lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2310971 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | MOUTOUSSAMY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 juillet 2023, 5 mai 2024, 29 mai 2024 et 8 septembre 2024, Mme A D née C, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal, aux termes de son mémoire récapitulatif enregistré le 29 mai 2024 :
1°) d'annuler la décision du 24 avril 2024 par laquelle le président du conseil départemental du Val-d'Oise a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire du 11 août 2022, l'indu de revenu de solidarité active (RSA) mis à sa charge pour la somme de 8 505,46 euros ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) du Val-d'Oise a confirmé, sur recours préalable obligatoire formé le 11 août 2022, l'indu de 6 736 euros correspondant au versement de l'allocation de logement familiale (ALF) ;
3°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours amiable (CRA) de la CAF du Val-d'Oise a confirmé, sur recours préalable obligatoire du 11 août 2022, l'indu de 86,19 euros de prime d'activité ;
4°) d'annuler la décision du 11 octobre 2022 par laquelle la CRA de la CAF du Val-d'Oise a confirmé l'indu de 86,19 euros de prime d'activité ;
5°) de la décharger du paiement de l'ensemble de ces indus ;
6°) d'enjoindre à la CAF du Val-d'Oise de lui restituer l'ensemble des sommes déjà recouvrées au titre de ces indus ;
7°) à titre subsidiaire, d'annuler les décisions implicites par lesquelles le directeur de la CAF du Val-d'Oise et le président du conseil départemental du Val-d'Oise ont refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette ;
8°) à titre subsidiaire, de lui accorder cette remise gracieuse ;
9°) de mettre à la charge de la CAF du Val-d'Oise et du département du Val-d'Oise, chacun en ce qui le concerne, la somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
s'agissant de la décision implicite relative à l'indu d'ALF :
- la décision implicite de rejet de son recours, née le 16 octobre 2022, est entachée d'un défaut de motivation alors, notamment, qu'une demande de communication des motifs a été reçue le 7 août 2023 par la CAF, soit dans le délai du recours contentieux ;
- elle est entachée d'un vice de procédure faute pour la commission de recours amiable de la CAF d'avoir été saisie préalablement à son édiction et de s'être régulièrement réunie pour se prononcer sur son recours ;
- elle est également entachée d'un vice de procédure en l'absence de preuve de l'agrément et de l'assermentation de l'agent chargé du contrôle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale faute pour les défendeurs d'établir qu'elle a eu droit à l'information prévue par ces dispositions quant à la teneur et à l'origine des renseignements à l'origine de l'indu ;
- la créance est infondée dès lors que la demande d'information adressée au consulat d'Alger, qui n'a pas été faite par l'agent ayant signé le rapport d'enquête, n'a pas été signée, ni ne mentionne aucun destinataire, de sorte que le caractère probant de la réponse de ce consulat est douteux ; que le témoignage de Mme B dont la CAF se réclame n'a pas de valeur probante ; qu'elle s'est rendue en Algérie pour faire rapatrier son enfant où elle s'est retrouvée bloquée en raison de la crise sanitaire comme elle en a attesté devant l'agent de contrôle en produisant des documents qui ne sont pas mentionnés dans le rapport ; que la circonstance que la CAF ait accepté l'effacement de la dette de l'allocation de logement familiale (ALF) dans le cadre de la procédure de surendettement est un indice de ce qu'elle est de bonne foi ; que le formulaire de déclaration trimestrielle de ressources ne permet pas de déclarer un séjour à l'étranger ;
s'agissant de la décision implicite relative à l'indu de prime d'activité :
- la décision implicite de rejet de son recours est entachée d'un défaut de motivation alors, notamment, qu'une demande de communication des motifs a été reçue le 7 août 2023 par la CAF, à laquelle il n'a pas été fait droit ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de preuve de l'agrément et de l'assermentation de l'agent chargé du contrôle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale faute pour les défendeurs d'établir qu'elle a eu droit à l'information prévue par ces dispositions ;
- la créance est infondée pour les mêmes motifs déjà exposés précédemment ;
s'agissant de la décision explicite du 11 octobre 2022 relative à l'indu de prime d'activité :
- la décision est entachée d'un vice de forme et d'un vice de compétence, en l'absence de signature permettant de s'assurer de la compétence de la personne l'ayant prise ;
