Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310388
vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2310388 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°2303440 du 24 juillet 2023, enregistrée le 1er août 2023 au greffe du tribunal, la première vice-présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme C A.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Versailles le 27 avril 2023, et un mémoire, enregistré le 11 février 2024, Mme C A demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 février 2023 de la rectrice de l'académie de Versailles, saisie sur recours administratif préalable obligatoire, portant exclusion définitive de sa fille, Mme B A, scolarisée en classe de quatrième au collège Alfred de Vigny à Courbevoie ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 500 euros en réparation des préjudices subis par sa fille ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 500 euros en réparation des troubles dans les conditions d'existence qu'elle a subis ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle se fonde sur des témoignages imprécis et peu fiables voire mensongers ;
- la sanction est disproportionnée dès lors que sa fille a été victime de violences physiques, que le principal du collège a exercé des pressions pour qu'elle avoue les faits reprochés et que la sanction maximale a été prononcée faute pour elle d'avoir avoué ces derniers, et qu'aucune sanction intermédiaire ou mesure éducative, comme la réunion de la commission éducative, n'a été envisagée préalablement à la réunion du conseil de discipline ;
- le mémoire en défense du rectorat n'aurait pas dû être communiqué dès lors que l'instruction était close ;
- le principe de confidentialité des débats et de l'instruction a été violé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2024, le recteur de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de demande préalable ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chaufaux,
- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,
- et les observations de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 9 janvier 2023, le conseil de discipline du collège Alfred de Vigny a exclu définitivement l'élève B A, fille de la requérante Mme C A. La requérante a alors formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision. Par une décision en date du 9 février 2023, la rectrice de l'académie de Versailles a maintenu la décision d'exclusion définitive prononcée par le conseil de discipline du collège Alfred de Vigny à l'encontre de l'élève B A et requalifié le motif de la sanction. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner l'Etat à réparer les préjudices subis par elle-même et sa fille, Mme B A.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 511-13 du code de l'éducation : " I. Dans les collèges et lycées relevant du ministre chargé de l'éducation, les sanctions qui peuvent être prononcées à l'encontre des élèves sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° La mesure de responsabilisation ; / 4° L'exclusion temporaire de la classe. Pendant l'accomplissement de la sanction, l'élève est accueilli dans l'établissement. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; / 5° L'exclusion temporaire de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; / 6° L'exclusion définitive de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. () ".
3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un élève ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis, s'ils constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
4. En premier lieu, la requérante soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors que les témoignages d'élèves de la classe de la fille de la requérante reprochant à cette dernière des propos racistes seraient imprécis, peu fiables voire mensongers. Toutefois, elle ne produit aucune pièce au soutien de ses allégations et notamment aucun témoignage contradictoire hormis celui de sa fille. Par ailleurs, les sept témoignages incriminés ont été établis par des élèves de la classe de la fille de la requérante, sont écrits, circonstanciés et concordants sur les faits reprochés. Il s'ensuit que les faits sont établis et que le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
5. En second lieu, la requérante fait valoir que la sanction revêt un caractère disproportionné. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la fille de la requérante a prononcé à plusieurs reprises des propos et insultes racistes à l'égard de plusieurs élèves de sa classe. Si l'intéressée fait valoir que sa fille aurait fait l'objet de faits de violences physiques de la part de deux élèves de sa classe, cette affirmation n'est établie par aucun commencement de preuve. Il en est de même de l'affirmation selon laquelle le conseil de discipline du collège aurait retenu la sanction la plus grave faute pour l'enfant de la requérante d'avoir avoué les faits reprochés. Par ailleurs, si la requérante fait valoir l'absence d'antécédents disciplinaires, le procès-verbal du conseil de discipline indique que son enfant a fait l'objet de deux heures de retenue et d'une exclusion de cours. Par suite, eu égard à la nature et au caractère répété des faits reprochés, la sanction d'exclusion définitive n'est pas disproportionnée ni entachée d'une erreur d'appréciation.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme A doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
7. En l'absence d'illégalité de la décision du 9 février 2023, la requérante n'est pas fondée à demander l'indemnisation des préjudices moraux qu'elle-même et sa fille B affirment avoir subis en conséquence de cette décision, alors qu'au surplus, la requérante n'a pas présenté de demande indemnitaire préalable. Par suite, les conclusions indemnitaires de Mme A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais du litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera délivrée au recteur de l'académie de Versailles.
Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
M. Baude, premier conseiller,
Mme Chaufaux, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.
La rapporteure,
signé
E. Chaufaux
La présidente,
signé
S. EdertLa greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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