Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311073
vendredi 23 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2311073 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 août 2023, M. G C, représenté par Me Walther, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans l'un ou l'autre des cas, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour était irrégulièrement composée, en méconnaissance de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis de la commission du titre de séjour ne lui a pas été transmis ;
- méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
La décision fixant le pays de destination :
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnait les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Garona, première conseillère.
Considérant ce qui suit :
1. M. G C, ressortissant bangladais, né le 22 septembre 1984, est entré irrégulièrement en France le 10 mars 2011, selon ses déclarations. Le 13 mai 2011, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile, qui a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 21 décembre 2011 puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 28 septembre 2012. Par un arrêté du 22 janvier 2013, le préfet de police de Paris a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français, dont le recours a été rejeté par jugement du tribunal administratif de Paris du 21 novembre 2013. N'ayant pas exécuté cette mesure d'éloignement, le requérant a présenté une demande de réexamen qui a été rejetée par l'OFPRA le 7 octobre 2014, puis par la CNDA le 4 février 2015. Par un arrêté du 22 janvier 2015, le préfet de police de Paris a pris à son encontre une seconde obligation de quitter le territoire français. N'ayant pas davantage déféré à cette mesure d'éloignement, il a sollicité le 2 juillet 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 17 juillet 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne ses conditions d'entrée et de séjour en France ainsi que sa situation personnelle et familiale et indique que l'intéressé ne présente qu'une promesse d'embauche. Elle comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde et est ainsi suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise se serait abstenu de procéder à l'examen de la situation personnelle de M. C. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La commission du titre de séjour est composée :
1° D'un maire ou de son suppléant désignés par le président de l'association des maires du département ou, lorsqu'il y a plusieurs associations de maires dans le département, par le préfet en concertation avec celles-ci () ; / 2° De deux personnalités qualifiées désignées par le préfet (). / Le président de la commission du titre de séjour est désigné, parmi ses membres, par le préfet () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la commission du titre de séjour était composée, conformément à l'arrêté préfectoral n°2022-003 du 29 août 2022 portant nomination de ses membres, de M. B D, maire d'Andilly et de deux personnalités qualifiées, Mme F, désignée présidente de la commission, et M. E A, capitaine de police. Par suite, le moyen tiré de la composition irrégulière de cette commission doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Devant la commission du titre de séjour, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé ".
7. Si le requérant soutient que l'avis de la commission du titre de séjour ne lui a pas été communiqué, il ressort de cet avis produit en défense que M. C a signé le procès-verbal de la séance qui s'est tenue le 23 juin 2023. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
9. Si M. C fait valoir qu'il est présent sur le territoire depuis 2011 et qu'il dispose d'une promesse d'embauche pour un emploi d'aide cuisinier, sous contrat à durée indéterminée, ces circonstances, à les supposer établies, ne sont pas, à elles seules, de nature à caractériser l'existence d'un motif exceptionnel ou de circonstances humanitaires propres à justifier une admission exceptionnelle au séjour au regard des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui n'ont, par suite, pas été méconnues.
10. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, il n'y a pas lieu d'annuler par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision fixant le pays de destination :
12. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'y a pas lieu d'annuler par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
13. En premier lieu, la décision vise les articles L. 612-6 à L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que le requérant déclare être présent sur le territoire depuis plus de dix ans, qu'il est célibataire, sans charge de famille, et non
dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et qu'il a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français les 22 janvier 2013 et 23 mars 2017. La décision qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Par suite, le moyen doit être écarté.
14. En deuxième lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'y a pas lieu d'annuler par voie de conséquence, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
15. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
16. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est célibataire et sans charge de famille, qu'il ne justifie d'aucune intégration professionnelle et a déjà fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français en 2013 et 2017 qu'il n'a pas exécutées. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées, doit être écarté. La décision n'est pas davantage entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation ".
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G C et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 2 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Buisson, président,
Mme Garona, première conseillère,
M. Ausseil, conseiller,
Assistés par Mme Pradeau, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2024.
La rapporteure,
signé
E. Garona
Le président,
signé
L. Buisson
La greffière,
signé
A. Pradeau
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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