des pièces du dossier que ces deux pièces datent de l'année 2014. Par conséquent et au regard de l'ancienneté de ces pièces, la commission de médiation ne pouvait, sans erreur d'appréciation, estimer qu'elles l'empêchaient de se prononcer en toute connaissance de cause sur la demande de Mme B, ni considérer qu'elle témoignait d'incohérences dans la demande de la requérante quant à sa situation actuelle au regard du logement. Par suite, la requérante est fondée à soutenir qu'en rejetant sa demande pour irrecevabilité, la commission de médiation a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et d'un défaut d'examen.
4. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine du 31 mai 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de changements intervenus dans les circonstances de droit et de fait, que la commission de médiation des Hauts-de-Seine statue à nouveau sur le recours amiable présenté par l'intéressée. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de saisir la commission de médiation de ce département dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement afin que la demande de Mme B soit réexaminée.
Par ces motifs, le tribunal décide:
Article 1er : La décision de la commission de médiation des Hauts-de-Seine du 31 mai 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de saisir la commission de médiation de ce département dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement afin qu'elle réexamine la demande présentée par Mme B.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B née C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.
La magistrate désignée,
signé
M. Monteagle
La greffière,
signé
C. MasLa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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