Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311069

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2311069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 août 2023, Mme A B, représentée par Me Aucher, demande au tribunal :

1°) à titre principal d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement, à titre subsidiaire d'annuler les décisions du 19 juillet 2023 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article

L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays d'éloignement :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. d'Argenson, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante camerounaise née le 10 octobre 1979, est entrée irrégulièrement en France le 3 juillet 2012 selon ses déclarations et établit s'y être maintenue depuis lors. Elle a sollicité le 9 janvier 2023 son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salariée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 juillet 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.

2. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, dès lors, suffisamment motivées. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

3. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas, avant de prendre l'arrêté en litige, procédé à un examen particulier et complet de la situation de Mme B. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ".

5. La requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées dès lors qu'elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour et que le préfet n'a pas examiné sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 et qu'il n'était pas tenu d'y procéder d'office. En tout état de cause, l'intéressée ne produit ni visa long séjour, ni contrat visé. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Mme B soutient être entrée en France en 2012, y résider depuis lors entourée de son fils et y être insérée. Toutefois, la seule circonstance qu'elle séjournerait sur le territoire français depuis plus de dix années est insuffisante en soi pour établir qu'elle y a fixé le centre de ses intérêts privés. Si Mme B se prévaut d'une activité professionnelle depuis plusieurs années et soutient notamment qu'elle travaille depuis le mois d'avril 2020 en qualité de garde d'enfants, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'exerce cette activité qu'à temps partiel. En outre, l'intéressée, qui ne produit aucun bulletin de paie pour les mois d'octobre à décembre 2022, ne justifie d'aucun diplôme ou formation dans ce secteur d'activité. Ses expériences professionnelles, en qualité d'agent de sécurité notamment, sont par ailleurs anciennes. En outre, si Mme B se prévaut de la présence en France de son fils majeur, qui réside régulièrement sur le territoire français sous-couvert d'un titre de séjour étudiant, avec lequel elle vit, ainsi que d'un frère, elle est célibataire, sans charge de famille, et n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside la majeure partie de sa fratrie et où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans. De plus, Mme B a déjà fait l'objet le 11 février 2021 d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle elle s'est soustraite et a été condamnée par un jugement du

16 juin 2021 du tribunal correctionnel de Nanterre à 1 500 euros d'amende pour obtention frauduleuse de document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation. Enfin, la commission du titre de séjour a émis un avis défavorable le 7 juillet 2023 sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions contestées sur sa situation personnelle et familiale ne peuvent qu'être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Robert, premier conseiller,

Mme Bocquet conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

Le président-rapporteur,

signé

P.-H. d'ArgensonL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

D. Robert

Le greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2311069