- elle est entachée d'un vice de procédure faute pour la CAF de démontrer que la CRA s'est prononcée sur sa contestation dans les conditions prévues à l'article R. 142-2 du code de la sécurité sociale s'agissant des règles de composition et de quorum ;
- elle est également entachée d'un vice de procédure en l'absence de preuve de l'agrément et de l'assermentation de l'agent chargé du contrôle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale faute pour les défendeurs d'établir qu'elle a eu droit à l'information prévue par ces dispositions ;
- la créance est infondée pour les mêmes motifs déjà exposés précédemment ;
s'agissant de la décision du 24 avril 2024 relatif à l'indu de RSA :
- la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de preuve de l'agrément et de l'assermentation de l'agent chargé du contrôle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale faute pour les défendeurs d'établir qu'elle a eu droit à l'information prévue par ces dispositions ;
- la créance est infondée pour les mêmes motifs déjà exposés précédemment ;
s'agissant des refus de remise dette :
- elle justifie de sa bonne foi et d'une situation de précarité financière.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 et 29 avril 2024, la CAF du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- elle n'est pas compétente pour défendre s'agissant de l'indu de RSA ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par des mémoires en défense enregistrés le 29 et 30 avril 2024, le département du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Le département de l'Essonne a produit des pièces qui ont été enregistrées le 30 avril 2024.
Le département du Val-de-Marne a produit des pièces, qui ont été enregistrées le 3 juin 2024.
La CAF du Val-de-Marne a produit des pièces qui ont été enregistrées le 3 juillet 2024.
Par un courrier du 12 juillet 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme D visant à l'annulation de la décision implicite par laquelle la commission de recours amiable de la CAF du Val-d'Oise a confirmé, sur recours préalable obligatoire du 11 août 2022, l'indu de 86,19 euros de prime d'activité mis à sa charge, dès lors que la CRA de la CAF du Val-d'Oise doit être regardée comme ayant statué explicitement sur le recours préalable de Mme D par la décision du 11 octobre 2022, dont Mme D n'a eu connaissance qu'en cours d'instance.
Par un mémoire, enregistré le 8 septembre 2024, Mme D soutient que la décision du 11 octobre 2022, dont elle a demandé l'annulation au pôle social du tribunal judiciaire de Pontoise, n'a pas statué sur son recours préalable relatif à l'indu de prime d'activité, mais a statué sur la qualification de fraude et la sanction encourue en conséquence.
Vu :
- la décision du 20 février 2023 du président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise par laquelle Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la rapporteure publique a été, sur sa proposition, dispensée de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la convention de gestion signée le 7 janvier 2021 entre le département du Val-d'Oise et la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D a constaté sur son compte allocataire en ligne que différents indus avaient été mis à sa charge, dont un indu d'allocation de logement familiale (ALF) pour la somme de 6 736 euros et un indu de prime d'activité pour la somme de 86,19 euros. Par ailleurs, le 16 novembre 2021, la CAF du Val-d'Oise l'a informée que la CAF du Val-de-Marne lui avait transféré, notamment, une dette relative à un indu de revenu de solidarité active (RSA) pour la somme de 8 505,46 euros. Le 11 août 2022, Mme D a formé un recours préalable pour contester, notamment, le bien-fondé de ces trois dettes auprès du département du Val-d'Oise et de la CAF du Val-d'Oise. Elle y demandait également une remise gracieuse de ses dettes. Par la présente requête et aux termes de son mémoire récapitulatif, Mme D demande l'annulation des rejets implicite de toutes ses demandes. En outre, en cours d'instance, le département du Val-d'Oise a pris, s'agissant du RSA, une décision explicite de rejet le 24 avril 2024. De même, une décision de la commission de recours amiable (CRA) de la CAF du Val-d'Oise a été prise concernant Mme D le 11 octobre 2022. Mme D demande également l'annulation de la décision du 11 octobre 2022 et de la décision du 24 avril 2024.
Sur les conclusions d'annulation :
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'une allocation, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne le cadre du litige :
3. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque que le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.
