Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309987
mardi 14 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2309987 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2023, M. C, représenté par Me Wystup-Guilbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 30 novembre 2022, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation en vue de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation de ce dernier à percevoir la part de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
M. C soutient que :
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle contrevient aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui refusant un titre de séjour elle-même illégale ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle contrevient à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et se borne à communiquer les pièces constitutives du dossier.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 13 février 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 20 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Charlery, rapporteure a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant américain né le 1er décembre 1984, déclare être entré en France le 2 octobre 2018. Le 2 novembre 2022, il a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 30 novembre 2022, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. M. C sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme B D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de ce département à l'effet de signer " tout arrêté de refus de délivrance de titre de séjour " en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration, consentie par l'arrêté n°22-181 du 19 septembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département. Il n'est pas établi que le directeur des migrations et de l'intégration n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit ainsi être écarté.
3. En deuxième lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. En l'espèce, la décision en litige vise les textes dont elle fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui des relations entre le public et l'administration. Le préfet du Val-d'Oise souligne que M. C a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne peut lui être délivré au regard de la durée de son séjour et de la circonstance que son épouse est susceptible de mettre en œuvre la procédure de regroupement familial. La décision relève également que M. C n'est pas dépourvu d'attaches familiales à l'étranger où réside l'un de ses enfants mineurs et où il a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans, circonstances dont il découle que la décision ne porte pas atteinte à son droit de mener une vie familiale normale conformément à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, la décision litigieuse, qui n'est pas rédigée de manière stéréotypée, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
6. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée.
7. M. C fait valoir qu'il est installé en France depuis plus de trois ans à la date de la décision en litige, où il réside auprès de son épouse, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle et avec laquelle il est marié depuis 14 ans, ainsi que de leurs trois enfants, nés le 4 juin 2012, le 3 avril 2018 et le 23 mai 2022, tous nés en France et qui y ont toujours vécu. Néanmoins, l'intéressé, qui n'assortit ses allégations d'aucune pièce relative à la situation administrative des membres de sa famille, reconnaît lui-même qu'il ne s'est véritablement fixé durablement en France que depuis le mois d'octobre 2019, après avoir fait des aller-retours réguliers jusqu'à cette date entre son domicile à l'étranger et le lieu de résidence de sa famille. En outre, il ressort des mentions qu'il a lui-même portées sur la fiche de salle qu'il a renseignée à l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, qu'il est père d'un enfant mineur résidant à l'étranger. Il ne ressort, par ailleurs, d'aucune pièce du dossier qu'il exerce une quelconque activité professionnelle. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en estimant qu'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel ne justifiait l'admission exceptionnelle au séjour de M. C. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 du présent jugement, tirés de la courte durée de séjour en France de M. C, depuis le mois d'octobre 2019, de son absence d'insertion dans la société française, de la présence d'un de ses enfants mineur à l'étranger et alors même qu'il n'est pas contesté qu'il est marié depuis 2009 à une ressortissante étrangère en situation régulière et qu'il est le père de trois enfants nés en France, le requérant ne peut soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait porté au droit au respect de sa vie personnelle et familiale dont il dispose une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, et ainsi qu'il aurait méconnu les stipulations précitées, ni que la décision en litige contreviendrait aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant si M. C soutient qu'il ne pourrait bénéficier de la procédure de regroupement familial en raison des ressources insuffisantes de son épouse, il n'assortit cette allégation d'aucune pièce.
En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, la décision refusant à M. C un titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, dirigé contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
11. En deuxième lieu, Mme B D, signataire de la décision en litige, disposait d'une délégation à l'effet de signer " toute obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire " consentie par l'arrêté énoncé au point 2 du présent jugement. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée ne peut donc qu'être écarté.
12. En troisième lieu, pour les motifs énoncés au point 7 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision en litige procèderait d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.
13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
14. Si M. C soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français pourrait le séparer de ses enfants résidant en france, il appartient à son épouse d'effectuer les démarches nécessaires à la régularisation de sa situation en sollicitant le bénéfice d'une mesure de regroupement familial. De plus, et surtout pour les motifs énoncés au point 7 du présent jugement, la décision attaquée ne porte atteinte à l'intérêt supérieur des enfants du requérant. Par suite, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
15. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C doit être rejetée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C, n'appelle aucune mesure particulière d'exécution.
Sur les frais de l'instance :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, combinées à celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, font obstacle à ce que la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens dans le cadre de l'aide juridictionnelle, soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Wystup-Guilbert et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
Mme Charlery, première conseillère,
M. Jacquelin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.
La rapporteure,
signé
C. Charlery
Le président,
signé
S. OuillonLa greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2309987
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