Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310170

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310170
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2310170, le 26 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Bulajic, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2022, par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocate, Me Bulajic, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est entaché d'un vice de procédure, la commission du titre de séjour n'ayant pas été saisie ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de Mme A, l'arrêté litigieux ayant été abrogé.

Par une décision du 6 mars 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2313516 le 11 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Bulajic, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocate, Me Bulajic, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure à défaut de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

- il est dépourvu de base légale et méconnaît le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'a formulé aucune nouvelle demande de titre de séjour et qu'ainsi le préfet ne pouvait se fonder sur le précédent refus de délivrance d'un titre de séjour pour l'obliger à quitter le territoire français ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabas, conseillère ;

- et les observations de Me Bulajic, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante ghanéenne née le 1er février 1976, serait entrée en France en 2006, selon ses déclarations. Elle a bénéficié d'un titre de séjour en raison de son état de santé valable du 9 mai 2011 au 8 mai 2012 et s'est ensuite maintenue irrégulièrement sur le territoire français. Le 16 septembre 2021, elle a sollicité, auprès du préfet du Val-d'Oise, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 avril 2022, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer ce titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office. Par deux arrêtés du 4 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a, d'une part, abrogé l'arrêté du 15 avril 2022 et, a, d'autre part, rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme A en l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et en fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office. Par les requêtes susvisées, Mme A demande au tribunal d'annuler les arrêtés des 15 avril 2022 et 4 septembre 2023 portant rejet de sa demande de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant son pays de destination.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2310170 et 2313516 présentées par Mme A présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige et l'exception de non-lieu opposée par le préfet du Val-d'Oise en défense :

3. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée ou abrogée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision.

4. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 4 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a, en cours d'instance, abrogé l'arrêté du 15 avril 2022 attaqué dans la requête n°2310170 par lequel il a refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'expiration de ce délai, et a édicté un nouvel arrêté le 4 septembre 2023, identique dans ses motifs comme dans son dispositif à celui du 15 avril 2022. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 15 avril 2022, ni, par voie de conséquence, sur les conclusions à fin d'injonction correspondantes.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 septembre 2023 :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

6. D'une part, la requérante ne justifie pas, par les pièces qu'elle produit, notamment un courrier bancaire non daté, une attestation de stage datée du mois d'avril 2015 et relative à un stage effectué au cours de l'année 2014, un reçu de paiement daté du mois de juin et une déclaration de revenus qu'elle aurait résidé habituellement sur le territoire français au cours de l'année 2015. En outre, la seule production d'un reçu pour solde de tout compte, daté du mois de janvier ne permet pas davantage d'établir que Mme A a résidé habituellement sur le territoire français au cours de l'année 2019. Dans ces conditions, Mme A, qui n'établit pas avoir résidé habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué, ne peut se prévaloir des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ne peut, par suite, qu'être écarté.

7. D'autre part, si la requérante produit plus de quatre-vingt bulletins de salaire pour des emplois en qualité d'agent de service et de femme de chambre entre les années 2008 et 2018, elle n'a bénéficié, à ce titre, d'aucun contrat à durée indéterminée et ne justifie d'aucune insertion professionnelle dans les trois années précédant sa demande de titre de séjour. Par ailleurs, la seule production d'une demande d'autorisation de travail est insuffisante pour estimer qu'en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour au titre du travail, le préfet aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Enfin, il ressort des pièces du dossier que Mme A est célibataire et n'est pas dépourvue de famille dans son pays d'origine où résident ses deux enfants majeurs, ses deux frères et sa sœur et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. Dans ces conditions, en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ;() ".

10. Ainsi qu'il l'a été dit, le préfet du Val-d'Oise a, par un arrêté du 4 septembre 2023, abrogé l'arrêté du 15 septembre 2022 et s'est de nouveau saisi de la demande de titre de séjour présentée par la requérante le 16 décembre 2021, demande qu'il a décidé de rejeter par l'arrêté attaqué. Il pouvait ainsi, sur le fondement de ce refus de séjour et sans entacher son arrêté d'un défaut de base légale, obliger Mme A à quitter le territoire français en application des dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'un défaut de base légale ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 4 septembre 2023.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

13. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans le cadre des présentes instances, les conclusions présentées par Mme A sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande d'admission au séjour de Mme A, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, ni sur les conclusions à fin d'injonction correspondantes.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2310170 et la requête n°2313516 de Mme A sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère,

Mme Fabas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

La rapporteure,

signé

L. Fabas

Le président,

signé

S. Ouillon

La greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s2310170-2313516