4. D'une part, la CAF du Val-d'Oise fait valoir que le recours préalable obligatoire de Mme D relatif à l'indu de prime d'activité a fait l'objet d'une décision explicite de rejet de la part de la CRA le 11 octobre 2022. Si Mme D soutient que, par cette décision du 11 octobre 2022, la CRA n'a pas statué sur sa contestation de l'indu, mais sur la qualification de fraude, il ressort des pièces du dossier que la CAF a envoyé à Mme D un courrier le 7 février 2022 l'informant de son intention de qualifier de fraude son comportement et de la sanctionner en conséquence, puis a pris le 22 septembre 2022 une décision lui appliquant une pénalité de 505 euros en application des dispositions de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. Par suite, la CAF avait déjà retenu la qualification de fraude avant que n'intervienne l'examen du recours préalable présenté par Mme D quant à l'indu de prime d'activité. Dès lors, la décision du 11 octobre 2022, intervenue postérieurement et faisant référence, pour ce motif, à l'indu de prime d'activité comme à un indu " frauduleux ", doit bien être regardée comme ayant statué explicitement sur le recours préalable présenté par Mme D contestant l'indu de prime d'activité.
5. D'autre part, la décision du 11 octobre 2022 a implicitement, mais nécessairement retiré la décision implicite de rejet dont Mme D demandait l'annulation.
6. Enfin, Mme D doit être regardée comme n'ayant pas eu connaissance de l'existence de cette décision explicite avant l'introduction de la requête.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision implicite par laquelle la commission de recours amiable de la CAF du Val-d'Oise a confirmé, sur recours préalable obligatoire du 11 août 2022, l'indu de 86,19 euros de prime d'activité. Toutefois, il n'y a pas lieu de rediriger les conclusions d'annulation de Mme D, cette dernière ayant formé en cours d'instance des conclusions d'annulation contre la décision du 11 octobre 2022.
En ce qui concerne la légalité des indus d'ALF, de RSA et de prime d'activité :
8. L'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale prévoit que le droit de communication permet à certains agents des organismes de sécurité sociale d'obtenir, auprès de personnes publiques et privées que l'article L. 114-20 du même code désigne par renvoi au livre des procédures fiscales, sans que le secret professionnel ne s'y oppose, les documents et informations nécessaires à l'exercice des missions de contrôle ou de recouvrement de prestations indûment versées qu'il définit. L'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale dispose que l'organisme ayant usé de ce droit est tenu d'informer la personne à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement " de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision " et qu'il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie de ces documents à la personne qui en fait la demande.
9. Il résulte de ces dispositions que les caisses d'allocations familiales, chargées du service du revenu de solidarité active, de la prime d'activité ou des allocations de logement réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales s'attachant, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit à une prestation ou de récupérer un indu , tant de la teneur que de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la décision prise par le président du conseil départemental sur le recours administratif préalable obligatoire (RAPO) formé par l'allocataire se substituant entièrement à la décision prise par l'organisme chargé du service de la prestation, l'allocataire ne peut utilement invoquer la méconnaissance de cette obligation, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision du président du conseil départemental, s'il a été remédié, par la mise en œuvre de cette garantie en temps utile avant l'intervention de cette dernière décision, à l'irrégularité ainsi commise. De même la méconnaissance de ces dispositions par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
10. Il ressort des pièces du dossier que les indus en litige ont été décelés par la CAF du Val-de-Marne grâce à des renseignements transmis par le consulat français à Alger relatifs aux dates de séjour de Mme D en Algérie. Compte tenu de la nature de ces informations, Mme D n'avait nécessairement pas connaissance de leur existence. En outre, il ressort des mentions figurant sur le rapport d'enquête établi le 1er mars 2021 que Mme D n'a été informée, ni par écrit, ni par oral, ni avant la rédaction du rapport d'enquête, ni après ce dernier de ce que la CAF du Val-de-Marne avait fait valoir son droit de communication auprès du consulat français d'Alger et les informations qu'elle avaient pu recueillir par ce biais. Il ressort en outre des pièces du dossier, et en particulier des termes de la plainte déposée par le département du Val-de-Marne devant le procureur de la République le 1er août 2023, que le rapport d'enquête n'a pas été suivi d'une procédure contradictoire par laquelle Mme D aurait été informée de la teneur et de l'origine des renseignements recueillis au cours de l'enquête. De même, il ne résulte d'aucun des courriers que les départements du Val-de-Marne ou du Val-d'Oise, ainsi que Mme D ait été informée de l'existence de ces renseignements transmis par le consulat français