Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311019
mardi 12 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2311019 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 août 2023, Mme A F, représentée par Me Lendrevie, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, le temps de fabrication de la carte, un récépissé l'autorisant à travailler, et ce, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de la munir, le temps de cet examen, d'un récépissé l'autorisant à travailler, et ce, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait et en droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du préfet du Val-d'Oise dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreurs de fait quant à sa durée de résidence en France, son activité professionnelle et sa situation personnelle et familiale en France ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, notamment quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est illégale par voie d'exception dès lors que le refus de titre est lui-même illégal ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 6 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au
6 février 2024.
Mme F a produit des pièces enregistrées le 21 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Richard, première conseillère,
- et les observations de Me Lendrevie, avocate de Mme F.
Une note en délibéré a été produite pour Mme F le 8 mars 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, ressortissante algérienne, née le 18 mars 1987, déclare être entrée en France le 21 juin 2014. Elle a sollicité le 3 mars 2021, la délivrance d'un certificat de résident algérien sur le fondement du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par arrêté du 19 juillet 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer ce titre et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, Mme F demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D H, adjointe à la cheffe de bureau du contentieux et de l'éloignement de la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation de signature consentie à cet effet par un arrêté du préfet du Val-d'Oise n°23-042 du 11 juillet 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ladite préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision portant refus de séjour doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle de Mme F, vise les textes dont il fait application et mentionne les faits qui constituent le fondement des décisions en litige. Il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 7b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il décrit la situation de Mme F, en particulier le fondement de sa demande, les éléments relatifs à son insertion sociale et professionnelle et sa situation personnelle et familiale. Dans ces conditions, la décision portant refus de titre de séjour, qui comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée et ne méconnaît pas les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il suit de là que l'obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte, est elle-même motivée.
4. En troisième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué, telle que rappelée au point précédent, que le préfet du Val-d'Oise s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante, notamment au regard de son pouvoir de régularisation. Par ailleurs, si la requérante fait valoir avoir porté à la connaissance du préfet du Val d'Oise des éléments complémentaires sur ses conditions de séjour en 2023 qui n'auraient pas été pris en compte dans l'arrêté attaqué, elle ne l'établit pas en se bornant à produire le seul accusé de réception, non assorti du courrier correspondant. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.
5. En quatrième lieu, la requérante fait valoir que l'arrêté serait entaché d'erreurs de fait en ne prenant pas en compte son activité professionnelle en 2023 et en indiquant qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine dès lors que ses parents sont décédés et que sa sœur, ressortissante française, réside en France. Toutefois, ainsi que cela a été dit au point précédent, Mme F, en se bornant à produire le volet postal " recommandé " non assorti du courrier correspondant, ne justifie pas avoir porté à la connaissance du préfet du Val-d'Oise les éléments relatifs à son activité professionnelle postérieurs à sa demande de titre de séjour déposée le 3 mars 2021. Par ailleurs, si la requérante justifie de la présence de sa sœur, ressortissante française, en France, et du décès de sa mère, Mme C G, le 28 juin 2013, il n'en va pas de même de son père, M. B F, dès lors que la requérante produit l'acte de décès de M. E F, décédé le 4 février 1963. En tout état de cause, Mme F ne justifie pas être dépourvue de toute attache familiale en Algérie où elle a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait entachée d'erreurs de fait ne peut qu'être écarté.
6. En cinquième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la requérante n'établit la continuité de sa présence en France que depuis le mois d'août 2015. Par ailleurs, la seule circonstance qu'elle ait travaillé en France en 2018, 2019 et à compter du mois de janvier 2023, à temps partiel, ce qui ne témoigne pas d'une insertion professionnelle stable, n'est pas de nature à caractériser un motif exceptionnel de régularisation au titre du travail. Il s'ensuit que le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans le cadre de l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation en refusant de régulariser sa situation au titre du travail.
7. D'autre part, la seule circonstance que sa sœur, ressortissante française, réside en France, et que Mme F soit domiciliée chez elle, ne saurait permettre de la regarder comme ayant établi le centre de sa vie privée et familiale sur le territoire national, alors qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans en Algérie. Par ailleurs, la requérante n'établit pas, par la seule production d'une carte de membre de l'association " La Voix de la laïcité " valable du 25 octobre 2019 au 25 octobre 2020, une intégration particulière sur le territoire français. Enfin, il ressort des pièces du dossier que Mme F s'est maintenue sur le territoire français malgré une mesure d'éloignement prise à son encontre le 4 octobre 2018. Dans ces conditions, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser la situation de la requérante au titre de la vie privée et familiale.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 7, le préfet du Val-d'Oise, en rejetant la demande de titre de séjour de Mme F et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet du Val-d'Oise n'a pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation les décisions attaquées au regard de leurs conséquences sur la situation personnelle de Mme F.
10. En septième lieu, il résulte de ce qui a été précisé aux points 2 à 9 que la décision de refus de titre de séjour n'est pas illégale. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la mesure d'éloignement en litige devrait être annulée par voie de conséquence de cette illégalité.
11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 7, le préfet du Val-d'Oise, en l'obligeant à quitter le territoire français, n'a pas porté une atteinte excessive au droit de Mme F au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme F ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
Mme Richard, première conseillère ;
Mme Froc, conseillère ;
Assistés de Mme Tainsa, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.
La rapporteure,
signé
A. RICHARD
Le président,
signé
C. HUON
La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2311019
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