Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310292
vendredi 4 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2310292 |
| Type | Ordonnance |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Hervet, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de la convoquer pour le dépôt de son dossier de demande de titre de séjour et lui délivrer un récépissé l'autorisant à séjourner sur le territoire, dans un délai de trois jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais irrépétibles.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'impossibilité matérielle d'obtenir un récépissé la maintient dans une situation d'insécurité juridique et la prive de son droit à une vie privée et familiale ;
- la mesure sollicitée est utile en ce que l'obtention d'un rendez-vous est indispensable pour faire enregistrer sa demande d'admission au séjour ;
- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Huon, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante pakistanaise, née le 24 décembre 1996, est entrée en France le 27 janvier 2023, sous couvert d'un visa C, valable du 25 janvier au 23 avril 2023, en vue d'y rejoindre son époux de nationalité britannique. Le 3 avril 2023, les services de la préfecture du Val-d'Oise lui ont retourné sa demande de titre de séjour formée par courrier en l'informant que la procédure de dépôt par voie postale serait remplacée par une procédure dématérialisée via " démarchés simplifiées " au cours du mois de mai 2023. Ayant constaté que cette procédure n'avait pas été mise en place, que le site de la sous-préfecture de Sarcelles faisait toujours référence à la procédure postale et que le site de l'ANEF ne proposait aucune formulaire correspondant à sa situation, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui fixer un rendez-vous en vue du dépôt de son dossier de demande de séjour et l'obtention du récépissé y correspondant.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Enfin, il ne saurait être enjoint au préfet de faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
4. En premier lieu, lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressée. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement de titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
5. En second lieu, pour justifier de l'urgence particulière qu'il y aurait à enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui fixer un rendez-vous pour lui permettre de déposer sa demande d'admission au séjour, Mme A soutient que, compte tenu des circonstances rappelées au point 1., elle est dans l'impossibilité d'accomplir une quelconque démarche. Toutefois, et alors que l'intéressé ne précise même pas les dispositions en vertu desquelles elle entend bénéficier du titre demandé, elle ne justifie qu'elle ne pourrait déposer sa demande via le site de l'ANEF dont la page qu'elle communique mentionne le cas de figure des étrangers qui, comme elle, qui ont des attaches familiales en France. Elle ne justifie pas davantage s'être rapprochée des services préfectoraux, soit pour reformuler une demande par voie postale, conformément à la procédure décrite actuellement sur le site de la sous-préfecture de Sarcelles, soit pour s'enquérir des modalités exactes du dépôt de son dossier. Dans ces conditions, et compte tenu notamment du caractère récent de son entrée et France et de sa première demande de titre et de son manque de diligence, la requête de Mme A, qui de surcroît ne justifie pas de circonstances particulières impliquant que sa demande soit traité en priorité, nezpeut être regardée comme présentant un caractère d'urgence.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction de Mme A doivent être rejetées par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres conditions d'octroi de la mesure au sens de l'article L.521-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.
Fait à Cergy, le 4 août 2023.
Le juge des référés,
Signé
C. Huon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.