Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310032
mercredi 5 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2310032 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 24 juillet 2023 et le 14 décembre 2023, M. A C, représenté par Me Fouache, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 30 juin 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de deux ans en l'informant de son signalement aux fins de non-admission au système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou tout préfet compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai de quinze jours courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans la même condition de délai et de le mettre en possession, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A C soutient que :
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi qu'aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui refusant un titre de séjour elle-même illégale ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire elle-même illégale ;
- elle est insuffisamment motivée et procède d'un examen insuffisant de sa situation ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- l'accord-cadre relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire entre le Gouvernement de la République française et le gouvernement de la République tunisienne du 28 avril 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Charlery, rapporteure,
- et les conclusions de M. Belhadj, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant tunisien né le 11 novembre 1994, déclare être entré en France en 2016 démuni de tout visa. Le 14 octobre 2022, il a sollicité un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien. Par arrêté du 30 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour pendant une durée de deux ans. M. A C sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des actes de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de tels actes alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. L'arrêté contesté a été signé par Mme D E, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de ce département à l'effet de signer tout arrêté de refus de délivrance de titre de séjour, consentie par l'arrêté n°23-014 du 22 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit ainsi être écarté.
3. En deuxième lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. En l'espèce, la décision en litige vise les textes dont elle fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'Accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui des relations entre le public et l'administration. Le préfet du Val-d'Oise souligne que M. A C a sollicité un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien auquel il ne peut prétendre faute de justifier d'un visa de long séjour et d'être en possession d'un contrat de travail visé. L'arrêté relève également que l'intéressé ne peut davantage bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour dès lors que, s'il déclare travailler en France depuis novembre 2018, la réalité et la pérennité de son emploi ne sont pas justifiées pour la période allant de novembre 2018 à décembre 2022, le service de la main-d'œuvre étrangère ayant rendu le 20 février 2023, un avis défavorable à la demande d'autorisation de travail compte tenu du placement en redressement judiciaire de son employeur, la société GE II. La décision précise que M. A C est célibataire, sans charge de famille et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, sa sœur et où il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans, circonstances dont il découle que la décision ne porte pas atteinte à son droit de mener une vie familiale normale conformément à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, la décision litigieuse comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué, en particulier des éléments de motivation rappelés au point précédent, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de M. A C. Si ce dernier conteste la conclusion tirée par le préfet de la situation de redressement judiciaire de la société GE II, dont cette autorité a déduit que la pérennité de son emploi n'était pas démontrée sur la période courant de 2018 à 2022, il remet ainsi en cause le bien-fondé de l'appréciation portée par cette autorité sur la situation de l'entreprise et ses effets sur l'emploi exercé, laquelle est sans lien avec la suffisance de l'examen auquel cette autorité a procédé, qui apprécie seulement si le préfet a pris en compte l'ensemble des éléments utiles à l'instruction du dossier.
6. En quatrième lieu, M. A C fait valoir que la décision en litige est entachée d'erreur de fait pour considérer qu'au regard de la procédure de redressement judiciaire engagée à l'encontre de son employeur la société GE II, la pérennité de son emploi au sein de ses effectifs n'était pas établie. Toutefois, le requérant remet ainsi en cause l'appréciation portée par le préfet sur les effets de la situation de difficulté économique de son employeur sur sa propre situation professionnelle, mais ne conteste pas l'existence matérielle des faits énoncés, notamment la réalité de la procédure judiciaire ouverte à l'encontre de la société GE II, tels qu'ils ont été exposés à travers les mentions de la décision en litige. Le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut donc qu'être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
8. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
9. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise a examiné la demande de M. A C dans le cadre de son pouvoir général d'appréciation, de sorte que celui-ci peut se prévaloir des dispositions précitées. A ce titre, pour justifier de ce que sa situation caractérise des considérations humanitaires et des motifs exceptionnels susceptibles de lui permettre une régularisation de sa situation à titre exceptionnel, M. A C fait valoir qu'il travaille en qualité de manutentionnaire pour la société GE II depuis 2018, laquelle, si elle a été placée en redressement judiciaire par jugement du 26 janvier 2023 du tribunal judiciaire de Soissons pour avoir rencontré des difficultés économiques, est à jour de l'ensemble de ses cotisations, est seulement débitrice d'une dette modique et peut poursuivre son activité. Le requérant produit la demande d'autorisation de travail renseignée le 21 février 2022 par la SARL GE II pour lui permettre l'exercice sous contrat à durée indéterminée à temps complet de son emploi de manutentionnaire, une attestation d'emploi établie par le gérant de la société de la société GE II datée du 10 février 2022, qui précise la date d'intégration de l'intéressé dans ses effectifs le 13 novembre 2018 pour un salaire mensuel