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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2310486

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310486

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310486
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCABANES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 août 2023, le 16 février 2024 et le 26 avril 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Europe Services Déchets (ESD), représentée par Me Pezin, demande à la juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris à lui verser, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, une provision de 277 683,90 euros au titre de la révision des prix correspondant à 22 factures, demeurées impayées jusqu'aux 10 et 12 avril 2024, dans le cadre de l'exécution du marché n° 21S25 de service d'exploitation de la déchetterie de Verrières-le-Buisson (Essonne), à assortir des intérêts moratoires et des indemnités forfaitaires de recouvrement pour un montant de 89 448,96 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable, en présence d'un différend auquel il n'a pas été mis fin et qui a donné lieu à un mémoire en réclamation dont la portée ne saurait être réduite au seul mois de décembre 2022 ;

- la créance dont elle sollicite le paiement n'est pas sérieusement contestable dès lors que les prestations objets des factures en litige ont été réalisées et qu'elle en a respecté les modalités d'établissement conformément aux stipulations de l'article 6.2 du cahier des clauses administratives particulières du marché (CCAP) ;

- les prix appliqués sont ceux inscrits sur le bordereau des prix unitaires et forfaitaires, révisés conformément au courrier du 15 septembre 2022 ;

- l'acheteur est donc tenu de régler l'ensemble des factures impayées, y compris celles ayant couvert la période jusqu'au 30 juin 2023.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 janvier 2024, le 29 février 2024 et le 21 mai 2024 à 10 heures 25, l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris, représenté par la SARL Valadou-Josselin et Associés, conclut :

1°) au rejet de la requête de la SAS Europe Services Déchets, ou, à titre subsidiaire, à la limitation de sa condamnation au paiement de la somme de 24 477,63 euros correspondant à la période ayant couru du 1er au 31 décembre 2022 ;

2°) à la condamnation de la SAS ESD aux dépens de l'instance ;

3°) à la mise à la charge de la SAS ESD de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, la demande de provision est irrecevable :

. en application de l'article 46.1 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services (CCAG-FCS) dans sa version issue de l'arrêté du 30 mars 2021, faute de différend entre les parties ;

. en application de l'article 46.2 du même cahier, en l'absence de mémoire en réclamation, étant entendu que celui-ci n'aurait en tout état de cause visé que la période du 1er au 31 décembre 2022 ;

. si la requête était considérée recevable, le quantum à indemniser ne saurait excéder la somme de 24 477,63 euros correspondant à la révision des prix des factures portant sur la période du 1er au 31 décembre 2022, assortie des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire de recouvrement ;

- en tout état de cause, la créance réclamée est sérieusement contestable, dès lors que :

. les prix mentionnés sur les factures présentées par la société ESD ne sont pas conformes au bordereau des prix unitaires et forfaitaires (BPU) prévus contractuellement, lesquels ont prévu des forfaits qui ont tous été dépassés, alors pourtant que la SAS ESD a été invitée à régulariser ses factures ;

. la SAS ESD ne saurait se prévaloir d'une révision des prix non conforme aux stipulations des articles 3.7.1 et 3.7.2 du CCAP, qu'il n'a jamais acceptée fût-ce tacitement, alors en tout état de cause que le bordereau des prix révisés aurait dû lui parvenir au plus tard le 28 juillet 2022.

Par ordonnance du 30 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 mai 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- l'arrêté du 30 mars 2021 portant approbation du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Oriol, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement du 2 août 2021, l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris a attribué à la société par actions simplifiée (SAS) Europe Service Déchets (ESD) le marché de service relatif à l'exploitation de la déchetterie de Verrières-le-Buisson (Essonne). Le contrat a été exécuté conformément aux stipulations contractuelles à partir du 1er septembre 2021 et les factures correspondant aux prestations réalisées ont été déposées par la SAS ESD sur la plateforme Chorus Pro afin d'en obtenir le règlement par l'établissement public territorial. Toutefois, depuis le 1er août 2022, ces factures ont été systématiquement rejetées, avec les motifs " erreur BPU " ou " prix BPU non conforme ", voire n'ont pas été consultées. Par une lettre recommandée en date du 3 mars 2023, restée sans réponse, la SAS ESD a vainement mis l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris en demeure de lui régler des factures émises entre le 19 octobre et le 31 décembre 2022, puis lui a adressé un mémoire en réclamation du 4 avril 2023, tendant au paiement des sommes réclamées à concurrence d'une somme de 345 749,67 euros, resté lui aussi sans réponse. Finalement, après l'introduction de la présente requête, l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris a réglé à la SAS ESD la somme globale de 850 461,25 euros. Dans le dernier état de ses écritures, la SAS ESD demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris à lui verser, à titre de provision, la somme de 277 683,90 euros au titre de la révision des prix correspondant aux factures déjà réglées, à assortir des intérêts moratoires et des indemnités forfaitaires de recouvrement pour un montant de 89 448,96 euros.

