Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310469

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310469
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre
Avocat requérantRAJI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 août 2023, M. B, représenté par Me Raji, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que l'arrêté attaqué :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est illégal dès lors que l'arrêté du 13 octobre 2022 a été partiellement exécuté ;

- est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière qui a méconnu son droit à être entendu ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il pouvait prétendre à une dérogation à la possession d'un visa de long séjour au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il pouvait bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise confirme sa décision et se borne à communiquer les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Charlery, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 3 juillet 2003, est entré en France le 23 janvier 2019 muni d'un visa Schengen valable du 20 janvier 2019 au 6 mars 2019. Le 5 septembre 2022, il a sollicité un titre de séjour en qualité d'étudiant sur le fondement des dispositions des articles L. 422-1 à 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 13 octobre 2022, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. Par un arrêté du 6 juillet 2023, le préfet du Val-d'Oise a abrogé cet arrêté et a pris un nouvel arrêté en date du 20 juillet 2023 comportant les mêmes dispositions. M. B doit être regardé comme sollicitant l'annulation de ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme A D, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement à la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de ce département à l'effet de signer " tout arrêté de refus de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour, toute obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire, toute décision fixant le pays de destination ", en cas d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et de son adjointe, consentie par l'arrêté n°23-042 du 11 juillet 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département. Il n'est pas établi que ces derniers n'étaient ni absents ni empêchés à la date de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

4. En l'espèce, M. B, qui a sollicité un titre de séjour, a été mis à même de faire valoir, dans le cadre de l'instruction de sa demande, avant l'intervention de l'arrêté en cause, tous éléments d'information ou argument de nature à influer sur le contenu de la décision en litige. Le droit d'être entendu n'obligeait pas le préfet à mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi qui sont prises concomitamment et en conséquence du refus de séjour. Au demeurant, il ne fait valoir aucun élément utile et pertinent qu'il n'aurait pas été mis en mesure de porter à la connaissance de l'autorité préfectorale et qui aurait été susceptible d'influer sur le sens de la décision. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu tant les droits de la défense que son droit à être entendue. Le présent moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, M. B soutient que l'arrêté du 20 juillet 2023 est nul, dès lors que le précédent arrêté du 13 octobre 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, abrogé par un arrêté du 6 juillet 2023, a été partiellement exécuté. Toutefois, les conditions d'exécution de l'arrêté du 13 octobre 2022 sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté postérieur du 20 juillet 2023, lequel est dépourvu d'effet rétroactif. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. M. B se prévaut de son entrée régulière sur le territoire à l'âge de 15 ans, sous couvert d'un visa Schengen en cours de validité, pour prétendre bénéficier de la dérogation au visa de long séjour prévue par les dispositions citées au point précédent du présent jugement. Toutefois, s'il est constant que M. B était bien titulaire d'un visa Schengen valable du 20 janvier 2019 au 6 mars 2019 lors de son entrée en France le 23 janvier 2019 à l'âge de 15 ans, il ne justifie pas poursuivre les études supérieures visées par ces dispositions, ainsi qu'il le reconnaît lui-même à travers ses écritures et en produisant un certificat de scolarité, pour l'année scolaire 2022/2023, en 1ère professionnelle construction des carrosseries au lycée Nicolas Joseph Cugnot à Neuilly-sur-Marne. Il suit de là que M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en s'abstenant de lui faire bénéficier de la dérogation à la possession d'un visa de long séjour prévue par les dispositions du 2ème alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le préfet du Val-d'Oise aurait entaché l'arrêté contesté d'erreur manifeste d'appréciation.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

9. Pour soutenir qu'il a installé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, M. B fait valoir qu'il poursuit ses études avec sérieux, qu'il déclare ses impôts en France, qu'il est titulaire d'un compte bancaire, d'abonnements téléphoniques et dispose d'attaches familiales sur le territoire français où résident sa sœur, titulaire d'une carte de résident, et son oncle, qui le prend en charge et a la nationalité française. Toutefois, le requérant ne présente une durée de séjour en France que de quatre ans et demi à la date d'édiction de la décision en litige et ne conteste pas les mentions de la décision en litige selon lesquelles ses parents résident au Maroc. Dans ces conditions, le requérant ne peut soutenir qu'en prenant la décision attaquée, le préfet du Val-d'Oise aurait procédé à une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en estimant qu'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel ne justifiait son admission exceptionnelle au séjour le préfet du Val-d'Oise aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. B doit être rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement, qui rejette la requête de M. B, n'implique aucune mesure particulière d'exécution.

Sur les frais de l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens, soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère,

Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

La rapporteure,

signé

C. Charlery

Le président,

signé

S. OuillonLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2310469