jeudi 29 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2309798 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 4ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | MOUTAWAKEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 juillet et le 30 novembre 2023, l'établissement public Grand Port fluvio-maritime de l'axe Seine, dit A, demande au tribunal :
1°) d'ordonner l'évacuation du terrain occupé par la société HMT sous huit jours et, à défaut, de l'autoriser à recourir aux forces de l'ordre pour son évacuation ;
2°) de mettre à la charge de la société HMT la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques.
Il soutient que :
- la société HMT occupe irrégulièrement le terrain situé 25 chemin des Petits Marais, à Gennevilliers, dès lors que la convention d'occupation qui la lie à A a été résiliée le 14 mars 2023 ;
- elle a été régulièrement informée de son occupation sans titre d'un terrain relevant du domaine public fluvial.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2023, la société HMT, représentée par Me Moutawakel, soutient que le tribunal administratif de Cergy-Pontoise n'est pas compétent pour connaître de ce litige, demande à ce qu'il soit sursis à statuer sur la demande de A et conclut à titre subsidiaire au rejet de la requête et à la condamnation de A à lui verser une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que le tribunal administratif de Paris est compétent, qu'une requête dirigée contre la décision de résilier la convention d'occupation du terrain litigieux est pendante devant cette juridiction, et que la requête de A est dépourvue de base légale et constitutive d'un détournement de procédure.
Vu les autres pièces du dossier.
Le président du tribunal a désigné Mme Bories, vice-présidente, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article L. 774-1 du code de justice administrative.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 8 février 2024, en application de l'article L. 774-4 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bories, magistrate désignée,
- et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le terrain situé 25 chemin des Petits Marais à Gennevilliers constitue une dépendance du domaine public fluvial du Grand Port fluvio-maritime de l'axe Seine (A), occupée par la société HMT en vertu d'une convention résiliée unilatéralement par A le 14 mars 2023. L'établissement A demande au tribunal d'ordonner la remise du terrain occupé par la société HMT, dans un délai de huit jours, à défaut, de l'autoriser à recourir aux forces de l'ordre pour son évacuation, et de condamner la société à payer une amende de 1 500 euros.
Sur la compétence territoriale du tribunal administratif de Cergy-Pontoise :
2. Aux termes du deuxième alinéa l'article R. 312-7 du code de justice administrative : " Les litiges relatifs aux déclarations d'utilité publique, au domaine public, aux affectations d'immeubles, au remembrement, à l'urbanisme et à l'habitation, au permis de construire, d'aménager ou de démolir, au classement des monuments et des sites et, de manière générale, aux décisions concernant des immeubles relèvent de la compétence du tribunal administratif dans le ressort duquel se trouvent les immeubles faisant l'objet du litige (). Et aux termes de l'article R. 221-3 du même code : " Le siège et le ressort des tribunaux administratifs sont fixés comme suit : () Cergy-Pontoise : Hauts-de-Seine, Val-d'Oise ; () ".
3. La société HMT fait valoir que le litige relève de la compétence du tribunal administratif de Paris, désigné par le cahier des charges auquel renvoie la convention d'occupation du domaine public pour connaître des litiges relatifs à l'interprétation ou l'application de cette convention. Il résulte toutefois de l'instruction que le litige est relatif à une contravention de grande voirie dressée contre la société HMT en raison de son occupation irrégulière d'un terrain relevant du domaine public situé dans le département des Hauts-de-Seine, à la suite de la résiliation par le gestionnaire de la convention d'occupation, le 14 mars 2023, en raison de manquements de l'occupant à ses obligations conventionnelles. Le litige relève ainsi de la compétence territoriale du tribunal administratif de Cergy-Pontoise et il n'y a pas lieu de renvoyer le dossier de la requête au tribunal administratif de Paris.
Sur le sursis à statuer :
4. Si la société HMT fait valoir qu'elle a introduit une requête dirigée contre la décision du 14 mars 2023 par laquelle A a résilié la convention d'occupation du domaine public n°2812 du 7 janvier 2011 modifiée par avenant n°1 du 5 août 2013, il résulte de l'instruction que le président de la 3ème chambre de la 4ème section du tribunal administratif de Paris lui a donné acte de son désistement de cette instance par une ordonnance du 6 septembre 2023. Il n'y a dès lors pas lieu de surseoir à statuer sur la présente requête.
Sur l'action publique :
5. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique () ". L'article L. 2132-9 du même code dispose que : " Les riverains, les mariniers et autres personnes sont tenus de faire enlever les pierres, terres, bois, pieux, débris de bateaux et autres empêchements qui, de leur fait ou du fait de personnes ou de choses à leur charge, se trouveraient sur le domaine public fluvial. Le contrevenant sera passible d'une amende de 150 à 12 000 euros, de la confiscation de l'objet constituant l'obstacle et du remboursement des frais d'enlèvement d'office par l'autorité administrative compétente ".
