Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310320

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et l'a obligé à remettre son passeport ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi création d'entreprise " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation et d'une erreur de droit dès lors qu'il n'a pas sollicité une demande de renouvellement de titre de séjour étudiant mais un changement de statut sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête de M. B.

Il indique confirmer son arrêté et communique l'ensemble des pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. d'Argenson, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B ressortissant tunisien, né le 16 juillet 1995, est entré en France

le 25 mars 2021 sous-couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour valable du 8 mars 2021 au 8 mars 2022. Il a sollicité le 24 mai 2023 un changement de statut et demandé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi/création d'entreprise ". Par un arrêté du 17 juillet 2023, dont il demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et l'a obligé à remettre son passeport.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise" autorise l'étranger à exercer une activité professionnelle salariée jusqu'à la conclusion de son contrat ou l'immatriculation de son entreprise. " Aux termes de l'article L. 422-10 du même code : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention

" étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, soit avoir été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent-chercheur " délivrée sur le fondement de l'article L. 421-14 et avoir achevé ses travaux de recherche, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; / 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches. ". Et aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ; () ".

3. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la fiche de renseignement complétée et signée le 25 mai 2023 que M. B a sollicité un changement de statut et demandé un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi/création d'entreprise ", postérieurement à l'expiration de son titre de séjour " étudiant " le 8 mars 2022 et à sa scolarité poursuivie au sein d'un programme MBA en gestion de l'énergie et du développement durable, cours enseigné en anglais, qui s'est achevée le 31 août 2022. Si les récépissés de sa demande de titre de séjour délivrés les 14 mai 2022 24 mai 2023 mentionnent, à tort que l'intéressé avait sollicité le renouvellement de son titre de séjour étudiant puis une première demande en la même qualité, les termes de l'arrêté attaqué font bien apparaitre que M. B avait demandé un changement de statut en sollicitant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi/création d'entreprise ". Ainsi, le préfet a pu, à bon droit, lui opposer la tardiveté de sa demande tant sur le fondement des articles L. 422-8 et L. 422-10 précités. En tout état de cause, M. B ne démontre pas remplir les conditions pour bénéficier du titre de séjour sollicité, dès lors qu'il ne présente ni contrat de travail, ni projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen et de l'erreur de droit ne peuvent qu'être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de cette illégalité dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Robert, premier conseiller,

Mme Bocquet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le président-rapporteur,

signé

P.-H. d'ArgensonL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

D. RobertLe greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2310320