Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310726
mercredi 5 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2310726 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 août 2023, Mme F, représentée par Me Lantheaume, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 12 juillet 2022, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à tout préfet compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de la munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation de ce dernier à percevoir la part de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Mme F soutient que :
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle procède d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et est entachée d'erreur de fait quant à sa présence en France ;
- en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation, le préfet a entaché sa décision d'erreur de droit ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination :
- ces décisions sont insuffisamment motivées et procèdent d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elles méconnaissent le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles contreviennent aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et procèdent d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 11 avril 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Charlery, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, ressortissante marocaine née le 5 mai 1996, déclare être entrée en France en septembre 2014. Le 20 juin 2022, elle a sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 12 juillet 2022, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. Mme F sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. En l'espèce, la décision en litige vise les textes dont elle fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'Accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui des relations entre le public et l'administration. Le préfet du Val-d'Oise souligne que Mme F a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auquel elle ne peut prétendre dès lors que sa présence n'est établie qu'à compter du second semestre 2019, qu'elle est séparée de sa fille ainée, placée en famille d'accueil par l'aide sociale à l'enfance et que le fait d'être mère d'un enfant né en France ne lui confère aucun droit au séjour. La décision relève également que Mme F, dont le compagnon est également en situation irrégulière, n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses trois frères et sœurs, circonstances dont il découle, d'une part, qu'elle ne peut prétendre à une régularisation à titre exceptionnel et, d'autre part, que la décision ne porte pas atteinte à son droit de mener une vie familiale normale conformément à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, la décision litigieuse comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La circonstance que la décision ne mentionne pas l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant n'est pas de nature à la faire regarder comme insuffisamment motivée dès lors que ces stipulations n'en constituent pas le fondement juridique. En outre, la circonstance que la nationalité française de sa fille ne soit pas précisée est également sans incidence eu égard à la demande de l'intéressée qui a été présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non au regard de la nationalité de l'enfant. Enfin, Mme F ne peut contester utilement l'absence de prise en compte par le préfet de son ancienneté alléguée sur le territoire au titre de l'insuffisance de motivation, cet argument remettant en cause le bien-fondé de l'appréciation portée par cette autorité sur la durée de son séjour, et plus largement, sur sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, Mme F soutient que le préfet a entaché sa décision d'erreur de fait et d'insuffisance d'examen de sa situation pour avoir porté une appréciation erronée sur la durée de sa présence, laquelle serait attestée depuis l'année 2015, et avoir omis de prendre en compte la nationalité française de sa fille ainée, pour laquelle elle bénéficie d'un droit de visite médiatisé. Toutefois, de tels éléments ne sauraient révéler ni des erreurs de fait ni une insuffisance de l'examen effectué, dès lors que l'exactitude matérielle des faits relatés dans la décision n'est pas remise en cause et que la requérante conteste le bien-fondé de l'appréciation portée par le préfet sur les preuves de présence produites, ainsi que sur sa situation administrative au regard de la nationalité de son enfant, arguments qui sont sans lien avec la complétude de l'examen auquel cette autorité a procédé. D'une manière générale, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée, en particulier au regard des éléments de motivation rappelés au point précédent, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de Mme F. Le moyen invoqué ne peut donc qu'être écarté.
