Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309874

mercredi 7 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309874
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juillet 2023, Mme A B née C, représentée par Me Saidi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé portant autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B née C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 décembre 2023, prise sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, une requête, enregistrée le 28 novembre 2023, présentée par Mme A B par laquelle elle conclut aux mêmes fins que sa requête enregistrée le 20 juillet 2023 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique :

- le rapport de Mme Saïh, première conseillère ;

- et les observations de Me Saidi, représentant Mme B, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante tunisienne née le 8 mai 1993, est entrée en France le 15 septembre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 23 avril 2019 au 19 octobre 2019. Le 19 janvier 2023, elle a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié. Par un arrêté du 30 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. ".

3. En l'espèce, l'arrêté en litige mentionne les textes dont ils font application, notamment, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-tunisien modifié, et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui des relations entre le public et l'administration. Le préfet du Val-d'Oise souligne les circonstances de faits propres à la situation personnelle et familiale de Mme B, et précise notamment qu'elle peut bénéficier de la procédure de regroupement familial, son époux étant titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Ainsi, la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. En vertu des dispositions précitées, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, dès lors que la décision de refus de titre de séjour, ainsi qu'il a été dit, est suffisamment motivée. Enfin, le préfet du Val-d'Oise indique que la requérante n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que la décision fixant le pays d'éloignement ne contrevient pas à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de la requérante. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

5. En dernier lieu, Mme B, en soutenant être entrée en France le 15 septembre 2019, se prévaut d'une ancienneté de moins de quatre années en France à la date de l'arrêté attaqué. En outre, Mme B fait valoir qu'elle est mariée avec un compatriote en situation régulière depuis le 4 décembre 2021 et que le couple a eu un enfant, né en France le 21 août 2022. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce mariage, récent à la date de l'arrêté attaqué, aurait été précédé d'une communauté de vie ancienne et stable. En outre, Mme B, qui n'est entrée en France qu'en 2019 à l'âge de 26 ans, n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident ses parents. Enfin, la requérante ne justifie d'aucune insertion particulière. Il suit de là, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, que la décision contestée n'est pas, en l'état, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, la décision refusant à Mme B un titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 du présent jugement, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. En l'espèce, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'a pas pour objet de séparer Mme B de son enfant dès lors qu'il lui appartient d'effectuer les démarches pour régulariser sa situation en demandant le bénéfice d'une mesure de regroupement familial. Par suite, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 30 juin 2023 du préfet du Val-d'Oise. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté et, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B née C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B née C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Dupin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 07 février 2024.

La rapporteure,

signé

Z. Saïh

Le président,

signé

S. Ouillon La greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2309874