Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309599
mardi 14 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2309599 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 14 juillet 2023, le 30 décembre 2023 et le 2 février 2024, ces dernières n'ayant pas été communiquées, M. A, représenté par Me Samba, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 juin 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que l'arrêté attaqué :
- est insuffisamment motivé et procède d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet du Val-d'Oise a produit les pièces constitutives du dossier qui ont été enregistrées le 27 décembre 2023.
Par une ordonnance du 12 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-malien du 26 septembre 1994 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Charlery, rapporteure ;
- et les observations de Me Orum, substituant Me Samba, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 31 décembre 1985, déclare être entré en France le 20 décembre 2018 démuni de tout visa. Le 17 février 2023, il a sollicité son admission au séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article 5 de l'accord franco-malien. Par arrêté du 15 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. M. A sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. En l'espèce, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali signée à Bamako le 26 septembre 1994, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui des relations entre le public et l'administration. Le préfet du Val-d'Oise souligne que M. A a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article 5 de l'Accord franco-malien, lequel renvoie aux dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux titres de séjour portant la mention " salarié ", auquel il ne peut prétendre faute de justifier de la détention d'un visa de long séjour et d'un contrat de travail visé. L'arrêté précise que l'intéressé ne peut davantage prétendre à une admission au séjour à titre exceptionnel en qualité de salarié, dès lors que son ancienneté dans l'emploi de cuisinier qu'il occupe, sur la période allant de novembre 2019 à décembre 2022, ne peut être prise en compte faute de présentation d'un nombre de bulletins de salaire suffisants. L'arrêté relève également que M. A est célibataire et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside son fils mineur et où il a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans, circonstances dont il découle que la décision ne porte pas atteinte à son droit de mener une vie familiale normale conformément à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et les énonce de manière suffisamment explicite pour permettre une bonne compréhension des motifs qui le fondent, s'agissant particulièrement de l'insuffisance de l'ancienneté de travail, contrairement aux allégations du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué, en particulier au regard des éléments de motivation rappelés au point précédent, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de M. A.
5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
6. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée.
7. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
8. M. A soutient que le préfet du Val-d'Oise a méconnu les dispositions et stipulations précitées en lui refusant une admission exceptionnelle au séjour, dès lors que, sur le plan de la vie personnelle et familiale, il peut se prévaloir d'une durée de séjour en France de quatre années à la date de la décision en litige, il n'a jamais troublé l'ordre public et que ses attaches familiales se trouvent en France, et, s'agissant de son activité professionnelle, il justifie de 40 bulletins de salaire en qualité de cuisinier, emploi qu'il exerce depuis le 5 novembre 2019 au sein de la société WGY95, d'abord à mi-temps, puis à temps complet depuis juin 2021, métier qui correspond à un secteur en tension connaissant un déficit de main-d'œuvre. Toutefois, en ce qui concerne sa vie privée et familiale, M. A ne conteste pas les mentions de l'arrêté en litige aux termes desquelles il est célibataire et sans charge de famille et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside son fils mineur, ainsi qu'il l'a lui-même indiqué à travers la fiche de salle qu'il a renseignée lors du dépôt de sa demande de titre de séjour. Si cette même fiche de salle fait apparaître la présence en France du frère et de la sœur du requérant, ce dernier n'apporte aucune indication quant à l'intensité et la régularité des relations qu'il entretiendrait avec ces derniers, dont la situation au regard du droit au séjour n'est pas évoquée. De sorte que M. A n'établit pas avoir installé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux de manière suffisamment stable et durable, ni que sa situation caractériserait des circonstances lui permettant de bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour. Au titre de son activité professionnelle, il ressort des pièces du dossier que M. A a été recruté sous contrat à durée indéterminée à temps partiel signé le 20 février 2020 avec la société WGY95 Plancha Grill, pour une durée de travail de 3 heures par jour, du mardi au dimanche, et dont la date d'effet a été fixée au 1er décembre 2019. De sorte que, alors même que la durée de travail de l'intéressé est passée au temps plein à compter du mois de juillet 2021, comme il ressort du bulletin de salaire de ce mois, bien que cet accroissement de volume horaire n'ait été formalisé que par un avenant au contrat de travail du 1er avril 2022, M. A comptabilisait 3 ans et demi d'ancienneté professionnelle à la date d'édiction de l'arrêté en litige, et seulement deux ans d'emploi à temps complet, durées qui ne sont pas susceptibles de caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant la régularisation de sa situation à titre exceptionnel, sans qu'ait d'incidence la circonstance, au demeurant non établie, que le métier exercé relèverait d'un secteur en tension. Enfin, la durée totale du séjour de M. A, dont il n'est pas contesté qu'il est entré en France en décembre 2018, ne saurait à elle seule lui permettre de bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en estimant qu'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel ne justifiait l'admission exceptionnelle au séjour de M. A. L'arrêté en litige ne contrevient pas davantage aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doit être écarté.
9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige procèderait d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. A doit être rejetée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement, qui rejette la requête de M. A n'appelle aucune mesure particulière d'exécution.
Sur les frais de l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens, soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
Mme Charlery, première conseillère,
M. Jacquelin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.
La rapporteure,
signé
C. Charlery
Le président,
signé
S. Ouillon La greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2309599
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2600300
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2612179
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2604311
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2603832
01/10/2026