Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309861

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309861
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 20 juillet 2023 et

le 9 octobre 2023, M. C A, représenté par Me Balme Leygues, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'intervalle, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient, à titre principal, que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de fait, un contrat de travail ayant bien été transmis aux services de la préfecture ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention contre la torture.

M. A soutient également, à titre subsidiaire, que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et atteste d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et soutient que ses moyens sont infondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision

du 25 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 26 janvier 2024 et n'a pas été communiquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ;

- la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bocquet, conseillère ;

- et les observations de Me Balme Leygues, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant ivoirien né le 2 septembre 1985, est entré sur le territoire français le 5 juillet 2016, sous couvert d'un visa Schengen expirant le 2 août 2016.

Le 2 février 2023, il a sollicité du préfet du Val-d'Oise la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 5 de la convention franco-ivoirienne. Par un arrêté du 13 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'arrêté dans son ensemble :

2. Par l'arrêté n°23-008 du 31 janvier 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B, directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, notamment toutes décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B n'était pas absent ou empêché lorsque l'arrêté attaqué a été signé. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté doit être écarté.

3. La décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Il ne ressort ni des mentions de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet du Val-d'Oise aurait édicté les décisions en litige sans procéder à un examen approfondi de la situation personnelle de M. A. Le moyen qui en est tiré ne peut donc qu'être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

5. M. A soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait, le préfet lui ayant opposé l'absence de contrat de travail pour lui refuser le titre de séjour sollicité alors qu'il produit une promesse d'embauche accompagnée d'une demande d'autorisation de travail. Or, le requérant a initialement sollicité un titre de séjour salarié sur le fondement de l'article 5 de la convention franco-ivoirienne qui stipule que, " les ressortissants de chacun des États contractants désireux d'exercer sur le territoire de l'autre État une activité professionnelle salariée doivent en outre, pour être admis sur le territoire de cet État, justifier de la possession : () 2° d'un contrat de travail visé par l'autorité compétente dans les conditions prévues par la légalisation de l'Etat d'accueil ". De même, aux termes des dispositions de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ". En l'espèce, le requérant produit uniquement une promesse d'embauche et une demande d'autorisation de travail mais nullement un contrat de travail. Dès lors, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur de fait. Ce moyen doit donc être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, également applicable aux ressortissants ivoiriens selon l'article 14 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 (). ".

7. Pour contester l'arrêté en litige, M. A soutient qu'il remplit les conditions d'admission exceptionnelle au séjour et allègue en ce sens l'ancienneté de son séjour et la stabilité de sa situation professionnelle, puisqu'il a travaillé pour la société Nickel propreté en qualité d'agent de nettoyage à temps partiel pour les mois de janvier à septembre 2022 ainsi que de manière occasionnelle en qualité d'animateur d'octobre 2022 à janvier 2023 puis de mai 2023 à juillet 2023 ainsi que comme professeur de danse pour des stages en février, juin et juillet 2022 et produit une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée en qualité d'agent de nettoyage auprès de la société Net Plus Multiservices du 31 janvier 2023. Toutefois, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé justifie d'une résidence continue sur le territoire français depuis 2016, les pièces produites datant au plus tard de 2022. D'autre part, s'il établit avoir travaillé à temps partiel de janvier 2022 à janvier 2023, en exerçant trois activités à temps partiel, il ne peut que se prévaloir que d'une ancienneté de travail d'un an et un mois à la date de la décision attaquée et ne démontre pas avoir travaillé entre février et juin 2023. Ces éléments ne sont pas de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour, au sens des dispositions précitées, l'intéressé ayant en outre déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 9 novembre 2020. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Pour contester l'arrêté en litige, M. A soutient avoir participé à plusieurs associations de manière bénévole en dispensant des cours de danse, avoir exercé plusieurs emplois et vivre avec sa compagne depuis 2016. Toutefois, l'intéressé, qui a déclaré être célibataire à l'occasion de sa demande de titre de séjour, n'établit pas la relation maritale dont il se prévaut, n'est pas dépourvu de tout lien avec son pays d'origine, où réside son enfant mineur, et a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 9 novembre 2020, suite au rejet définitif de sa demande d'asile, qu'il n'a pas exécutée. Dans ces circonstances, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu les stipulations précitées en refusant la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ". L'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants dispose : " 1. Aucun État partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. "

11. La demande d'asile de M. A a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile. Si l'intéressé soutient que sa vie serait incontestablement menacée en cas de retour en Côte d'Ivoire, il ne produit aucun élément de nature à circonstancier ses craintes ni aucun document nouveau qui tendrait à apporter la preuve d'autres faits que ceux qui étaient allégués devant l'OFPRA et devant la CNDA à justifier une appréciation différente de celle déjà portée sur les conséquences qu'auraient pour sa situation personnelle le retour en Côte d'Ivoire. Ainsi, il ne démontre pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d'un retour dans son pays d'origine. Les stipulations et dispositions précitées n'ont donc pas été méconnues.

12. Les conclusions à fin d'annulation de la présente requête devant être rejetées, il en va de même, par voie de conséquence, de celles aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que de celles relatives aux frais du litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Robert, premier conseiller,

Mme Bocquet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

La rapporteure

signé

P. BocquetLe président

signé

P.-H. d'Argenson

Le greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2309861