6. Il résulte de l'instruction que la société HMT a bénéficié d'une autorisation d'occupation du terrain litigieux, par une convention conclue avec le Port autonome de Paris le 7 janvier 2011, modifiée par un avenant du 5 août 2013, et que la résiliation de cette convention a été prononcée le 14 mars 2023 avec un préavis de trois mois au motif que la société ne réglait plus les redevances d'occupation du domaine public dont elle était redevable depuis le 29 août 2022. La société HMT ne justifie ainsi pas d'un titre l'habilitant à occuper le terrain litigieux après le 14 juin 2023. Ainsi, l'occupation persistante du terrain par l'intéressée au-delà du 14 juin 2023 est constitutive d'une contravention de grande voirie, qui a été constatée par un procès-verbal, porté à sa connaissance le 26 juin 2023, sur le fondement de l'article L. 2132-9 précité du code général de la propriété des personnes publiques.
7. L'auteur d'une contravention de grande voirie ne peut être relaxé des fins de la poursuite exercée contre lui que s'il établit soit un cas de force majeure, soit une faute de l'administration assimilable par sa gravité à un cas de force majeure.
8. Aux termes de l'article L. 2111-10 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le domaine public fluvial artificiel est constitué : / 1° Des canaux et plans d'eau appartenant à une personne publique mentionnée à l'article L. 2111-7 ou à un port autonome et classés dans son domaine public fluvial ; / 2° Des ouvrages ou installations appartenant à l'une de ces personnes publiques, qui sont destinés à assurer l'alimentation en eau des canaux et plans d'eau ainsi que la sécurité et la facilité de la navigation, du halage ou de l'exploitation ; / 3° Des biens immobiliers appartenant à l'une de ces personnes publiques et concourant au fonctionnement d'ensemble des ports intérieurs, y compris le sol et le sous-sol des plans d'eau lorsqu'ils sont individualisables ; / 4° A l'intérieur des limites administratives des ports maritimes, des biens immobiliers situés en amont de la limite transversale de la mer, appartenant à l'une de ces personnes publiques et concourant au fonctionnement d'ensemble de ces ports, y compris le sol et le sous-sol des plans d'eau lorsqu'ils sont individualisables. ".
9. Contrairement à ce que soutient la société HMT en défense, le terrain litigieux relève du domaine public fluvial artificiel, défini par les dispositions de l'article L. 2111-10 précité et entre ainsi dans le champ d'application des dispositions citées au point 5. Les moyens tirés du défaut de base légale et du détournement de procédure doivent ainsi être écartés.
10. Il résulte de ce qui précède que A est recevable et fondé à demander, au titre de l'action publique, que la société HMT soit condamnée au paiement d'une amende de 1 500 euros.
Sur l'action domaniale :
11. Lorsqu'il qualifie de contravention de grande voirie des faits d'occupation irrégulière d'une dépendance du domaine public, il appartient au juge administratif, saisi d'un procès-verbal accompagné ou non de conclusions de l'administration tendant à l'évacuation de cette dépendance, d'enjoindre au contrevenant de libérer sans délai le domaine public et, s'il l'estime nécessaire et au besoin d'office, de prononcer une astreinte, sans être liée par la demande de l'administration. Il peut également, dans le cadre de l'action domaniale, autoriser le gestionnaire du domaine public fluvial à procéder d'office à cette évacuation en cas d'inexécution par le contrevenant, aux frais de celui-ci, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que les articles L. 4244-1 et R. 4244-1 du code des transports donnent par ailleurs compétence au préfet du département pour procéder d'office à son évacuation, après mise en demeure de quitter les lieux adressée au propriétaire, et, le cas échéant, à son occupant, lorsque son installation, en violation de la loi ou du règlement général de police de la navigation intérieure, compromet la conservation, l'utilisation normale ou la sécurité.
12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le Grand Port fluvio-maritime de l'axe Seine est fondé à demander, au titre de l'action domaniale, qu'il soit enjoint à la société HMT de procéder à l'évacuation du domaine public fluvial qu'elle occupe. Il n'est pas établi à la date du présent jugement que l'intéressée ait régularisé la situation. Dans ces conditions il y a lieu, pour autant qu'elle n'y ait pas déjà procédé, de lui enjoindre de libérer ledit domaine dès la notification du présent jugement.
13. En second lieu, l'établissement public requérant est autorisé, s'il y a lieu, à procéder d'office avec, le cas échéant, le concours de la force publique, à l'évacuation du terrain litigieux aux frais de la société HMT, si elle n'y a pas procédé elle-même avant l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Sur les frais du litige :
14. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'établissement A, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la société HMT sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La société HMT versera au Grand Port fluvio-maritime de l'axe Seine la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques.
Article 2 : Il est enjoint à la société HMT d'évacuer sans délai le terrain situé 25 chemin des Petits Marais à Gennevilliers.
Article 3 : En cas d'inexécution par la société HMT à l'expiration du délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, le Grand Port fluvio-maritime de l'axe Seine est autorisé à procéder d'office à cette évacuation, aux frais de la contrevenante.
Article 4 : Les conclusions reconventionnelles de la société HMT sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié au Grand Port fluvio-maritime de l'axe Seine et à la société HMT.
Copie en sera transmise pour information au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. BoriesLa greffière,
signé
S. Nimax La rapporteure,
M. B La présidente,
C. Van Muylder
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026