Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310145
mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2310145 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 26 juillet 2023, 24 novembre 2023 et 21 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Berte, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 6 juillet 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à lui verser, en application de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'existence d'une menace à l'ordre public ;
- elle emporte des conséquences disproportionnées au regard de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- Le rapport de M. Viain, premier conseiller,
- Les observations de Me Berte, représentant M. A
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 9 août 2021 au 8 août 2025. Dans le cadre de sa demande d'échange de permis de conduire, le requérant a présenté un permis de conduire contrefait. Par un arrêté du 6 juillet 2023, le préfet du Val-d'Oise a, pour ce motif, retiré sa carte de séjour pluriannuelle. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
3. Ni les infractions pénales commises par un étranger, ni, a fortiori, les poursuites pénales à son encontre ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure de retrait de son titre de séjour, sur le fondement des dispositions précitées, qui ont pour objet de prévenir les atteintes à l'ordre public qui pourraient résulter de son maintien sur le territoire français, et ne dispensent en aucun cas l'autorité compétente de caractériser, par des éléments suffisamment probants, l'existence d'une telle menace au vu de l'ensemble des éléments caractérisant le comportement de l'intéressé et des risques objectifs que celui-ci fait peser sur l'ordre public.
4. Pour lui retirer sa carte de séjour pluriannuelle, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur le motif tiré de ce que son comportement constituait une menace pour l'ordre public, en s'appuyant sur la circonstance que, le 11 août 2022, la directrice du centre d'expertise ressources titres échanges de permis de conduire étranger de Loire Atlantique a relevé que le requérant avait produit un permis de conduire falsifié, car comportant des altérations ou modifications. Toutefois, ce fait, intervenu en août 2022, présente un caractère isolé. En outre, le requérant, qui dispose d'un contrat à durée indéterminée depuis le 10 octobre 2022, est marié depuis le 20 octobre 2016 avec une ressortissante ivoirienne, titulaire d'une carte de résident valable 10 ans et mère d'une ressortissante française, avec laquelle il entretient une communauté de vie depuis 2021. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est par ailleurs pas contesté que le requérant est intégré socialement, les faits reprochés à M. A ne suffisent pas à établir que la présence de ce dernier constituerait une menace pour l'ordre public à la date de la décision attaquée. Par suite, en retirant le titre du séjour du requérant pour ce motif, le préfet du Val-d'Oise, a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 juillet 2023.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : L'arrêté du 6 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a retiré sa carte de séjour pluriannuelle à M. A est annulé.
Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête, présenté sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
M. Viain, premier conseiller ;
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
Le rapporteur,
signé
T. VIAIN
Le président,
signé
C. HUON
La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2310145
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