Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311692
vendredi 15 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2311692 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2023, Mme C A F, représentée par Me Aguirre Gutierrez, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligée à quitter sans délai le territoire français lui a interdit d'y retourner pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination ainsi que la décision du même jour par laquelle ce même préfet l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'illégalité par voie d'exception d'illégalité ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est irrégulière dès lors qu'elle entend déposer une demande d'asile en France compte tenu des persécutions qu'elle subies dans son pays d'origine ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle serait exposée à des persécutions qu'elle subies dans son pays d'origine ;
S'agissant de la décision portant assignation à résidence :
- elle est irrégulière dès lors que cette décision l'empêche d'accomplir les démarches pour présenter sa demande d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Ouillon, conseiller, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A F, ressortissante péruvienne, née le 24 janvier 1996, a fait l'objet, le 4 septembre 2023, d'un arrêté, pris à son encontre par le préfet des Hauts-de-Seine, l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, lui interdisant d'y retourner pour une durée d'un an et fixant le pays de destination. Par une décision du même jour, Mme A F a été assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. G demande du tribunal l'annulation de cet arrêté et de cette décision.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme B chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°2023-49 du 30 juin 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D, directrice des migrations et de l'intégration, les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai. Il n'est pas soutenu que Mme D n'était ni absente ni empêchée à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté.
3. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait illégale en raison de l'illégalité d'une autre décision, qui n'est pas désignée, n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit être écarté pour ce motif.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Mme A F soutient qu'elle est entrée régulièrement en France où elle souhaite présenter une demande d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée, qui est célibataire, a indiqué lors de son audition par les services de police, le 4 septembre 2023, qu'elle est arrivée en France en novembre 2022 qu'elle n'a pas de famille en France et que sa famille réside dans son pays d'origine. Elle ne justifie pas d'une insertion sociale particulière en France. Par suite, et eu égard à la durée et aux conditions de séjour de l'intéressée sur le territoire national et alors même que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, la décision attaquée n'a pas porté au droit de Mme C A F au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle de la requérante.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que pour interdire à Mme A F de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet a retenu les circonstances que l'intéressée avait déclaré résider en France depuis novembre 2022, qu'elle ne disposait pas d'attaches familiales fortes sur le territoire français et qu'elle ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière. En se bornant à soutenir qu'elle serait exposée à des persécutions dans son pays d'origine et souhaite déposer une demande d'asile, l'intéressée ne remet pas utilement en cause les motifs retenus par le préfet pour lui interdire de retourner sur le territoire national. Ainsi, Mme A F n'établit pas que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en lui interdisant de retourner sur le territoire français.
Sur les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination :
8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. Si Mme A F soutient qu'elle serait en danger en cas de retour dans son pays d'origine et pourrait être victime de féminicide, elle n'apporte aucun élément précis et circonstancié permettant d'établir qu'elle serait personnellement exposée à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant assignation à résidence :
10. Si Mme A F soutient que la décision contestée, qui l'assigne à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, ne lui permettrait pas de répondre aux convocations de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ou de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le cadre du dépôt de sa demande d'asile, elle ne justifie pas faire l'objet de telles convocations.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A F n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 4 septembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, lui a interdit d'y retourner pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination ni l'annulation de la décision du même jour par laquelle ce même préfet l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
D E C I D E :
Article 1err : La requête de Mme A F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A F et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
S. Ouillon
La greffière,
Signé
M. E
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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