Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310593
lundi 11 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2310593 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 août 2023, M. B A demande au tribunal d'annuler la décision en date du 10 mars 2023 par laquelle la commission de médiation du département du Val-d'Oise a rejeté sa demande tendant à voir reconnue comme prioritaire et urgente au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation sa demande de logement social, ensemble la décision en date du 9 juin 2023 rejetant son recours gracieux.
Il soutient avoir produit devant la commission les justificatifs concernant le loyer dont il doit s'acquitter ainsi que ses ressources et qu'il réside, avec ses deux enfants, dans le parc privé, dans un logement onéreux et non adapté à sa situation financière.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 26 février 2024.
La clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, (), est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. () ". L'article L. 441-2-3 du même code dispose que : " () II. -La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; () ".
2. Il résulte du II de l'article L. 441-2-3 et de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation (CCH) que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du CCH et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, dans le cas particulier d'une personne se prévalant uniquement du fait qu'elle a présenté une demande de logement social et n'a pas reçu de proposition adaptée dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 du CCH, la commission peut légalement tenir compte de la circonstance que l'intéressé dispose déjà d'un logement, à condition que, eu égard à ses caractéristiques, au montant de son loyer et à sa localisation, il puisse être regardé comme adapté à ses besoins.
3. Par sa décision en date du 10 mars 2023, la commission de médiation du département du Val-d'Oise a rejeté la demande de M. A tendant à voir sa demande de logement social reconnue comme prioritaire et urgente au motif que si l'intéressé était recevable au titre du délai anormalement long, il n'apportait aucun élément ni pièce justificative permettant à la commission d'analyser objectivement sa situation. La commission conseillait ainsi à M. A de solliciter le dispositif ActionLogement. Par sa décision du 9 juin 2023, la commission de médiation a rejeté le recours gracieux présenté par M. A au motif que les éléments apportés par ce dernier ne permettaient pas à la commission de modifier sa décision initiale.
4. A l'appui de sa demande d'annulation de ces décisions, M. A soutient, dans sa requête, avoir produit, dans le cadre de son recours gracieux, son bail ainsi que ses quittances de loyer et avoir précisé son statut de fonctionnaire de la fonction publique territoriale et qu'il vit, avec ses deux enfants à l'égard desquels il dispose d'un droit d'hébergement et de visite, dans un logement du parc privé inadapté à sa situation financière en raison du caractère élevé du loyer dont il doit s'acquitter. Or, il ressort en effet des pièces du dossier, et notamment des pièces versées à son dossier présenté devant la commission de médiation par le requérant lui-même ainsi que des renseignements qu'il y a portés et qui ne sont pas contestés par le préfet, que M. A a indiqué percevoir un revenu mensuel de 2 004 euros auquel s'ajoutent des allocations versées par la caisse d'allocations familiales pour un montant de 104, 89 euros mensuel et supporter un loyer d'un montant de 936 euros. Il ressort dès lors des pièces du dossier que ce taux d'effort d'environ 41% est inadapté au regard des ressources financières du requérant. Dans ces conditions, les décisions par lesquelles la commission de médiation du Val-d'Oise a rejeté la demande de M. A alors qu'il était en attente d'un logement social depuis un délai de plus de trois ans sont entachées d'une erreur d'appréciation et doivent être annulées.
D É C I D E :
Article 1er : La décision en date du 10 mars 2023 par laquelle la commission de médiation du département du Val-d'Oise a rejeté la demande de M. A tendant à voir reconnue comme prioritaire et urgente au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation sa demande de logement social, ensemble la décision en date du 9 juin 2023 rejetant son recours gracieux sont annulées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2024.
La magistrate désignée,
signé
H. Lepetit-Collin
La greffière,
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2600300
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2612179
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2604311
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2603832
01/10/2026