Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311562

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2311562
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPole Social (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire réceptionnés les 4 septembre et 3 octobre 2023, Mme A B, agissant en qualité de curateur renforcé de M. C D, demande au tribunal d'annuler la décision en date du 26 juillet 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande tendant à voir reconnue comme prioritaire et urgente, au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation sa demande de logement social.

Elle soutient que :

- M. D occupe un logement impropre à l'habitation ;

- le logement qu'il occupe actuellement, qui appartenait à sa défunte mère, va faire l'objet d'une vente dans le cadre de la succession de cette dernière.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête. Il soutient que M. D doit être regardé comme ne remplissant aucun des critères fixés par le code de la construction et de l'habitation pour voir sa demande de logement social reconnue comme prioritaire et urgente.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, placé par décision du 26 avril 2023 du juge des tutelles du Tribunal de proximité de Colombes sous le régime de curatelle renforcée pour une durée de soixante mois, et confié à Mme B, mandataire judiciaire à la protection des majeurs, a saisi la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine d'un recours tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue prioritaire et urgente en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 26 juillet 2023, la commission de médiation a rejeté son recours amiable. M. D demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " () II.-La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. () ".

3. Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement () en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Île-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; () être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

5. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté le recours amiable de M. D, aux motifs que l'intéressé ne pouvait être regardé comme étant dépourvu de logement car occupant d'un logement dont il est successeur, que son logement ne pouvait être regardé comme étant un local impropre à l'habitation ou un logement insalubre, et enfin que ce logement n'apparaissait pas inadapté à son handicap.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. D réside dans un logement insalubre et inadapté à son handicap, logement qui appartenait à sa mère décédée en juin 2022 et qui doit être vendu dans le cadre la succession de celle-ci, ce qui contraindra ainsi le requérant à le quitter. Toutefois, M. D ne conteste pas que le produit de la vente de ce logement devrait permettra d'accéder à un logement adapté à sa situation, ainsi que l'a relevé la commission de médiation dans la décision attaquée alors que les dispositions de la loi sur le droit au logement opposable constituent une voie ultime d'accès au logement social. Par suite, la commission de médiation a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que la demande de M. D ne présentait pas un caractère prioritaire et urgent.

7. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la commission de médiation des Hauts-de-Seine en date du 26 juillet 2023.

D É C I D E :

Article 1erer : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à M. C D, et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

La magistrate désignée

signé

H. Lepetit-Collin

La greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expedition conforme,

La greffière