Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310804
jeudi 29 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2310804 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 10 août 2023
et 12 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Dumont-Soleil, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " salarié ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnait l'article 7 b) de l'accord-franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnait la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, la préfecture n'ayant pas sollicité de pièces complémentaires auprès de son employeur ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et communique l'ensemble des pièces utiles au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bocquet, conseillère,
- et les observations de Me Dumont Soleil, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 17 octobre 1991, est entré régulièrement en France le 20 janvier 2016 sous couvert d'un visa Schengen. Le 10 mai 2022, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 19 juillet 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par cette requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. Aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi [ministre chargé des travailleurs immigrés], un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ".
3. M. B soutient que le préfet du Val-d'Oise a méconnu l'article 7 b) de l'accord franco-algérien en appliquant automatiquement les dispositions précitées de l'accord franco-algérien alors qu'il n'en remplissait pas les conditions. Toutefois, la circonstance que le préfet du Val-d'Oise aurait examiné sa situation sur le fondement de l'article précité de l'accord franco-algérien est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que le préfet a également examiné la situation de l'intéressé sur le fondement de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation. En tout état de cause, il est constant que M. B, qui n'est pas entré sur le territoire français sous couvert d'un visa long séjour, ne remplissait pas ainsi les conditions prévues par les stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
4. Le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012 qui ne contient pas de lignes directrices invocables devant le juge de l'excès de pouvoir.
5. Si l'intéressé soutient que le préfet a commis une erreur de fait car il n'aurait pas sollicité de pièces complémentaires auprès de son employeur, ces allégations sont contredites par les échanges de courriel du 24 mars 2023 produits en défense. En conséquence, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté comme infondé.
6. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
7. M. B soutient être entré en France le 20 janvier 2016 et y être inséré professionnellement dès lors qu'il travaille depuis septembre 2020. Toutefois, d'une part, la seule ancienneté de résidence en France de l'intéressé, de six ans et demi environ à la date de la décision attaquée, ne constitue pas à elle-seule une circonstance exceptionnelle. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'expérience professionnelle en qualité de technicien télécom de M. B, de septembre 2020 à octobre 2022 puis de décembre 2022 à la date de la décision contestée, représente une durée de deux ans et sept mois qui ne peut être regardée comme suffisant à caractériser un motif exceptionnel au séjour ou une considération humanitaire. Par ailleurs, si le requérant se prévaut des liens affectifs pérennes avec les membres de sa famille résidant sur le territoire soit, un de ses frères, une de ses sœurs, ses grands-parents, sa tante et quatre cousins, tous titulaires de la nationalité française, il est constant que M. B est célibataire et sans enfant, ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiale dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans et où résident sa mère et sa fratrie. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre au séjour au titre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle et professionnelle de M. B. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 7, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est ni entachée d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni d'une erreur manifeste d'appréciation. Les moyens doivent donc être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par suite, doivent également être rejetées les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 8 février 2024 à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Robert, premier conseiller,
Mme Bocquet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.
La rapporteure
signé
P. Bocquet Le président
signé
P.-H. d'Argenson
Le greffier,
signé
V. Guillaume
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No231080400
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