Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309665

mercredi 17 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309665
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 17 juillet 2023, le 31 août 2023, le 6 novembre 2023, le 28 décembre 2023 et le 12 janvier 2024, Mme I, représentée par Me Sudre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 septembre 2021, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de quinze jours courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de la munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation de ce dernier à percevoir la part de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme I soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et procède d'une erreur manifeste d'appréciation de son état de santé ;

- elle contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle viole l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'ayant pas examiné sa situation sur ce fondement, et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale pour être fondée sur une décision lui refusant un titre de séjour elle-même illégale ;

- elle contrevient aux dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle viole l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle contrevient aux dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 9° de l'article L. 611-3 du même code ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen de sa situation, faute pour le préfet d'avoir fait application des critères visés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme I a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 octobre 2022 du bureau de l'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Charlery, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme I, ressortissante congolaise née le 23 mars 1956, déclare être entrée en France en janvier 2013. Elle a été mise en possession de cinq titres de séjour pour soins sur une période courant du 25 septembre 2015 au 27 mai 2021. Le 26 mai 2021, elle a sollicité le renouvellement du dernier titre de séjour pour soins qui lui avait été délivré. Par arrêté du 15 septembre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine, se fondant sur un avis rendu le 20 juillet 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour pour une durée d'un an. Mme I demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. H B, sous-préfet d'Antony et de Boulogne-Billancourt, qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet des Hauts-de-Seine à l'effet de signer les décisions portant refus de titre de séjour consentie par l'arrêté PCI n°2021-059 du 1er septembre 2021, régulièrement publié le même jour au numéro spécial PCI du recueil des actes administratifs de l'État dans le département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. En l'espèce, la décision en litige vise les textes dont il est fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui des relations entre le public et l'administration. Le préfet des Hauts-de-Seine souligne que Mme I a sollicité le renouvellement du dernier titre de séjour pour soins qui lui avait été délivré, auquel elle ne peut prétendre dès lors qu'aux termes de l'avis rendu le 20 juillet 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, sur le rapport du docteur C F, son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut est susceptible d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier d'un traitement approprié. La décision relève également que Mme I est célibataire, et mère de trois enfants, mais que les liens personnels et familiaux qu'elle pourrait compter en France ne sont pas anciens, intenses et stables compte tenu du fait que ses enfants vivent dans son pays d'origine où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de 57 ans, circonstances dont il découle que la décision ne porte pas atteinte à son droit de mener une vie familiale normale conformément à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, la décision litigieuse comporte l'énoncé suffisamment circonstancié des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et n'est pas rédigée de manière stéréotypée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / () ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

7. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII allant dans le sens de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. Pour refuser à Mme I le renouvellement du titre de séjour pour soins qui lui avait été délivré antérieurement, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 20 juillet 2021 dont il ressort que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut est susceptible d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier d'un traitement approprié et peut y voyager sans risque. Mme I fait valoir, pour contester cette appréciation, qu'elle souffre d'un diabète de type 2, d'une hypertension artérielle, d'une dyslipidémie, de séquelles d'hémiplégie gauche sur une hernie discale cervicale à type de déficit moteur du membre supérieur gauche, d'une anémie avec gammapathie monoclonale et d'un lymphome de MALT découvert lors d'une coloscopie en 2021. Il ressort du certificat médical, établi le 17 mars 2023 par le docteur E, médecin en médecine générale polyclinique au département de consultations et de santé publique du centre d'accueil et de soins de l'hôpital Max Fourestier de Nanterre, qu'elle est suivie dans cet établissement depuis le 5 janvier 2012 et que son état de santé, caractérisé par plusieurs co-morbidités, nécessite une prise en charge multidisciplinaire et un suivi régulier comprenant des explorations spécifiques et la prise d'un traitement dont elle ne peut bénéficier de manière optimale dans son pays d'origine. Mme I produit également un article d'Amnesty international Belgique intitulé " République du Congo : la répression continue alors que le système de santé s'effondre ", publié le 19 avril 2021, un article de presse en date du 22 février 2022 faisant état d'un rapport du Centre d'Actions pour le Développement décrivant la " médiocrité " de l'offre de soins au Congo-Brazzaville, une étude de la société savante médicale française d'hépato-gastroentérologie et d'oncologie digestive consacrée au lymphome colique du MALT et un extrait du Thésaurus national de cancérologie digestive consacré aux lymphomes primitifs du tube digestif. Cependant, les éléments ainsi versés à la procédure ne sont pas susceptibles de remettre en cause l'avis du collège des médecins reproduit ci-dessus, dès lors que les articles de presse et la documentation scientifique évoquent des problématiques générales sans lien avec la situation personnelle de la requérante. Par ailleurs, l'unique certificat médical produit évoquant la situation particulière de Mme I ne décrit pas une inexistence du traitement ou une inaccessibilité des soins dans le pays d'origine, mais relève seulement une accessibilité qui n'est pas optimale, sans, au demeurant, apporter aucune précision pour justifier cette appréciation. Par ailleurs, il n'est nullement allégué que les médicaments composant le traitement administré à la requérante, qui comprend du Stagid 700 mg 2-0-2, de l'Amarel 4 mg 1-0-0, du Januvia 50 mg 0-1-0, du Tahor 10 mg 0-0-1, du Coveram 10 mg, de l'Esidrex 25 mg 1/2 0-0, et du Kardegic 75 mg 1-0-0, ne seraient pas commercialisés au Congo-Brazzaville ou ne pourraient être remplacés par des molécules équivalentes distribuées dans ce pays. Il suit de là que les éléments apportés par Mme I ne sont pas de nature à renverser la présomption de l'existence du traitement nécessaire à la prise en charge des pathologies dont elle souffre dans son pays d'origine, attachée à l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, Mme I n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige méconnaitrait les dispositions précitées. Elle ne peut davantage soutenir que cette décision procèderait d'une erreur manifeste d'appréciation de son état de santé.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () "

