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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2309794

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309794

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309794
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2023, et des pièces, enregistrées le 18 août 2023, M. A C, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis par la paierie départementale des Hauts-de-Seine le 25 mai 2023 en vue du recouvrement de la somme de 16 563,10 euros ;

3°) de le décharger du paiement de cette somme ;

4°) à titre subsidiaire, de lui octroyer une remise gracieuse de cette dette ;

5°) de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine la somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le titre est entaché d'un vice de forme, dès lors qu'il ne précise pas les bases de liquidation de la créance ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales dès lors qu'il n'est pas justifié de la signature du bordereau de recettes ;

- la créance n'est pas fondée, puisqu'il n'a perçu aucune somme indue.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées le 6 mai 2024, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de M. C dès lors que l'avis de sommes à payer litigieux a été retiré en cours d'instance, un nouveau titre de recette ayant été émis le 18 avril 2024 ;

- les conclusions relatives à la remise de dette sont irrecevables, faute pour le requérant d'avoir sollicité une telle remise au préalable ;

- les conclusions d'annulation sont irrecevables, faute pour M. C d'avoir formé un recours préalable obligatoire sur le fondement de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles.

La caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine a produit des pièces, qui ont été enregistrées le 5 avril 2024.

Par un courrier du 5 février 2024, M. C a été invité à régulariser sa requête en produisant la preuve du dépôt d'une remise de dette et, le cas échéant, d'une décision statuant sur cette demande, à peine d'irrecevabilité de ses conclusions à fin de remise de dette.

Vu :

- la décision du 9 octobre 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. C à l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la rapporteure publique a été, sur sa proposition, dispensée de prononcer ses conclusions à l'audience ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- l'arrêté du 27 juin 2007 portant application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales relatif à la dématérialisation des opérations en comptabilité publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le 7 novembre 2022, la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine a notifié à M. C un indu d'un montant total de 27 564 euros, incluant un indu de revenu de solidarité active (RSA) pour la somme 16 563,10 euros versé à tort entre le 1er novembre 2019 et le 30 septembre 2022. Après que la CAF des Hauts-de-Seine a transféré au département des Hauts-de-Seine cette créance, M. C s'est vu réclamer cette somme de 16 563,10 euros par le département par un avis de somme à payer daté 25 mai 2023, dont il demande l'annulation.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans cette instance par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise du 9 octobre 2023. Dès lors, ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'exception de non-lieu :

3. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque que le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision

4. Le 18 avril 2024, le département des Hauts-de-Seine a annulé le titre de recette litigieux et émis un nouveau titre de recette portant sur le même montant à raison du même objet, rendant sans objet les conclusions dirigées contre l'avis de sommes à payer du 25 mai 2023. Compte tenu du principe énoncé au point précédent, les conclusions de M. C doivent cependant être regardées comme désormais dirigées contre ce nouvel avis de sommes à payer émis en cours d'instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénom et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation () ". Il résulte de ces dispositions que le titre de recettes individuel adressé au redevable doit mentionner les nom, prénom et qualité de la personne qui l'a émis et qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur.

6. Aux termes de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions de l'administration peuvent faire l'objet d'une signature électronique () ". Aux termes de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales : " Les ordonnateurs des organismes publics, visés à l'article D. 1617-19, lorsqu'ils choisissent de transmettre aux comptables publics, par voie ou sur support électronique, les pièces nécessaires à l'exécution de leurs dépenses ou de leurs recettes, recourent à une procédure de transmission de données et de documents électroniques, dans les conditions fixées par un arrêté du ministre en charge du budget pris après avis de la Cour des comptes, garantissant la fiabilité de l'identification de l'ordonnateur émetteur, l'intégrité des flux de données et de documents relatifs aux actes mentionnés en annexe I du présent code et aux deux alinéas suivants du présent article, la sécurité et la confidentialité des échanges ainsi que la justification des transmissions opérées. / () / La signature manuscrite, ou électronique conformément aux modalités fixées par arrêté du ministre en charge du budget, du bordereau récapitulant les titres de recettes emporte attestation du caractère exécutoire des pièces justifiant les recettes concernées et rend exécutoires les titres de recettes qui y sont joints conformément aux dispositions des articles L.252 A du livre des procédures fiscales et des articles R. 2342-4, R. 3342-8-1 et R. 4341-4 du présent code ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 juin 2007 portant application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales relatif à la dématérialisation des opérations en comptabilité publique : " La signature électronique de l'ordonnateur est portée, selon les modalités prévues à l'article 4 du présent arrêté, soit sur chaque bordereau de mandats de dépenses et chaque bordereau de titres de recettes, soit sur le fichier contenant de tels bordereaux transmis au comptable public conformément au protocole d'échange standard dans sa version 2 ou dans une version ultérieure ".