d'Alger et des conditions dans lesquels ils avaient été recueillis, sur lesquels tant la CAF du Val-d'Oise que le département du Val-d'Oise se sont pourtant fondés pour établir les indus et donc prendre les décisions attaquées. Enfin, si la teneur de ces informations figure sur la décision du 24 avril 2024 par laquelle le département du Val-d'Oise a rejeté explicitement le recours préalable de Mme D contre l'indu de RSA, cette circonstance n'est pas de nature à établir qu'il a été remédié à l'irrégularité ainsi commise en temps utile, c'est-à-dire avant l'intervention des décisions implicites et explicites de rejet des recours par lesquels Mme D avait contesté les différents indus en litige. Mme D est donc fondée à soutenir que les dispositions de L. 114-21 du code de la sécurité sociale ont été méconnues, cette méconnaissance l'ayant privée d'une garantie en l'empêchant de discuter utilement des renseignements à l'origine de l'indu.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête et de statuer sur les conclusions présentées à titre subsidiaire à fin de remise gracieuse de ces dettes, que la décision du 24 avril 2024 par laquelle le département du Val-d'Oise a confirmé l'indu de RSA de 8 505 euros, la décision du 11 octobre 2022 par laquelle le la CAF du Val-d'Oise a maintenu à la charge de Mme D un indu de prime d'activité de 86,19 euros et la décision implicite par laquelle la CAF du Val-d'Oise a maintenu à la charge de Mme D un indu d'ALF de 6 736 euros doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin de décharge
12. Lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un indu d'une allocation, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé de la sanction qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle de la décision, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler, statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.
13. Au regard du motif d'annulation retenu pour annuler les décisions attaquées, qui ne tient pas au bien-fondé de ces indus, il n'y a pas lieu de décharger Mme D du paiement de la somme que les décisions contestées mettaient en à sa charge. Ses conclusions à fin de décharge ne peuvent par suite qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. En cas d'annulation par le juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre celle-ci, d'une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu a été recouvré avant que le caractère suspensif du recours n'y fasse obstacle, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée ou s'il décide de prescrire cette mesure d'office, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de légalité externe.
15. Il résulte de l'instruction qu'avant l'introduction de la présente instance, seule la CAF du Val-d'Oise a commencé à procéder au recouvrement partiel des sommes dues au titre de la prime d'activité et de l'allocation de logement familiale. Par conséquent, il y a lieu d'enjoindre à la CAF du Val-d'Oise de restituer à la requérante les sommes déjà recouvrées au titre de ces indus sauf à régulariser les décisions de récupération de leur vice de procédure dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
16. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Moutoussamy, conseil de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de la CAF du Val-d'Oise et du département du Val-d'Oise le versement à Me Moutoussamy de la somme de 600 euros chacun.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision implicite par laquelle la commission de recours amiable de la CAF du Val-d'Oise a confirmé, sur recours préalable obligatoire du 11 août 2022, l'indu de 86,19 euros de prime d'activité.
Article 2 : La décision du 24 avril 2024 par laquelle le département du Val-d'Oise a maintenu l'indu de RSA de 8 505 euros mis à la charge de Mme D, la décision du 11 octobre 2022 par laquelle la CAF du Val-d'Oise a maintenu à la charge de Mme D un indu de prime d'activité de 86,19 euros et la décision implicite par laquelle la CAF du Val-d'Oise a maintenu à la charge de Mme D un indu d'allocation de logement familiale de 6 736 euros sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint à la CAF du Val-d'Oise de rembourser Mme D du paiement des sommes dont cette dernière s'est déjà acquittée en remboursement des dettes mentionnées à l'article 2, sauf à régulariser les décisions tendant à la récupération des indus de prime d'activité et d'ALF dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : La CAF du Val-d'Oise versera la somme de 600 (six cents) euros à Me Moutoussamy, conseil de Mme D, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le département du Val-d'Oise versera la somme de 600 (six cents) euros à Me Moutoussamy, conseil de Mme D, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D née C, à Me Moutoussamy, au département du Val-d'Oise, à la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.
Copie sera délivrée, à la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne, au département du Val-de-Marne et au département de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. MonteagleLa greffière,
Signé
C. Mas
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine et au préfet du Val-d'Oise en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2310971
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026