Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311225

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2311225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 août 2023, Mme C B épouse A, représentée par Me Bertrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande tendant à l'abrogation de l'arrêté du 13 mai 2022 en tant qu'il lui refuse la délivrance d'un certificat de résidence algérien ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence algérien ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 7 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moinecourt, conseillère,

- et les observations de Me Bertrand, représentant Mme B épouse A, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse A, ressortissante algérienne née le 5 juin 1970, indique être entrée sur le territoire français le 30 octobre 2017 sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article 6.5 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 13 mai 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Par un courrier du 14 février 2023 reçu le 23 février 2023, Mme B épouse A a sollicité l'abrogation de cet arrêté en tant qu'il lui refuse la délivrance d'un certificat de résidence algérien. Elle demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ".

3. La décision par laquelle le préfet refuse d'abroger un arrêté portant refus de séjour constitue une mesure de police qui doit être motivée en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B épouse A a présenté, par courrier du 25 juin 2023 réceptionné le 30 juin 2023 par les services de la préfecture du Val-d'Oise, une demande de communication des motifs de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande d'abrogation, réceptionnée le 23 février 2023, de l'arrêté du 13 mai 2022. Le préfet du Val-d'Oise n'a pas communiqué les motifs de sa décision dans le mois suivant cette demande. Dès lors, cette décision implicite de refus d'abrogation doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le motif d'annulation retenu par le présent jugement implique seulement que la demande d'abrogation présentée par Mme B épouse A le 14 février 2023 soit réexaminée. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par Mme B épouse A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1 : La décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de Mme B épouse A tendant à l'abrogation de l'arrêté du 13 mai 2022 en tant qu'il lui refuse la délivrance d'un certificat de résidence algérien est annulée

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de la demande d'abrogation présentée par Mme B épouse A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 :

Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Drevon-Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

signé

L. Moinecourt

La présidente,

signé

E. Drevon-CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.