7. Si le titre exécutoire en litige, qui mentionne les nom, prénom et qualité de la personne qui l'a émis, n'est pas signé, il résulte de l'instruction que le bordereau de recettes n° 1220 sur le fondement duquel a été émis le titre litigieux a été signé, le 18 avril 2024, par Mme B D, cadre référent de la cellule comptable au sein du conseil départemental des Hauts-de-Seine, dûment habilitée par un arrêté de délégation de signature n°2023-DAJA-21 du 13 avril 2023, régulièrement publié. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la signature électronique de l'ordonnateur n'aurait pas été portée sur le bordereau dans les conditions prévues par l'arrêté du 27 juin 2007 portant application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales, et notamment son article 4. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de signature par l'ordonnateur doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. Les recettes sont liquidées pour leur montant intégral, sans contraction avec les dépenses. / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ". En application de ce principe, l'administration ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.

9. L'avis de somme à payer litigieux précise que la créance résulte de versements indus du RSA entre le 1er novembre 2019 et le 30 septembre août 2022 et mentionne la somme totale que recouvre cet indu. Dans ces conditions, le titre litigieux indique bien les bases de liquidation des créances permettant au requérant d'utilement le contester. Le moyen tiré de l'insuffisance dans les mentions des bases de liquidation ne peut dès lors qu'être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

11. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. Par ailleurs, la personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

12. Il ressort des pièces du dossier que l'indu de RSA résulte de ce que M. C n'a pas disposé d'une résidence stable et effective en France sur la période litigieuse. Il résulte à cet égard du rapport d'enquête de la CAF du 2 novembre 2022, établi par un contrôleur assermenté, que l'intéressé a résidé de manière quasi-continue au Portugal depuis le mois de mars 2019 et jusqu'en septembre 2022. M. C ne conteste aucunement la matérialité de ces constatations. S'il soutient que son absence était liée à des déplacements nécessaires à son état de santé, il n'apporte aucune précision, ni ne produit aucune pièce pour étayer son allégation. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que le département des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en lui réclamant le paiement d'une dette de RSA.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'avis de somme à payer du 18 avril 2024 d'un montant de 16 563,10 euros relatif à un indu de RSA doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions du requérant à fin de décharge.

Sur les conclusions à fin de remise de dette :

14. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ". Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative: " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation ". Aux termes de l'article R. 612-1 du même code : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. () ".

15. M. C demande, à titre subsidiaire, que lui soit accordée une remise totale de sa dette de RSA compte tenu de sa situation. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'il ait formé une demande de remise de dette qui aurait été implicitement ou explicitement rejetée, avant de saisir le tribunal, y compris après avoir été mis à même de régulariser sa requête par le tribunal sur ce point. Il ne ressort pas davantage des décisions produites par le requérant qu'il ait été statué d'office sur une telle demande. Par suite et comme l'oppose le département en défense, les conclusions de M. C à fin de remise de dette sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Le présent jugement rejetant l'ensemble des conclusions présentées par M. C, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne pourront par voie de conséquence qu'être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'avis de sommes à payer du 25 mai 2023.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Desfarges et au département des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

La magistrate désignée,

M. MonteagleLa greffière,

C. Mas

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2309794

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