lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2309842 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | BROCHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juillet 2023, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées les 22 mai, 23 mai et 29 mai 2024, Mme C A née B et M. D A, en leurs noms propres ainsi qu'au nom de leurs enfants Mmes F A, G A et E A, ainsi que des MM. Baba et Lasso A, représentés par Me Brochard, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'État à leur payer la somme de 48 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de leur absence d'hébergement, puis de relogement, assortie des intérêts au taux légal ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros à verser à leur conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'ils n'ont reçu aucune proposition, alors que, d'une part, Mme A a été reconnue prioritaire pour un hébergement en loger-foyer ou logement de transition par la commission de médiation du droit au logement opposable le 13 janvier 2021 et que l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 20 juillet 2021 enjoignant à leur hébergement n'a pas été exécutée et, d'autre part, que cette même commission a reconnu que Mme A était prioritaire pour un logement par une décision du 1er décembre 2021 ;
- ils ont subi en conséquence des troubles de toutes natures dans leurs conditions d'existence dès lors qu'ils ont été logés en hôtel social jusqu'au 11 juillet 2022, puis ont été relogés dans un logement temporaire de type T5 de 82 m² dans le cadre du dispositif Solibail mais qu'aucune proposition de logement définitif, conforme à la décision du 1er décembre 2021 ne leur a été faite ;
- ils ont un fils en situation de handicap.
La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par un courrier du 24 mai 2024, Mme A a été invitée à régulariser, sur le fondement des dispositions du 2ème alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, ses conclusions indemnitaires fondées sur son absence de relogement et informée de ce qu'en l'absence de régularisation, ses conclusions seraient rejetées comme irrecevables.
Par un mémoire du 29 mai 2024, Mme A a indiqué avoir lié le contentieux relatif à l'indemnisation des préjudices nés de son absence d'hébergement par sa réclamation du 9 novembre 2021 mais indiqué au tribunal qu'elle laissait à son appréciation l'indemnisation des préjudices nés de son absence de relogement après le 11 juillet 2022.
Vu :
- la décision du 9 janvier 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme A l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance n° 2106718 du 20 juillet 2021 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'héberger Mme A sous astreinte de 5 euros par jour de retard ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 13 janvier 2021, désigné Mme A comme prioritaire et devant être hébergée en urgence. Par une ordonnance du 20 juillet 2021, le tribunal, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement sous astreinte de 5 euros par jour de retard. N'ayant pas reçu de proposition d'hébergement, Mme A a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 9 novembre 2021. Cette demande a été implicitement rejetée. Par ailleurs, le 1er décembre 2021, la commission de médiation de ce même département a désigné Mme A comme prioritaire et devant bénéficier en urgence d'un logement avant le 1er juin 2022. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 48 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence d'hébergement, puis de son absence de relogement compte tenu des deux décisions successives de la commission de médiation.
Sur les conclusions indemnitaires relatives à l'hébergement :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Aux termes de l'article R. 441-18 de ce code : " Le préfet propose, dans un délai de six semaines au plus à compter de la décision de la commission, une place dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale aux personnes désignées par la commission de médiation en application du III ou du IV de l'article L. 441-2-3. Toutefois, si la commission préconise un accueil dans un logement de transition ou dans un logement-foyer, le délai est porté à trois mois ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être hébergée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de six semaines à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre d'hébergement.
En ce qui concerne la faute :
4. En premier lieu, la carence fautive de l'État à assurer l'hébergement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence qu'elle a entraînés pour ce dernier. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les conclusions indemnitaires présentées par M. A ainsi que par M. et Mme A au nom de leurs enfants mineurs doivent être rejetées. Il y a lieu, en revanche, de tenir compte de cette situation familiale pour apprécier le préjudice de Mme A.
5. En deuxième lieu, Mme A a été reconnue comme prioritaire et devant être accueillie dans un logement foyer ou un logement de transition par la décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine du 13 janvier 2021. Toutefois, le préfet des Hauts-de-Seine n'a fait aucune offre d'hébergement à Mme A avant le 13 avril 2021, date butoir fixée par la commission de médiation. D'autre part, l'ordonnance n° 2106718 du 20 juillet 2021 par laquelle tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer l'hébergement de Mme A avant le 1er septembre 2021 sous astreinte de 5 euros par jour de retard n'a reçu aucune exécution dans les délais.
6. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à soutenir que l'État a fait preuve de carences fautives dans la mise en œuvre de son obligation d'hébergement.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
7. Il résulte de l'instruction que Mme A a continué d'être prise en charge par l'hébergement d'urgence ou logée en hôtel social avec son époux et leurs cinq enfants nés en 2005, 2007, 2010, 2013 et 2017, le dernier étant en situation de handicap. La requérante est, dès lors, fondée à soutenir que la carence de l'État à assurer son hébergement, fautive à compter du 13 avril 2021, a entraîné des troubles dans ses conditions d'existence devant être réparés.
8. Cependant, il résulte de l'instruction que le ménage a été hébergé dans un logement avec un bail Solibail à compter du 11 février 2022 dans un logement adapté à leur situation. La période d'indemnisation de Mme A au titre des carences fautives à l'héberger se termine donc à cette date.
9. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des conditions d'hébergement de Mme A qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due au titre de l'absence d'hébergement dans les délais requis à la somme totale de 2 600 euros.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme A la somme de 2 600 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Sur les conclusions indemnitaires relatives au logement :
11. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
12. Aux termes du 2ème alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
13. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur. Il en va ainsi quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. La victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation.
14. Mme A demande également à être indemnisée en raison de la carence fautive dont l'État aurait preuve en ne mettant pas en œuvre la décision du 1er décembre 2021 par laquelle la commission de médiation a reconnu le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement, alors qu'il appartenait au préfet de la reloger dans le délai de six mois. Toutefois, la réclamation indemnitaire, mentionnée au point 1 du présent projet, que Mme A a adressée au préfet le 9 novembre 2021, ne faisait pas état de ce fait générateur, alors qu'en tout état de cause, à la date d'envoi de cette réclamation, la commission de médiation n'avait pas encore fait droit à cette nouvelle demande de Mme A. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A ait formé une autre réclamation préalable indemnitaire en vue d'obtenir la somme d'argent à laquelle elle prétend. Ses conclusions indemnitaires sur ce point sont donc irrecevables, faute d'avoir été précédées d'une réclamation adressée à l'administration, et ne peuvent donc qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Brochard, conseil de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Brochard de la somme de 1 080 euros.
Par ces motifs, le tribunal décide:
Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme A la somme de 2 600 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Article 2 : L'État versera la somme de 1 080 euros à Me Brochard, conseil de Mme A, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A née B, à M. D A, à Me Brochard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.
La magistrate désignée
M. MonteagleLa greffière
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026