Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310530

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310530
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 août 2023, M. A B, représenté par Me David, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2023, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me David en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et, en cas de refus d'octroi de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera verser directement.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision portant délai de départ volontaire :

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision portant départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 23 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouillon, président-rapporteur,

- et les observations de Me Begue substituant Me David représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant turc né le 30 octobre 1993, déclare être entré en France le 13 septembre 2021, démuni de tout visa. Le 7 novembre 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 juin 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour () ". Et aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " () / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour ".

3. L'arrêté contesté mentionne les textes dont il fait application, notamment, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier les articles 3 et 8 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il expose, avec suffisamment de précision les motifs pour lesquels le préfet a refusé un titre de séjour à l'intéressé et lui a fait obligation de quitter le territoire français ainsi que les éléments de la situation personnelle de l'intéressé. Cet arrêté comporte ainsi de façon circonstanciée l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il satisfait, dès lors, aux exigences de motivation prévues par les dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ainsi qu'à l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté du 30 juin 2023 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des mentions des décisions contestées ni des pièces versées au dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de l'intéressé préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige. Le moyen qui en est tiré ne peut donc qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

6. M. B, déclarant être arrivé en France le 13 septembre 2021, se prévaut de son mariage avec une ressortissante française le 9 septembre 2022, de leur vie commune depuis février 2022 et de son insertion professionnelle. Toutefois, le requérant, qui ne justifie que d'une durée de séjour en France de vingt-et-un mois, n'était marié avec son épouse que depuis moins de dix mois à la date de l'arrêté en litige. En outre, l'intéressé n'apporte pas d'éléments précis sur les autres liens de toute nature qu'il aurait noués sur le territoire français et ne produit pas d'éléments suffisants de nature à démontrer une insertion sociale ou professionnelle stable et ancienne en France, en ce qu'il ne produit qu'un contrat à durée déterminée de trois mois, conclu entre le 19 octobre 2022 et le 18 janvier 2023. Par ailleurs, la décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de le séparer durablement de son épouse, le requérant, qui est sans charge de famille, ne fournissant aucun élément sur les obstacles qui l'empêcheraient de retourner dans son pays d'origine le temps nécessaire à l'obtention d'un visa de long séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant français. Par suite, compte tenu du caractère récent du mariage de l'intéressé à la date de l'arrêté, dont il n'est pas établi qu'il aurait été précédé d'une période de concubinage durable et stable et de l'ensemble des circonstances de l'espèce, les décisions attaquées ne peuvent être regardées comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts de ces mesures. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces mesures sur sa situation personnelle doit être également écarté.

7. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, pour le même motif, le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ". Aux termes de l'article R. 721-6 du même code : " Pour l'application de l'article L. 721-7, l'autorité administrative désigne le service auprès duquel l'étranger effectue les présentations prescrites et fixe leur fréquence qui ne peut excéder trois présentations par semaine ".

10. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci prévoit à son article 3 que le requérant, pendant le délai de départ volontaire de trente jours, était tenu de se présenter tous les mardis à 10h, sauf les jours fériés, à la préfecture des Hauts-de-Seine, afin d'indiquer les diligences qu'il a mises en œuvre pour la préparation de son départ. En se bornant à soutenir qu'il justifie d'une adresse stable et n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, l'intéressé n'établit pas que le préfet, dans la mise en œuvre de l'obligation de présentation prévue par l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette mesure sur sa situation.

11. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 30 juin 2023, présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me David et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère,

M. Jacquelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

Le président-rapporteur,

signé

S. Ouillon

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. CharleryLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.