Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311254
lundi 8 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2311254 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er août 2023, Mme A B, représentée par Me Vanitou, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner l'État aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement adaptée à ses besoins et à ses capacités, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable des Hauts-de-Seine le 18 décembre 2019 ;
- elle subit en conséquence un préjudice moral dès lors qu'elle est contrainte de loger chez sa sœur avec sa fille mineure ;
Un mémoire en défense a été enregistré le 22 mars 2024 pour le préfet des Hauts-de-Seine qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que le comportement de l'intéressée a été de nature à faire obstacle à son relogement, l'intéressée ayant refusé, le 16 novembre 2020, une proposition de logement pour un motif qui doit être présumé comme illégitime.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction est intervenue, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 18 décembre 2019, désigné Mme B comme prioritaire et devant être logée en urgence. N'ayant pas reçu de proposition adaptée à ses besoins et à ses capacités, Mme B a saisi le préfet, par l'intermédiaire de son conseil, d'une demande indemnitaire préalable par un courrier en date du 5 avril 2023, dont l'administration a accusé réception deux jours plus tard. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
4. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu, le 18 décembre 2019, le caractère urgent et prioritaire de la demande de logement de Mme B, au motif qu'elle était, d'une part, dépourvue de logement et hébergée chez un particulier, et, d'autre part, en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral. S'il résulte de l'instruction que Mme B s'est vue adresser une première proposition de logement le 22 octobre 2020, pour un logement de type T3 situé à Montrouge, elle soutient, sans être contredite utilement, le préfet se bornant à soutenir que le motif de refus opposé par la requérante devrait être présumé illégitime, avoir refusé cette proposition au motif que celle-ci n'était pas adaptée à ses capacités, le montant du loyer de 680, 95 euros étant disproportionné au regard des revenus dont elle disposait à cette période et dont le montant mensuel s'élevait à environ 800 euros, alors qu'elle supporte par ailleurs des frais médicaux importants engagés pour le suivi médical de sa fille. Ce refus de Mme B peut donc être regardé comme reposant sur un motif impérieux de nature à le justifier. Toutefois, il résulte également de l'instruction qu'une seconde proposition de logement a été adressée à Mme B en date du 11 janvier 2022, pour un logement de type T3 lui aussi situé à Montrouge. La requérante affirme avoir refusé cette proposition au motif que le logement proposé n'était pas décent. Cependant, elle ne saurait utilement se prévaloir des quelques photographies produites, faisant état de certaines traces d'humidité et de murs à rafraichir mais ne permettant pas de qualifier le logement d'indécent, afin de justifier du bien-fondé de cette allégation. En l'absence d'autres éléments de nature à justifier le refus de cette proposition, il s'ensuit que le refus opposé par Mme B ne saurait être regardé comme reposant sur un motif légitime. Ainsi, le préfet des Hauts-de-Seine doit être regardé comme ayant proposé à la requérante une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités à cette date. La carence fautive de l'État à proposer à la requérante un logement adapté à ses besoins et à ses capacités s'étend donc en l'espèce du 18 juin 2020, date à laquelle la requérante aurait dû recevoir une proposition de logement, au 11 janvier 2022. Or il résulte de l'instruction que pendant cette période, la requérante vivait chez sa sœur, avec sa fille mineure, dans un logement d'une surface habitable de 43 mètres carrés. Cette carence lui a causé des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence.
5. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement de Mme B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 800 (huit cents) euros.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Mme B de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
7. Aucuns dépens n'ayant été exposés dans le cadre de la présente instance, les conclusions tendant au paiement de tels frais ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : L'État versera à Mme B la somme de 800 (huit cents) euros.
Article 2 : L'État versera la somme de 1 000 (mille) euros à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 8 avril 2024.
La magistrate désignée,
signé
H. Lepetit-Collin
La greffière,
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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