Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311672

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2311672
TypeDécision
PublicationC
Formation9ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise annule la décision du 14 juin 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de regroupement familial de M. C au profit de son épouse. Le tribunal estime que le préfet a commis une erreur d'appréciation en se fondant uniquement sur les ressources des douze mois précédant le dépôt de la demande, sans tenir compte de l'évolution favorable de la situation professionnelle du requérant, dont les salaires ultérieurs dépassaient le SMIC. La décision s'appuie sur les articles L. 434-7, L. 434-8 et R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrés les 14 août 2023 et 7 août 2024, M. B C représenté par Me Badani, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 14 juin 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de faire droit à sa demande de regroupement familial ou de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle au regard des articles L. 434-7-1 et R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa situation professionnelle n'a pas été prise en compte par le préfet ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2024, le préfet du Val-d'Oise confirme sa décision et produit les pièces constitutives du dossier en sa possession.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Debourg, rapporteure,

- et les observations de Me Badani, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C ressortissant égyptien né le 11 février 1989 à Gharbeya est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 5 septembre 2032. Le 14 septembre 2021, il a déposé une demande de regroupement familial au profit de son épouse, Mme A D. Par une décision du 14 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de regroupement familial. Par la présente requête, il demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes: 1o Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille; 2o Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique; 3o Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ". Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'État, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. Aux termes de l'article R. 434-4 du même code " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; () "

3. Il résulte de ces dispositions que le caractère stable et suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette même période. Cependant, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

4. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. C, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance que les conditions de ressources ne sont pas conformes dès lors que la moyenne des revenus mensuels de l'intéressé sur les douze mois précédant sa demande déposée le 14 septembre 2021, évaluée à un montant de 1 293,33 euros bruts, " est inférieure au salaire minimum de croissance brut pour deux personnes soit 1 589 euros " au cours de cette même période. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des bulletins de paie et des avis d'impôt sur le revenu produits que, durant la période comprise entre juin 2022 et juin 2023, soit sur les douze mois précédant la décision de rejet, le requérant, gérant-salarié de son entreprise, s'est versé des salaires mensuels bruts moyens d'un montant de 1 839,50 euros. Dans ces conditions, M. C établit avoir perçu un salaire supérieur à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance brut au cours de cette période. Par suite, en considérant qu'il ne remplissait pas les conditions de ressources fixées par les dispositions précitées, le préfet du Val-d'Oise a porté une appréciation erronée sur la situation du requérant au regard des dispositions précitées.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 14 juin 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de regroupement familial présentée au profit de son épouse.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Compte tenu du motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise d'accorder à M. C le regroupement familial en faveur de son épouse, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais du litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision en date du 14 juin 2023 du préfet du Val-d'Oise est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise d'admettre l'épouse de M. C au bénéfice du regroupement familial dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme, Le Griel, présidente,

Mme Fabas, conseillère,

Mme Debourg, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

T. Debourg

La présidente,

signé

H. Le GrielLa greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, le greffier