de 1630,45 euros, l'extrait d'immatriculation de cette société au registre du commerce et des sociétés à jour au 20 février 2022, le relevé de cotisations de l'entreprise à l'URSSAF de novembre 2021 à février 2022 et le contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel signé le 13 novembre 2018, modifié pour passer à temps complet par avenant du 1er juillet 2020. Toutefois, si le requérant établit, par les bulletins de salaire qu'il produit, avoir été employé depuis le 9 mai 2018 par la société GE II en qualité de manutentionnaire, il ressort de ces documents que son activité s'est exercée jusqu'en juin 2020 à temps partiel, pour une quotité horaire de 72 heures en mai 2018, de 103,92 heures sur la période allant du mois de juin 2018 à août 2018, de 24 heures du 1er au 8 septembre 2018, de 64 heures en novembre 2018 et de 104 heures jusqu'en juin 2020. De sorte que M. A C exerce son emploi sous contrat à durée indéterminée depuis novembre 2018, mais à temps complet depuis seulement juillet 2020, soit depuis 3 ans à la date d'édiction de la décision en litige. Par ailleurs, s'il est vrai que la SARL GE II n'a pas fait l'objet d'une procédure de liquidation, mais a été placée en redressement judiciaire et sous période d'observation pour une durée maximale de six mois par décision du 24 novembre 2022 du tribunal de commerce de Soissons, le tribunal a décidé de mener cette période d'observation à son terme jusqu'en mai 2023, par jugement du 26 janvier 2023, en rappelant qu'il appartenait au débiteur de proposer un projet de plan de redressement. Il ressort ainsi des pièces du dossier que la situation de l'entreprise reste sous surveillance, donc fragile, malgré la circonstance qu'elle soit à jour de ses déclarations sociales et du paiement de ses cotisations et contributions comme en atteste la lettre de l'URSSAF du 24 juillet 2023 produite par le requérant. Enfin, la durée de présence en France de M. A C en France depuis décembre 2016, laquelle n'est pas contestée par le préfet, n'est pas à elle seule de nature à lui ouvrir droit au bénéfice d'une admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en estimant qu'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel ne justifiait l'admission exceptionnelle au séjour de M. A C. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent du présent jugement, la décision en litige ne procède d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
11. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
12. M. A C soutient qu'il a fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux dès lors qu'il s'y est installé en décembre 2016 et qu'il exerce une activité professionnelle depuis le 9 mai 2018. Néanmoins, l'intéressé n'allègue ni, a fortiori, n'établit entretenir aucune relation familiale, personnelle ou sociale en France. Au demeurant, il ne conteste pas les mentions de la décision en litige selon lesquelles il est célibataire et sans charge de famille et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et sa sœur. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige aurait porté au droit dont il dispose à mener une vie personnelle et familiale normale, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, et ainsi, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle contreviendrait aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile . Il n'est pas davantage fondé, pour les mêmes motifs, à faire valoir qu'elle procèderait d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ou de ses conséquences sur sa situation.
En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, la décision refusant à M. A C un titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, dirigé contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
14. En deuxième lieu, Mme E, signataire de la décision en litige, avait reçu du préfet du Val-d'Oise délégation à l'effet de signer toute obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire par l'arrêté mentionné au point 2 du présent jugement, auquel le juge peut se référer alors même qu'il n'aurait pas été versé à la procédure. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit donc être écarté.
15. En troisième lieu, pour les motifs énoncés au point 12 du présent jugement, le requérant ne peut valablement faire valoir que la décision qu'il conteste procèderait d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ou méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
16. En premier lieu, la décision faisant à M. A C obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, dirigé contre la décision lui interdisant le retour pendant une durée de deux ans, ne peut qu'être écarté.
17. En deuxième lieu, Mme E, signataire de la décision en litige, avait reçu du préfet du Val-d'Oise délégation à l'effet de signer toute décision d'interdiction de retour sur le territoire par l'arrêté mentionné au point 2 du présent jugement, auquel le juge peut se référer alors même qu'il n'aurait pas été versé à la procédure. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit donc être écarté.
18. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
19. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'examen de l'un d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse, à sa seule lecture, en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
20. Pour fonder l'interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de deux ans, opposée à M. A C, le préfet du Val-d'Oise a pris en compte la circonstance que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et sa sœur et qu'il a fait l'objet de deux mesures d'éloignement notifiées le 4 juillet 2017 et le 22 février 2021 qu'il n'a pas mises à exécution. Dans ces conditions, c'est sans entacher sa décision d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation que le préfet du Val-d'Oise a pu prononcer à l'encontre de M. A C une interdiction de retour sur le territoire et en fixer la durée à une période de deux années.
21. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A C doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
22. La présente décision, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A C, n'implique aucune mesure particulière d'exécution.
Sur les frais de l'instance :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que M. A C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens, soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
Mme Charlery, première conseillère,
Mme Fabas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.
La rapporteure,
signé
C. Charlery
Le président,
signé
S. OuillonLa greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2310032
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