5. En troisième lieu, Mme F ne peut utilement soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'erreur de droit pour s'être abstenu de faire usage de son pouvoir de régularisation, dès lors qu'il ressort des mentions de la décision en litige que le préfet a effectivement fait usage de ce pouvoir en instruisant la demande de l'intéressée, au titre de la vie privée et familiale, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'elle était initialement fondée sur les dispositions de l'article L. 423-23 du même code dont le préfet a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
7. Se prévalant de la durée de sa présence en France depuis 2014, de la circonstance qu'elle est la mère d'une enfant de nationalité française, B Imera née le 6 octobre 2015, pour laquelle elle dispose d'un droit de visite, qu'elle est enceinte de son troisième enfant à naître de sa relation de concubinage avec M. A, ressortissant algérien en situation irrégulière mais qui a engagé des démarches de régularisation de son séjour et est parfaitement inséré socialement au regard de son activité professionnelle de caissier sous contrat à durée indéterminée à temps plein pour la société AZM Plus, Mme F fait valoir qu'elle a fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux de manière stable, ancienne et durable. Toutefois, les documents produits pour justifier sa présence en 2015, 2016, 2017 et 2018, consistant en des documents d'imagerie médicale, des documents médicaux, un courrier administratif, des cartes d'admission à l'aide médicale d'Etat et des avis d'imposition faisant apparaître une absence de revenus, ne sont pas de nature à établir la présence pérenne de l'intéressée en France au cours de cette période. En outre, alors même que le compagnon de Mme F, père de son deuxième enfant et de l'enfant à naître, a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour devant la préfecture du Val-d'Oise le 19 août 2022, dont l'issue n'est pas assurée, ce dernier se trouve, à la date d'édiction de la décision en litige, en situation irrégulière au regard du droit au séjour. Par ailleurs, comme le relève à juste titre le préfet du Val-d'Oise, la fille ainée de la requérante, B D ne réside pas avec elle pour avoir été prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance dès sa naissance en raison de la grande immaturité de sa mère, ainsi que l'indique le jugement en assistance éducative du tribunal pour enfants de E du 8 septembre 2020 qui renouvelle le placement de l'enfant auprès de sa grand-tante, à laquelle elle a finalement été retirée par jugement rendu le 8 septembre 2022 par le juge des enfants du tribunal judiciaire de E. Alors même que ce jugement met en place des visites médiatisées entre la mère et l'enfant, il indique néanmoins que la relation entre la mère et la fille est encore en construction, que les interactions restent pauvres et que Mme F ne s'est pas suffisamment approprié sa place de mère auprès de B, et ce, d'autant plus qu'elle est mère d'un deuxième enfant, G A, né le 6 décembre 2019 de sa relation avec M. A. Il ressort, par ailleurs, de l'ensemble des décisions du juge des enfants produites autant par le préfet du Val-d'Oise que par la requérante elle-même, que les relations de cette dernière avec sa tante, présente en France et que B appelle " maman ", sont fortement dégradées, ce qui place l'enfant dans un conflit de loyauté qui a des répercussions négatives sur son comportement social à l'école, lui crée des angoisses et la met en difficulté dans ses apprentissages. Enfin, la requérante ne conteste pas la mention de la décision en litige selon laquelle elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident trois de ses frères et sœurs. Par suite, il ne ressort pas des conditions de résidence en France de la requérante qu'elle y aurait fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux de manière suffisamment stable et ancienne. Elle n'est de ce fait pas fondée à soutenir que la décision en litige aurait porté au droit dont elle dispose à mener une vie personnelle et familiale normale, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, et ainsi, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle contreviendrait aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile . Elle n'est pas davantage fondée, pour les mêmes motifs, à faire valoir qu'elle procèderait d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ou de ses conséquences sur sa situation.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
9. Alors que le préfet du Val-d'Oise a examiné d'office la possibilité d'accorder à la requérante une admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 du présent jugement, il ne ressort de la situation de Mme F aucun motif exceptionnel ni aucune considération humanitaire susceptible de lui permettre de bénéficier d'une telle admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Il en est de même de celui tiré de ce que la décision attaquée procèderait d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.
En ce qui concerne les décisions faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (). ".
11. D'une part, la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme F étant suffisamment motivée, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique. D'autre part, la décision fixant le pays de destination vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne la nationalité de Mme F ainsi que les éléments sa situation personnelle et relève qu'elle n'est pas isolée dans son pays d'origine. Elle est ainsi suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions en litige ne peut donc qu'être écarté.
12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4 du présent jugement, le moyen tiré de l'insuffisance de l'examen auquel le préfet du Val-d'Oise aurait procédé ne peut qu'être écarté.
13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; "
14. Mme F, qui ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille B D, ne peut se prévaloir de ces dispositions.
15. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir et sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale, dans toutes les décisions les concernant, à l'intérêt supérieur des enfants.
16. Mme F n'établit par aucune pièce contribuer effectivement à l'entretien et l'éducation de B D dont elle est encore séparée en exécution d'une décision de justice. Son deuxième enfant né de sa relation avec M. A, lequel est en situation irrégulière, était seulement âgé de 2 ans et demi à la date d'édiction de la décision en litige et a donc vocation, au regard de son jeune âge, à suivre sa mère dans son pays d'origine. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que Mme F entretiendrait des contacts réguliers avec sa fille ainée dans le cadre d'un droit de visite, c'est sans méconnaître les stipulations précitées que le préfet du Val-d'Oise a fait obligation à cette dernière de quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs, les décisions en litige ne procèdent d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme F doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles relatives aux frais de procédure.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F, à Me Lantheaume et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
Mme Charlery, première conseillère,
Mme Fabas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.
La rapporteure,
signé
C. Charlery
Le président,
signé
S. OuillonLa greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2310726
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