Sur le principal de la créance :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. "

3. Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.

4. D'autre part, aux termes de l'article 46.1 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services (CCAG-FCS) dans sa version issue de l'arrêté du 30 mars 2021 applicable au marché : " L'acheteur et le titulaire s'efforceront de régler à l'amiable tout différend éventuel relatif à l'interprétation des stipulations du marché ou à l'exécution des prestations objet du marché. / Au sens du présent article, l'apparition du différend résulte : / - soit d'une prise de position écrite, explicite et non équivoque émanant de l'acheteur et faisant apparaître le désaccord ; / - soit du silence gardé par l'acheteur à la suite d'une mise en demeure adressée par le titulaire l'invitant à prendre position sur le désaccord dans un délai qui ne saurait être inférieur à quinze jours ; / - soit de l'absence de notification du décompte de résiliation dans le délai mentionné à l'article 43.5. ". Selon l'article 46.2 du même cahier : " Tout différend entre le titulaire et l'acheteur doit faire l'objet, de la part du titulaire, d'un mémoire en réclamation exposant précisément les motifs de ce différend et indiquant, le cas échéant, pour chaque chef de contestation, le montant des sommes réclamées et leur justification. / Ce mémoire doit être communiqué à l'acheteur dans le délai de deux mois courant à compter du jour où le différend est apparu. / Le délai de communication du mémoire en réclamation est prescrit à peine de forclusion. ".

5. Au sens de ces stipulations, l'apparition d'un différend entre le titulaire du marché et l'acheteur résulte, en principe, d'une prise de position écrite, explicite et non équivoque émanant de l'acheteur et faisant apparaître le désaccord. Elle peut également résulter du silence gardé par l'acheteur à la suite d'une mise en demeure adressée par le titulaire du marché l'invitant à prendre position sur le désaccord dans un certain délai. En revanche, en l'absence d'une telle mise en demeure, la seule circonstance qu'une personne publique ne s'acquitte pas, en temps utile, des factures qui lui sont adressées, sans refuser explicitement de les honorer, ne suffit pas à caractériser l'existence d'un différend au sens des stipulations précédemment citées. Lorsqu'intervient un différend entre le titulaire et l'acheteur, le titulaire doit présenter un mémoire en réclamation dans le délai prescrit avant de pouvoir saisir le juge.

6. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 1 ci-dessus, que par lettre du 3 mars 2023, dont il a été accusé réception le 8 mars 2023, la SAS ESD a mis en demeure l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris de lui régler les factures non honorées dans le cadre du marché en litige, à concurrence d'une somme de 345 749,67 euros TTC. Faute de réponse de la commune, cette mise en demeure a fait naître un différend au sens des stipulations précitées de l'article 46.1 du CCAG-FCS. Le 4 avril 2023, au-delà de l'expiration du délai minimal de quinze jours qui a couru à compter du 8 mars 2023, la SAS ESD a adressé à l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris le mémoire en réclamation, reçu le 6 avril 2023, exigé par les stipulations précitées de l'article 46.2 du CCAG-FCS, par lequel elle lui a à nouveau réclamé la somme de 345 749,67 euros, dont il résulte de l'instruction qu'elle correspond à dix factures émises entre le 19 octobre et le 31 décembre 2022 pour un montant de 341 215,58 euros TTC, assorti de 4 134,09 euros d'intérêts moratoires. Les fins de non-recevoir de l'établissement tirées de l'absence de différend entre les parties et de mémoire en réclamation doivent donc être écartées. En revanche, les conclusions soumises au tribunal ne pouvant excéder celles figurant dans le mémoire en réclamation, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir de l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris, tirée de ce que les conclusions de la SAS ESD sont irrecevables pour le montant du litige excédant la somme de 345 749,67 euros TTC.

7. Ainsi qu'il a été dit au point 1 de la présente ordonnance, l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris a réglé à la SAS ESD la somme globale de 850 461,25 euros. Cette somme excédant celle de 345 749,67 euros au-delà de laquelle ses conclusions sont irrecevables, la SAS ESD ne peut être regardée comme disposant sur l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris d'une créance non sérieusement contestable au sens des dispositions précitées de l'article L. 541-1 du code de justice administrative. Ses conclusions tendant à l'octroi d'une provision correspondant aux révisions de prix dont ne se serait pas acquitté l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris, y compris en ce qu'elles tendent à l'octroi d'intérêts moratoires et à des indemnités forfaitaires de recouvrement, doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. En premier lieu, l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris n'établit pas avoir engagé de dépens dans la présente instance. Sa demande tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de la SAS ESD ne peut donc, en tout état de cause, qu'être rejetée.

9. En second lieu, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : La requête de la requête de la SAS Europe Services Déchets est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Europe Services Déchets et à l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris.

Fait à Cergy, le 13 juin 2024.

La juge des référés,

signé

C. Oriol

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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