10. Pour les motifs énoncés au point 8 du présent jugement, le préfet des Hauts-de-Seine n'était pas tenu de saisir préalablement la commission du titre de séjour, de sorte que la décision en litige n'est entachée d'aucun vice de procédure.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

12. Pour justifier avoir installé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux de manière ancienne, stable et durable, Mme I fait valoir qu'elle y a retrouvé des membres de sa famille très proches et y a créé des liens particulièrement étroits avec des ressortissants français durant son séjour entamé en 2011. La requérante produit à ce titre une attestation de sa sœur et de son frère, Mme K G et M. A D, respectivement titulaires d'un titre de séjour de dix ans délivré en 2022 et de nationalité française, qui indiquent héberger la requérante et la soutenir financièrement. Cependant, l'intéressée ne conteste pas les mentions de la décision en litige selon lesquelles elle est célibataire et mère de trois enfants résidant dans son pays d'origine où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de 57 ans. Elle ne se prévaut, par ailleurs, d'aucune relation personnelle ou sociale, aucune pièce du dossier ne faisant ressortir l'exercice d'une quelconque activité, même bénévole, susceptible de créer du lien social. Dans ces conditions, Mme I n'est pas fondée à soutenir que la décision qu'elle conteste aurait porté au droit dont elle dispose au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni davantage les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En sixième lieu, pour les motifs énoncés au point précédent, la décision en litige ne procède d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

14. En septième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

15. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée.

16. Mme I, qui n'a pas sollicité son admission exceptionnelle au séjour, que le préfet n'a pas davantage examinée d'office, ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions. En tout état de cause, pour les motifs énoncés au point 12 du présent jugement, il ne ressort de la situation de Mme I aucun élément caractérisant des considérations humanitaires ou motifs exceptionnels susceptibles de justifier son admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

17. En premier lieu, la décision refusant à Mme I un titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, dirigé contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (). ".

19. La décision refusant à Mme I le renouvellement de son titre de séjour étant suffisamment motivée, comme il a été dit au point 4 du présent jugement, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

20. En troisième lieu, M. B, signataire de la décision en litige, disposait d'une délégation de signature du préfet des Hauts-de-Seine à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français, consentie par l'arrêté PCI n°2021-059 du 1er septembre 2021, régulièrement publié le même jour au numéro spécial PCI du recueil des actes administratifs de l'État dans le département. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée, manquant en fait, ne peut, par suite, qu'être écarté.

21. En quatrième lieu, pour les motifs énoncés aux points 8, 12 et 16 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 425-9, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que le moyen tiré de ce que la décision en litige procèderait d'une erreur manifeste d'appréciation, ne peuvent qu'être écartés.

22. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision en litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. "

23. Pour les motifs énoncés au point 8 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

24. En premier lieu, M. B, signataire de la décision en litige, disposait d'une délégation de signature du préfet des Hauts-de-Seine à l'effet de signer les décisions fixant le pays d'éloignement consentie par l'arrêté PCI n°2021-059 du 1er septembre 2021, régulièrement publié le même jour au numéro spécial PCI du recueil des actes administratifs de l'État dans le département. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée, manquant en fait, ne peut, par suite, qu'être écarté.

25. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Et, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile () "

26. Pour les motifs énoncés au point 8 du présent jugement, le moyen tiré de ce que, en l'absence de prise en charge médicale appropriée dans son pays d'origine, un renvoi dans ce pays exposerait la requérante à y subir des traitements proscrits par les stipulations précitées, ne peut qu'être écarté. Par ailleurs, si Mme I évoque " la situation du pays ", elle n'apporte aucune précision mettant le juge en mesure d'apprécier la réalité et le bien-fondé du moyen qu'elle invoque, lequel ne peut, par suite, qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

27. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

28. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'examen de l'un d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse, à sa seule lecture, en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

29. Le préfet des Hauts-de-Seine ne conteste pas que Mme I est présente sur le territoire français depuis l'année 2015, a été mise en possession de plusieurs titres de séjour, le dernier valable jusqu'au 27 mai 2021, qu'elle y a des membres de sa famille, qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public, et qu'elle n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, la mesure en litige apparaît disproportionnée, de sorte que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur d'appréciation en l'édictant. Le moyen qui en est tiré doit ainsi être accueilli, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision contestée.

30. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme I est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du préfet des Hauts-de-Seine portant interdiction de retour sur le territoire français pour un durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

31. L'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français implique seulement qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de prendre, sans délai, toute mesure propre à mettre fin au signalement de Mme I dans le système d'information Schengen.

Sur les frais de l'instance :

32. L'Etat n'étant pas pour l'essentiel, la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 15 septembre 2021 est annulé en tant qu'il interdit à Mme I le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de prendre, sans délai, toute mesure propre à mettre fin au signalement de Mme I dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour ci-dessus annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme I, à Me Sudre et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère,

M. Prost, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.

La rapporteure,

signé

C. Charlery

Le président,

signé

S. OuillonLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2309665