Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309991
mardi 14 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2309991 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 22 juillet 2023 et les 20 et 21 décembre 2023, Mme B C, représentée par Me Elbaz, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions portant refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'inexactitude matérielle des faits ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces utiles au dossier.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- 1'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ouillon, président-rapporteur,
- et les observations de Me Elbaz représentant Mme C.
Une note en délibéré, enregistrée le 24 avril 2024, a été présentée pour Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante tunisienne née le 1er mars 1999, est entrée en France le 14 août 2016, munie d'un visa de type " C " expirant le 8 octobre 2016. Le 29 mars 2023, Mme C a demandé son admission au séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par un arrêté du 23 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, les décisions contestées ont été signées par Mme D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°23-014 du 22 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A, directeur des migrations et de l'intégration, les décisions portant refus de séjour et celles portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Il n'est pas soutenu que M. A n'était ni absent ni empêché à la date des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions contestées auraient été signées par une autorité incompétente doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
4. L'arrêté attaqué vise les dispositions et stipulations pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il expose avec suffisamment de précision la situation professionnelle de Mme C et fait mention également des éléments de sa situation personnelle et familiale. Cet arrêté comporte ainsi de façon circonstanciée, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il satisfait, dès lors, aux exigences de motivation prévues par les dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.
5. En troisième lieu, Mme C soutient que les décisions attaquées sont entachées d'inexactitude matérielle des faits dès lors que pour lui refuser l'octroi d'un titre de séjour, le préfet se serait fondé sur la circonstance qu'elle ne produisait pas de bulletins de salaire présentant un nombre d'heures supérieures à un mi-temps, alors que l'intéressée justifie travailler à temps complet depuis juillet 2022. Toutefois, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet n'a pas refusé à l'intéressée son admission au séjour sur le fondement de son pouvoir discrétionnaire au motif qu'elle ne présentait pas de bulletins de salaire présentant un nombre d'heures supérieures à un mi-temps, mais au motif qu'elle ne présentait pas suffisamment de bulletins de paie présentant un nombre d'heures supérieures à un mi-temps. Il ressort notamment des pièces du dossier et plus particulièrement des bulletins de salaire produits par l'intéressée que cette dernière ne justifie occuper un emploi à temps complet que depuis le mois de juillet 2022. Dans ces conditions, le préfet qui a bien retenu la circonstance que l'intéressée avait aussi travaillé à temps complet, n'a pas entaché ses décisions d'inexactitude matérielle des faits et ce moyen doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
7. Mme C soutient qu'elle est entrée en France à l'âge de 16 ans et y réside depuis lors, qu'elle a obtenu le baccalauréat ainsi qu'une licence en mathématiques en France et qu'elle travaille dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis 2021 en qualité d'assistance de gestion. Toutefois, si l'intéressée justifie être entrée en France le 14 août 2016, alors âgée de 17 ans, elle ne justifie pas, par les pièces produites, avoir résidé de manière habituelle en France entre le 14 août 2016 et le 1er septembre 2021, date à laquelle a débuté son activité professionnelle. En outre, l'intéressée ne travaillant que depuis deux ans, ne justifie pas d'une insertion professionnelle significative en France. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et notamment de la fiche de salle produite en défense par le préfet, que l'intéressée est célibataire et qu'elle n'est pas isolée dans son pays d'origine où résident ses parents ainsi que ses deux frères. Dans ces conditions, Mme C ne peut pas être regardée comme ayant établi en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que préfet du Val-d'Oise aurait, en prenant les décisions attaquées, méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il qu'aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ni dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 23 juin 2023. Ces conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
Mme Charlery, première conseillère,
M. Jacquelin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.
Le président-rapporteur,
signé
S. Ouillon
L'assesseure la plus ancienne,
signé
C. Charlery
La greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2600300
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2612179
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2604311
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2603832
01/10/2026