Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311644
mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2311644 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 5 septembre 2023 et le 20 novembre 2023, Mme A, représentée par Me Samba, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 9 août 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière faute de la saisine préalable de la commission du titre de séjour ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui refusant un titre de séjour elle-même illégale ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui refusant un titre de séjour elle-même illégale ;
- elle est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Charlery, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante nigériane née le 12 septembre 1985, déclare être entrée en France en avril 2010 démunie de tout visa. Le 28 mars 2023, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 9 août 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. Mme A sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. En l'espèce, la décision en litige vise les textes dont elle fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui des relations entre le public et l'administration. Le préfet du Val-d'Oise souligne que Mme A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à laquelle elle ne peut prétendre faute de présenter une ancienneté dans l'emploi suffisante, notamment entre mars et novembre 2017 et d'établir sa présence depuis l'année 2010, date alléguée de son entrée sur le territoire, notamment pour les années 2014 et 2015. La décision relève également que Mme A est célibataire et n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident son enfant mineur, ses parents et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans, circonstances dont il découle que la décision ne porte pas atteinte à son droit de mener une vie familiale normale conformément à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, la décision litigieuse, qui décrit de manière suffisamment détaillée les motifs sur lesquels elle se fonde et n'a recours à aucune formule stéréotypée, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14.". Et aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ; "
5. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée.
6. Mme A fait valoir qu'en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour, la décision qu'elle conteste a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et procède d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que sa situation caractérise des considérations humanitaires et justifie de motifs exceptionnels susceptibles de lui permettre de bénéficier d'une régularisation à titre exceptionnel. Toutefois, d'une part, comme l'a justement relevé le préfet à travers l'arrêté en litige, les justificatifs produits pour les années 2014 et 2015, qui consistent en des documents médicaux et une facture d'honoraires d'avocat pour l'année 2014 et le même type de documents médicaux, ainsi qu'un avis d'imposition ne faisant apparaître aucun revenu pour l'année 2015, ne sont pas de nature à établir la présence continue de la requérante au cours de ces années. D'autre part, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la requérante ait exercé une quelconque activité professionnelle dans un emploi stable et pérenne susceptible de la faire regarder comme disposant d'une expérience professionnelle caractérisant un motif exceptionnel d'admission au séjour, les seuls documents relatifs à une activité professionnelle consistant en une attestation de promesse d'embauche datée du 21 mars 2023 pour exercer l'emploi d'agent de nettoyage en fin de chantier au sein des effectifs de la SAS SMA Pro à compter du 31 août 2023 et le formulaire CERFA de demande d'autorisation de travail afférant à cet emploi, signé le 23 mars 2023. Il ne ressort pas davantage des pièces produites que Mme A dispose de liens personnels et familiaux en France ou qu'elle ait noué dans ce pays des relations sociales durables et intenses. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en s'abstenant de saisir préalablement la commission du titre de séjour et en estimant qu'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel ne justifiait son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En troisième lieu aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de refuser d'admettre au séjour un ressortissant étranger en situation irrégulière et de procéder à son éloignement d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels ces décisions seraient prises. La circonstance que l'étranger relèverait, à la date de cet examen, des catégories ouvrant droit au regroupement familial ne saurait, par elle-même, intervenir dans l'appréciation portée par l'administration sur la gravité de l'atteinte à la situation de l'intéressé. Cette dernière peut en revanche tenir compte le cas échéant, au titre des buts poursuivis par ces mesures, de ce que le ressortissant étranger en cause ne pouvait légalement entrer en France pour y séjourner qu'au seul bénéfice du regroupement familial et qu'il n'a pas respecté cette procédure.
9. Faute d'établir avoir installé en France de manière ancienne, intense et durable le centre de ses intérêts personnels et familiaux, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6 du présent jugement, Mme A, qui est célibataire et sans charge de famille en France, n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige aurait porté au droit dont elle dispose à mener une vie personnelle et familiale normale, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, et ainsi, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage fondée, pour les mêmes motifs, à faire valoir qu'elle procèderait d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ou de ses conséquences sur sa situation.
En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, la décision refusant à Mme A un titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, dirigé contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
11. En deuxième lieu, pour les motifs énoncés aux points 6 et 9 du présent jugement, la requérante ne peut valablement faire valoir que la décision qu'elle conteste méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
12. En premier lieu, la décision refusant à Mme A un titre de séjour et celle lui faisant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégales, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions, dirigé contre la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.
13. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de renvoi vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise la nationalité de la requérante et indique qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. La décision est ainsi suffisamment motivée.
14. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ni d'aucune mention de la décision attaquée que le préfet du Val-d'Oise aurait procédé à un examen insuffisant de la situation personnelle et professionnelle de Mme A, dès lors en outre qu'elle ne fait état d'aucun élément susceptible de laisser penser qu'il existerait un obstacle quelconque à ce qu'elle puisse être éloignée vers son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans et où réside son enfant mineur et ses parents, ainsi que le mentionne l'arrêté en litige qui n'est pas contesté sur ce point.
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme A doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, s'agissant des conclusions à fin d'injonction et de celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
Mme Charlery, première conseillère,
Mme Fabas, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.
La rapporteure,
signé
C. Charlery
Le président,
signé
S. OuillonLa greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2311644
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