Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311313

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2311313
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 29 août 2023 et 4 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Bulajic, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour, dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, portant autorisation de travailler, dans l'attente du réexamen de sa situation administrative, dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît le champ d'application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est illégal du fait du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 6 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Viain, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais né le 2 mai 1986, soutenant être entré en France en 2009, a sollicité le 17 février 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet du Val d'Oise a refusé d'admettre l'intéressé au séjour par un arrêté du 25 août 2022. Cet arrêté a été abrogé par un arrêté du 1er août 2023, en raison de l'incompétence de son auteur. Par un second arrêté du 1er août 2023, le préfet du Val-d'Oise a à nouveau rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".

3. En l'espèce, il ressort de ce qui a été dit au point 1 que l'arrêté attaqué a été édicté à la suite de la demande de titre de séjour formée par M. B le 17 février 2021, dont le préfet du Val-d'Oise s'est retrouvé saisi à la suite de l'abrogation de l'arrêté du 25 août 2022. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise se serait, à tort, saisi d'office de la situation du requérant et aurait ainsi méconnu les dispositions précitées, manque en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

5. En l'espèce, le requérant ne justifie pas, par les seules pièces produites, notamment par un relevé de livret A du 16 janvier 2017 et une attestation d'assurance maladie valable du 5 septembre 2016 au 4 septembre 2017, qu'il aurait résidé continument sur le territoire français entre le 15 juin 2016 et le 27 février 2017. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

6. Si M. B, qui est célibataire et sans charge de famille, se prévaut d'une présence continue sur le territoire français depuis 2009, il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'il ne l'établit pas par les pièces versées au dossier. Par ailleurs, en se bornant à produire une promesse d'embauche du 13 septembre 2022 de la société Coasis, il ne justifie d'aucune insertion professionnelle ni sociale. Enfin, il ne fait état d'aucune circonstance qui ferait obstacle à ce qu'il poursuive normalement sa vie dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il ne peut être regardé comme justifiant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant son admission exceptionnelle au séjour que ce soit au titre de la vie privée et familiale ou au titre du travail. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait méconnu ces dispositions.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 1er août 2023 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUON La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2311313