Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310281
vendredi 4 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2310281 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Funke, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté, notifié le 27 juillet 2023, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assignée à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait été statué sur son cas ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les arrêtés attaqués sont entachés d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation sur l'existence d'une menace pour l'ordre public ;
- ils méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision l'assignant à résidence sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été prise par une autorité incompétente et n'est pas datée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut à ce que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour soient renvoyées à une formation collégiale du tribunal et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Amazouz, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés aux articles L. 614-5, L. 614-6, L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Amazouz, magistrat désigné ;
- les observations de Mme Funke, avocat de Mme B, en présence de cette dernière, qui soutient, en outre, que les arrêtés contestés sont insuffisamment motivés et que la requérante est fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour ;
- le préfet des Hauts-de-Seine, régulièrement convoqué, n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante tunisienne née le 19 septembre 1987, est entrée en France le 26 septembre 2011, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour, valable du 15 septembre 2011 au 15 septembre 2012. Elle s'est ensuite vu délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", valable du 16 avril 2018 au 15 avril 2019, qui a été renouvelé sans discontinuité jusqu'à la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle, valable du 26 juillet 2019 au 25 juillet 2023. Le 22 mai 2023, l'intéressée a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 5 juillet 2023, notifié le 27 juillet 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté notifié le même jour, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assignée à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours. Mme B demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence () lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. () ".
3. L'obligation de quitter le territoire français adoptée à l'encontre de Mme B est fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il doit être statué sur la décision relative au séjour l'accompagnant dans les conditions prévues à l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à la sous-section 1 de la section 2 du chapitre VI du titre VII du livre VII du code de justice administrative. Ainsi, il appartient à la formation collégiale du tribunal de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour :
4. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle () au renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle () ".
5. Pour apprécier si le comportement d'un ressortissant étranger est de nature à révéler une menace pour l'ordre public et peut justifier un retrait, un refus de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle, l'autorité compétente ne saurait s'en tenir à la qualification et à la sanction pénales susceptibles d'être appliquées à ce comportement.
6. Pour refuser de renouveler la carte de séjour pluriannuelle dont Mme B était titulaire, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée a été condamnée, le 20 mai 2021, par le tribunal judiciaire de Paris à une amende de 500 euros pour conduite d'un véhicule sans permis. Toutefois, les faits reprochés à la requérante, qui datent du mois de février 2021, ont été qualifiés par le juge pénal, dans son ordonnance du 20 mai 2021, comme étant de faible gravité. Alors que le préfet des Hauts-de-Seine s'est uniquement fondé sur la condamnation dont Mme B a fait l'objet sans prendre en compte l'ensemble des éléments caractérisant son comportement, les faits reprochés à la requérante ne sauraient à eux-seuls caractériser, compte tenu de leur nature et de leur caractère isolé, une menace pour l'ordre public au sens des dispositions sus-rappelées des article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, Mme B est fondée à soutenir qu'en estimant que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, le préfet des Hauts-de-Seine a entaché la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour d'une erreur d'appréciation. Par suite, la requérante est fondée à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français dont elle a fait l'objet.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 5 juillet 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligée à quitter le territoire français sans délai ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour par lesquelles il a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Elle est également fondée à demander l'annulation de la décision notifiée le 27 juillet 2023 par laquelle le même préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ". En vertu de l'article L. 614-18 du même code, si la décision d'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 est annulée, il est immédiatement mis fin à cette mesure.
9. En application de ces dispositions, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit immédiatement mis fin à l'assignation à résidence prononcée à l'encontre de Mme B et qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans l'attente du réexamen de sa situation, d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.
Sur les frais du litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions du 5 juillet 2023 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a obligé Mme B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et celle notifiée le 27 juillet 2023 par laquelle il l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'État versera à Mme B une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 5 juillet 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme B, et les conclusions à fin d'injonction correspondantes, sont réservées jusqu'en fin d'instance devant une formation collégiale du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 août 2023.
Le magistrat désigné,
signé
S. AMAZOUZLe greffier,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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