Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310750
mercredi 5 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2310750 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés le 9 août 2023, le 9 novembre 2023 et le 22 mai 2024, cette dernière pièce n'ayant pas été communiquée, M. C, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 18 juillet 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
- la procédure d'instruction de sa demande a méconnu l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- cette décision est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle contrevient aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'aux stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui refusant un titre de séjour elle-même illégale ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle contrevient à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui refusant un titre de séjour elle-même illégale ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Charlery, rapporteure ;
- et les observations de Me Gabory substituant Me Namigohar, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain né le 17 janvier 1979, est entré en France le 11 février 2022 muni d'un visa Schengen délivré par les autorités espagnoles valable du 5 février 2022 au 21 mars 2022. Le 16 février 2023, il a sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 18 juillet 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. M. C sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. Aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ".
3. M. C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'arrêté contesté n'emportant ni de contestation sur des droits ou des obligations de caractère civil ni d'accusation en matière pénale.
En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
4. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme F G, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de ce département à l'effet de signer tout arrêté de refus de délivrance de titre de séjour, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration, consentie par l'arrêté n°23-014 du 22 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département. Il n'est pas établi que le directeur des migrations et de l'intégration n'était ni absent ni d'empêché à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit ainsi être écarté.
5. En deuxième lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
6. En l'espèce, la décision en litige vise les textes dont elle fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'Accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui des relations entre le public et l'administration. Le préfet du Val-d'Oise souligne que M. C, entré en France sous couvert d'un visa Schengen délivré par les autorités espagnoles, a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auquel il ne peut prétendre eu égard à la faible durée de son séjour, au fait que son épouse, titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, peut mettre en œuvre une procédure de regroupement familial et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et sa sœur et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 43 ans, circonstances dont il découle, d'une part, qu'il ne peut davantage prétendre à une admission exceptionnelle au séjour et, d'autre part, que la décision ne porte pas atteinte à son droit de mener une vie familiale normale conformément à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La circonstance que le préfet n'ait pas mentionné la nationalité de son épouse ni le fait qu'elle est mère d'un enfant né d'une précédente union est sans incidence sur la suffisance de la motivation, dès lors que le préfet n'est pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments de la situation personnelle du requérant portés à sa connaissance. Dès lors, la décision litigieuse comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
7. En troisième lieu, M. C soutient que le préfet du Val-d'Oise n'a pas pris en considération la nationalité différente de son épouse et de son enfant, la situation familiale du couple, la grossesse de Mme C, son état de santé et ses faibles revenus. Cependant, M. C remet ainsi en cause le bien-fondé de l'appréciation portée par le préfet sur les éléments de sa situation personnelle dont il a informé le préfet et non la complétude de l'examen auquel cette autorité a procédé, qui a pris en compte sa situation matrimoniale et la régularité du séjour en France de son épouse qui constituent les éléments utiles à l'instruction de sa demande, portés à sa connaissance. D'une manière générale, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée, en particulier au regard des éléments de motivation rappelés au point précédent, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de M. C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.
8. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de refuser d'admettre au séjour un ressortissant étranger en situation irrégulière et de procéder à son éloignement d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels ces décisions seraient prises. La circonstance que l'étranger relèverait, à la date de cet examen, des catégories ouvrant droit au regroupement familial ne saurait, par elle-même, intervenir dans l'appréciation portée par l'administration sur la gravité de l'atteinte à la situation de l'intéressé. Cette dernière peut en revanche tenir compte le cas échéant, au titre des buts poursuivis par ces mesures, de ce que le ressortissant étranger en cause ne pouvait légalement entrer en France pour y séjourner qu'au seul bénéfice du regroupement familial et qu'il n'a pas respecté cette procédure.
10. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
11. M. C fait valoir qu'il a installé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux de manière ancienne, stable et durable, dès lors qu'il est entré régulièrement sur le territoire français le 11 février 2022, qu'il est marié depuis le 9 novembre 2022 avec Mme A E, ressortissante de nationalité algérienne titulaire d'un certificat de résidence valable jusqu'au 5 juillet 2028 avec laquelle il justifie d'une communauté de vie antérieure au mariage, qu'il participe à l'entretien et à l'éducation du fils de cette dernière, Rayan Bouziane, né le 20 décembre 2015 d'une précédente union et que son épouse est enceinte de leur premier enfant. Il précise à ce titre que cette grossesse étant à risque, son épouse ayant déjà fait une fausse couche et ne pouvant plus se déplacer, sa présence à ses côtés lui est indispensable pour les actes de la vie quotidienne et qu'elle ne pourrait mettre en œuvre une procédure de regroupement familial faute de disposer de ressources suffisantes résultant de son emploi d'agent d'entretien. Toutefois, la durée du séjour de M. C, qui n'est pas contestée, est très courte et son mariage est récent. En outre, s'il justifie de ce que Mme C s'est vue délivrer des arrêts de travail à compter du 7 juillet jusqu'au 23 juillet 2023, puis du 18 septembre 2023 jusqu'au 5 novembre suivant, il ne démontre pas son incapacité à effectuer les actes de la vie courante, et, par conséquent, la nécessité de l'assistance qu'il allègue devoir lui apporter, eu égard aux autorisations de sortie permises par les arrêts de travail produits et en l'absence de toute mention en ce sens ressortant du certificat médical du docteur B, gynécologue-obstétricien, établi le 22 août 2023, postérieurement à l'édiction de l'arrêté en litige, lequel relève seulement une grossesse actuellement évolutive dont le terme est prévu le 10 mars 2024. Par ailleurs, si M. C soutient qu'il ne pourrait bénéficier de la procédure de regroupement familial en raison des ressources insuffisantes de son épouse, il n'en justifie par aucune pièce autre qu'une attestation de quotient familial de la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise reconnu à son épouse, établi à la somme de 563 euros. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige aurait porté au droit dont il dispose à mener une vie personnelle et familiale normale, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, et ainsi, qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle contreviendrait aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile .
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
13. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée.
14. Pour justifier de ce que sa situation personnelle caractérise des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels susceptibles de lui permettre de bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour, M. C se prévaut des éléments de sa situation familiale énoncés au point 11 du présent jugement et fait valoir qu'il est titulaire d'une promesse d'embauche en date du 6 mars 2023 pour exercer l'emploi d'agent de service au sein de la société Samsic France, prévoyant une affectation à la clinique Claude Bernard à Ermont. Toutefois, de tels éléments ne peuvent être regardés comme répondant aux conditions prescrites pour la délivrance d'une admission au séjour à titre exceptionnel pour les motifs énoncés au point 11 du présent jugement et dès lors que la seule production d'une promesse d'embauche ne saurait caractériser un motif exceptionnel d'admission au séjour. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant qu'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel ne justifiait son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale ni que ce préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre au séjour à titre exceptionnel au titre du travail sur le fondement de son pouvoir de régularisation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
15. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 11 et 14 du présent jugement, M. C n'est pas davantage fondé à faire valoir que la décision qu'il conteste procèderait d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ou de ses conséquences sur sa situation.
En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
16. En premier lieu, la décision refusant à M. C un titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, dirigé contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
17. En deuxième lieu, Mme G, signataire de la décision en litige, bénéficiait pour ce faire d'une délégation du préfet du Val-d'Oise à l'effet de signer " toute obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire " consentie par le même arrêté que celui énoncé au point 2 du présent jugement. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige, qui manque en fait, doit être écarté.
18. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
19. En l'espèce, M. C a déposé une demande de titre de séjour et a pu, à cette occasion, présenter tous les éléments utiles relatifs à sa situation personnelle. En outre, il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier que le requérant disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit pris l'arrêté attaqué et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été susceptibles d'y faire obstacle. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
20. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (). ".
21. La décision refusant à M. C un titre de séjour étant suffisamment motivée, comme il a été dit au point 4 du présent jugement, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en litige ne peut qu'être écarté.
22. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11 du présent jugement, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, il ne saurait faire valoir que cette décision procèderait d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
23. En premier lieu, la décision faisant à M. C obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, dirigé contre la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.
24. En deuxième lieu, Mme G, signataire de la décision en litige, bénéficiait pour ce faire d'une délégation du préfet du Val-d'Oise à l'effet de signer " toute décision fixant le pays d'éloignement " consentie par le même arrêté que celui énoncé au point 2 du présent jugement. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige, qui manque en fait, doit être écarté.
25. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants ".
26. En se bornant à soutenir qu'en fixant le pays de renvoi, le préfet du Val-d'Oise l'expose à des traitements inhumains et dégradants, sans assortir cette allégation d'aucune précision ni d'aucune pièce, le requérant ne met pas le juge à même d'apprécier la réalité et le bien-fondé du moyen qu'il invoque, lequel ne peut qu'être écarté pour ce motif.
27. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C doivent être annulées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles relatives aux frais de procédure.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
Mme Charlery, première conseillère,
Mme Fabas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.
La rapporteure,
signé
C. Charlery
Le président,
signé
S. OuillonLa greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2310750
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