Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309739
mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2309739 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2023, M. C A, représenté par Me Kessentini, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 juin 2023 en tant qu'il lui a retiré sa carte de résident d'une durée de validité de 10 ans ;
2°) d'enjoindre au préfet à titre principal, de lui restituer sa carte de résident dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " résident " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige est signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un vice de procédure ;
- il méconnaît le principe du contradictoire et les droits de la défense ;
- il est entaché d'un défaut de motivation et d'une motivation erronée ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une violation directe de la loi ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir et d'un détournement de procédure ;
- il méconnaît les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile portant sur les conditions d'octroi et de retrait de la carte de résident, les dispositions du code des relations entre le public et l'administration, les stipulations de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les principes généraux du droit et des théories prétoriennes relatives aux droits acquis et aux retraits et à l'abrogation des actes unilatéraux et les règles de notification des décisions administratives ;
- il est entaché d'une erreur de fait dès lors que les faits reprochés ne sont pas établis et sont erronés et il porte atteinte à la présomption d'innocence ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Les parties ont été informées par un courrier du 11 avril 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que l'arrêté contesté ne pouvait se fonder sur l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce fondement légal supposant que la carte de résident soit toujours en cours de validité à la date de la décision de retrait de cette carte.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco tunisien du 17 mars 1988 relatif au séjour et au travail des personnes, modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
- et les observations de Me Me Kessentini, représentant M. A.
Une note en délibéré présentée par M. A a été enregistrée le 29 mai 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant tunisien né le 7 septembre 1965, est entré en France en octobre 1992. Il s'est vu délivrer une carte de résident d'une durée de validité de dix ans entre le 14 octobre 1992 et le 13 octobre 2002, renouvelée deux fois jusqu'au 13 octobre 2022. Par un arrêté en date du 19 juin 2023, le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré sa carte de résident et lui a délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. L'intéressé demande l'annulation de l'arrêté en tant qu'il lui a retiré sa carte de résident d'une durée de validité de 10 ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 11 de l'accord franco-tunisien : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ". Il résulte de ces stipulations que les points non traités par l'accord franco tunisien relèvent de la législation de chacun des deux Etat. Aucune stipulation de cet accord ne traite du cas de retrait de la carte de résident.
3. Aux termes de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout employeur titulaire d'une carte de résident peut se la voir retirer s'il a occupé un travailleur étranger en violation des dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail. ". Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ".
4. Pour retirer, par un arrêté du 19 juin 2023, la carte de résident dont M. A était titulaire jusqu'au 13 octobre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 432-11 précité et sur la méconnaissance par l'intéressé de l'interdiction posée à l'article L. 8251-1 du code du travail d'employer un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. Toutefois, l'arrêté contesté ne pouvait se fonder sur l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce fondement légal supposant que la carte de résident soit toujours en cours de validité à la date de la décision de retrait de cette carte, ce qui n'était pas le cas en l'espèce.
5. Il résulte de ce qui précède qu'en procédant au retrait de la carte de résident dont disposait M. A, le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur de droit et a privé de base légale sa décision. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 juin 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré sa carte de résident.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard au motif d'annulation de l'arrêté en litige et de la date de fin de validité de la carte de résident, le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Hauts-de-Seine ou le préfet territorialement compétent procède au réexamen de la demande de renouvellement de la carte de résident du requérant, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 19 juin 2023 en tant qu'il a retiré la carte de résident à M. A est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la demande de renouvellement de la carte de résident de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
Signé
T. BertonciniLa greffière,
Signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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