Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310714

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310714
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2023, M. D B, représenté par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnait les articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle a été prise à l'issu d'une procédure irrégulière ;

- elle méconnait l'article L. 425-9, alinéa 1er du code de l'entrée et du séjour des étrangers en ce que l'intéressé ne peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ainsi que d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Ouillon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant ivoirien né le 6 avril 1979, déclare être entré en France le 8 mars 2015. Le 6 décembre 2022, il a demandé son admission au séjour compte tenu de son état de santé auprès de la préfecture du Val-d'Oise. Par un arrêté du 18 juillet 2023, dont le requérant demande au tribunal l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé (). ". Le premier alinéa de l'article R. 425-12 du même code précise que : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. ". L'article R. 425-13 du même code dispose que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical (). ".

3. M. B soutient que l'arrêté en litige a été édicté à l'issue d'une procédure irrégulière, au motif que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'était pas annexé à l'arrêté attaqué de sorte qu'il n'était pas en mesure de s'assurer que les règles relatives à sa composition et à ses conditions étaient respectées. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'autorité préfectorale de joindre à une décision de refus de titre de séjour sollicité en qualité d'étranger malade l'avis émis par le collège de médecins. Par ailleurs, le préfet du Val-d'Oise produit, dans la présente instance, l'avis rendu le 25 mai 2023 par le collège des médecins de l'OFII, au vu du rapport médical établi le 19 mai 2023 par le docteur A C, qui n'a pas participé à la délibération, laquelle a été signée par les docteurs Somphavonne Norindr, Michel Spadarl et Florent Quilliot. De même, il ressort de cet avis, établi conformément au modèle figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016, que le collège de médecins de l'OFII, après en avoir délibéré, a estimé que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il peut bénéficier d'un traitement dans le pays dont il est originaire eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé, son état de santé lui permettant de voyager sans risque vers son pays d'origine. Dès lors, cet avis comporte les mentions prévues par les dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet du Val-d'Oise établit, de cette manière, l'existence même de cet avis, sa régularité formelle et l'absence de participation du médecin rapporteur à la délibération du collège des médecins. Il suit de là que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'alinéa 1 de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). "

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des stipulations précitées, de vérifier, au vu de l'avis émis par le médecin mentionné à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont il a la nationalité. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de destination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Pour refuser à M. B sa demande de titre de séjour, le préfet du Val-d'Oise a estimé, en s'appropriant l'avis rendu le 25 mai 2023 par le collège des médecins de l'OFII, que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine vers lequel il pouvait voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier que M. B est atteint d'une hépatite B découverte en 2015 et qu'il bénéficie à ce titre d'un traitement antiviral par Ténofovir, ainsi que d'un suivi régulier tous les six mois à l'hôpital Beaujon. Si le requérant entend remettre en cause la disponibilité d'un traitement approprié en Côte-d'Ivoire, il n'en justifie pas en produisant un document d'information, rédigé en des termes généraux, faisant état de difficultés d'accès aux antiviraux sur le continent africain, sans autres précisions sur la disponibilité de ce traitement en Côte-d'Ivoire en particulier. Au contraire, il ressort de la liste nationale des médicaments essentiels disponibles en Côte-d'Ivoire, datée de 2020, produite en défense par le préfet et dont il n'est pas soutenu par le requérant qu'elle ne serait plus applicable, que le médicament Ténofovir y figure et est donc disponible en Côte-d'Ivoire. Par ailleurs, le requérant n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il ne pourrait pas effectivement accéder à ce traitement, le préfet indiquant en défense que l'intéressé pourrait bénéficier du système d'assurance maladie mis en place en Côte-d'Ivoire. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en rejetant sa demande de titre de séjour.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Pour contester l'arrêté en litige, M. B fait valoir l'ancienneté de son séjour en France ainsi que l'intensité de ses attaches sur le territoire français, compte tenu de la présence de son frère et d'une compatriote avec laquelle il entretiendrait une relation amoureuse. Il entend aussi se prévaloir de la présence de sa fille au Portugal. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que M. B réside sur le territoire français depuis plus de huit ans, il ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle particulière en France. Par ailleurs, l'intéressé ne saurait démontrer la nature et la réalité de sa relation alléguée avec une compatriote par la seule production de trois tickets de train en direction du département de la Vendée où résiderait cette dernière. Il ressort d'ailleurs de la fiche de salle datée du 6 décembre 2022 et produite en défense par le préfet que M. B s'est déclaré célibataire. M. B ne saurait se prévaloir, afin de démontrer ses attaches sur le territoire français, de la présence de sa fille sur le territoire Portugais, étant rappelé au surplus que l'intéressé déclare dans sa requête ne pas entretenir de liens rapprochés avec sa fille. Enfin, l'intéressé ne démontre pas être dépourvu de tout lien avec son pays d'origine où réside notamment sa mère. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise ne saurait être regardé comme ayant méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni avoir commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la sa situation personnelle de l'intéressé. Les moyens qui en sont tirés doivent donc être écartés.

9. En quatrième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision de refus de séjour, qui ne fixe par le pays de destination, de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (). ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. ".

11. La décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise, qui a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, mentionne les textes dont elle fait application et expose, avec suffisamment de précision, les éléments de la situation professionnelle, personnelle et familiale de l'intéressé. Cette décision comporte ainsi de façon circonstanciée l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée. En application des dispositions citées au point 9, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte en fait de celle de la décision de refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il y ait lieu qu'il y ait lieu d'ordonner à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de communiquer l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins, comme le demande le préfet, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. M. B étant la partie perdante à la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 20 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président-rapporteur,

Mme Charlery, première conseillère,

Mme Richard, première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.

Le président rapporteur,

signé

S. Ouillon

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. CharleryLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2310714