Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311305
jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2311305 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 29 août 2023,
10 octobre 2023 et 8 novembre 2023, M. B ou Rabah A, représenté par Me Samba, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de saisir les services ayant procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen afin qu'il soit mis fin à son signalement ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou le préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- elles sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 ;
- elles méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciations et d'erreurs de fait dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés. En outre, il demande l'ajout, à la base légale de l'arrêté en litige, des articles L. 412-5 et L. 611-1 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, il demande également une substitution de motif de fait en modifiant une partie de son arrêté concernant la menace à l'ordre public du requérant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. d'Argenson, président ;
- et les observations de Me Orum, substituant Me Samba, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B ou Rabah A, ressortissant algérien né le 12 juillet 2003, est entré en France le 10 mai 2015 sous couvert d'un visa court séjour. Il a sollicité le
15 novembre 2022 son admission au séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 9 août 2023, dont il demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.
En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :
2. L'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.
3. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas, avant de prendre l'arrêté en litige, procédé à un examen particulier et complet de la situation de M. A. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
4. Aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Lorsqu'il constate que les décisions contestées devant lui auraient pu être prises, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. En l'espèce, le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire opposés à M. A ont été prises, notamment, au motif que l'intéressé représentait un trouble à l'ordre public. La demande d'ajout de la base légale demandée par le préfet dans ses écritures en défense, fondée sur les mêmes faits que ceux indiqués dans l'arrêté attaqué, pour en déduire que l'intéressé représente une menace à l'ordre public, ne prive ainsi l'intéressé d'aucune garantie, et doit donc être accueillie, l'arrêté initial n'étant en tout état de cause pas dépourvu de base légale.
6. M. A soutient être entré en France en 2015 avec sa famille, alors âgé de
11 ans, qu'il a effectué sa scolarité depuis lors sur le territoire national, qu'il a obtenu un brevet d'étude professionnel en 2020, un baccalauréat professionnel en 2021 et un brevet de technicien supérieur en 2023. Il soutient, en outre, que sa famille nucléaire réside en France de manière régulière, qu'il est parfaitement intégré et qu'il ne constitue pas de menace à l'ordre public. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des pièces produites par le préfet, que M. A est défavorablement connu des services de police pour des faits d'extorsion commise avec arme le 26 décembre 2019, extorsion par violence le 29 mars 2019, extorsion par violence le 25 mars 2019, vol avec violence le 1er février 2020, violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité et port sans motif d'une arme blanche ou incapacitante de catégorie D le 12 février 2020, extorsion par arme blanche le 24 février 2020 et violence aggravée avec incapacité supérieure à 8 jours et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, commis, ensemble, le 11 mars 2020, soit neuf infractions dont plusieurs atteintes aux personnes. En outre, il est constant que l'intéressé a fait l'objet d'une mesure de liberté surveillée préjudicielle en février 2020 et d'un contrôle judiciaire en mars 2020 suite à une condamnation par le Tribunal des enfants pour les faits commis le 11 mars 2020. Ainsi, à supposer même qu'il disposait d'une vie privée et familiale sur le territoire, la menace pour l'ordre public que représente M. A en raison de ces faits traduisent son absence d'insertion dans la société française et sa méconnaissance des valeurs de la République. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par les décisions en litige, ni méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le préfet n'a pas entaché ses décisions d'erreurs de faits concernant la réalité de sa menace à l'ordre public que représente M. A, ni commis d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
8. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.
10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles
L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français qui ne peut excéder deux ans () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
11. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'examen de l'un d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse, à sa seule lecture, en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
12. La décision attaquée a été prise aux motifs que M. A, célibataire et sans enfant, est défavorablement connu des services de police pour les faits graves cités précédemment et qu'il ne démontre pas des attaches particulièrement intenses sur le territoire. Cette motivation atteste de la prise en compte par le préfet des Hauts-de-Seine de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'erreur de droit de cette décision doivent être écartés.
13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 et l'intéressé ne faisant état d'aucune circonstance humanitaire, c'est sans méconnaître ni les dispositions précitées ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet des Hauts-de-Seine a pu assortir son arrêté d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B ou Rabah A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Robert, premier conseiller,
Mme Bocquet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
Le président-rapporteur,
signé
P.-H. d'ArgensonL'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
D. RobertLe greffier,
signé
V. Guillaume
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2311305
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