Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310179

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310179
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2023, M. A, représenté par Me Arifa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 21 juin 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans le délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors que son employeur a répondu à la demande du service de la main-d'œuvre étrangère ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui refusant un titre de séjour elle-même illégale ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente.

Le préfet du Val-d'Oise a produit les pièces constitutives du dossier qui ont été enregistrées le 27 décembre 2023.

Par une ordonnance du 12 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Charlery, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sri-lankais né le 18 mai 1982, déclare être entré en France le 18 juin 2017 démuni de tout visa. Le 22 décembre 2021, il a sollicité une admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 21 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. M. A sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

3. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée.

4. Pour refuser à M. A une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions citées ci-dessus, le préfet du Val-d'Oise a considéré que les documents qu'il produit ne sont pas de nature à justifier de façon probante une expérience professionnelle en France pour la période allant de juin 2021 à octobre 2022, faute de réponse de son employeur à la demande de pièces complémentaires de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère, circonstance dont le préfet a conclu que la réalité et la pérennité de l'emploi exercé ne sont pas formellement démontrées. Il ressort des pièces versées à la présente instance, notamment des bulletins de salaire et contrat de travail produits, que M. A a travaillé à temps plein du 15 décembre 2017 au 31 août 2018 en qualité de cuisinier pour la société Crêperie 4 Temps-Le Dôme, puis, du 18 septembre 2018 au 6 juillet 2019, en qualité de serveur à temps partiel, pour une durée de 117 heures, pour le compte de la crêperie Charpentier, puis à compter du 9 septembre 2019 jusqu'au 31 août 2020, en qualité de crêpier à nouveau à temps complet au sein des effectifs de la SARL Crêpe's, et enfin, sous contrat à durée indéterminée à temps complet conclu avec la SAS FM-CD " La Cantina " le 1er juin 2021, pour exercer les fonctions d'employé. Le requérant totalise ainsi 5 années et demi d'activité professionnelle en France, dont 10 mois à temps non complet. La réalité et la pérennité de son dernier emploi sont également établies par la production des documents demandés par la plateforme de la main-d'œuvre étrangère, à travers les deux courriels du 8 février 2023 et du 17 février 2023 restés sans réponse, produits par le préfet du Val-d'Oise, à savoir le formulaire Cerfa n°15186*03 de demande d'autorisation de travail, signé le 3 décembre 2022 par l'employeur, l'ensemble des bulletins de salaire depuis l'embauche du requérant le 1er juin 2021 jusqu'au 31 mai 2023 et un extrait Kbis de la société à jour au 9 septembre 2021. Dans ces conditions, compte tenu de l'expérience professionnelle acquise par M. A, le préfet du Val-d'Oise, en estimant qu'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel ne justifiait son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié, a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être accueilli.

5. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du préfet du Val-d'Oise portant refus de délivrance d'un titre de séjour à M. A doit être annulée. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et celle fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou à tout préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, sous réserve d'un changement de circonstance de droit ou de fait dans la situation du requérant, de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans un délai de deux mois courant à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les frais de l'instance :

7. Il y a lieu de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de L'Etat, partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 21 juin 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou à tout préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de délivrer à M. A, sous réserve d'un changement de circonstance de droit ou de fait dans sa situation, un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans un délai de deux mois courant à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère,

M. Jacquelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

La rapporteure,

signé

C. Charlery

Le président,

signé

S. OuillonLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2310179