Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311021
mercredi 4 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2311021 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 août 2023, Mme A, représentée par Me Ben Rehouma, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français prise par le préfet du Val-d'Oise en date du 17 juillet 2023 ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) à défaut, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, assorti d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'une incompétence de son auteur ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, dès lors qu'elle risque des persécutions en cas de retour dans son pays d'origine ;
- est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- est illégale dès lors qu'elle contrevient à son droit à un recours effectif devant la Cour nationale du droit d'asile.
Par un mémoire en défense du 20 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces utiles au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le Président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, magistrat désigné, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 septembre 2023 :
- le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné ;
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante ivoirienne née le 20 septembre 2003, est entrée sur le territoire français le 25 mars 2022 et a sollicité l'asile le 27 avril 2022. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 12 juillet 2022, notifiée le 9 août 2022 et confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 21 avril 2023, notifiée le 11 mai 2023. Sa première demande de réexamen a été rejetée par une décision de l'OFPRA le 12 mai 2023, notifiée le 17 mai 2023. Un recours a été enregistré auprès de la CNDA le 13 juillet 2023. Par un arrêté du 17 juillet 2023, le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français avec un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée. Mme A en demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté a été signé par Mme E B, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin consentie par un arrêté du préfet du Val-d'Oise n° 23 - 042 du 11 juillet 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen attentif et personnalisé de la situation de Mme A.
5. En quatrième lieu, Si Mme A fait valoir que la décision est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle n'apporte aucune précision permettant d'apprécier le bien-fondé de ce moyen. Dès lors, le moyen doit être écarté.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
7. Mme A fait valoir que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissant les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des liberté fondamentales, dès lors qu'elle risque des persécutions en cas de retour dans son pays d'origine où elle s'est, selon ses déclarations, soustraite à un mariage imposé. Ses allégations ne sont toutefois assorties d'aucun élément de preuve permettant d'établir la réalité, la nature précise et l'actualité des risques auxquels elle serait personnellement soumise dans ce pays. Dès lors, ce moyen, qui n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.
8. En dernier lieu, si Mme A soutient que la décision est illégale dès lors qu'elle a le droit à un recours effectif auprès de la Cour nationale du droit d'asile, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche TelemOfpra, que la requérante a sollicité l'asile le 27 avril 2022, sa demande ayant été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) par une décision du 12 juillet 2022, notifiée le 9 août 2022 et confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 21 avril 2023, notifiée le 11 mai 2023. Sa première demande de réexamen a été rejetée par une décision de l'OFPRA le 12 mai 2023, notifiée le 17 mai 2023. Si un recours contre la décision de rejet de sa demande de réexamen est actuellement pendant devant la CNDA, ce dernier n'est pas suspensif. Dès lors, le moyen doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 17 juillet 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, et celles tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans qu'il y ait lieu d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
F. Beaufaÿs Le greffier,
signé
M. D
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°23110210
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