Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311837

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2311837
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 8 septembre 2023 et le 16 novembre 2023, M. E A, représenté par Me Boy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, a édicté à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et atteste d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces utiles au dossier.

Par une ordonnance en date du 16 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixé au 17 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Dupin, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant algérien né le 19 juillet 1978, est entré sur le territoire français le 1er mai 2014, selon ses déclarations, sous couvert d'un visa Schengen arrivé à expiration le 30 mai 2014. Par une demande en date du 22 février 2023, il a sollicité auprès du préfet du Val-d'Oise son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 9 août 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à cette demande, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par arrêté n°23-014 du 22 février 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Val-d'Oise du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme D F, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture, à l'effet de signer toutes décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français avec fixation d'un pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. ".

4. Il résulte de l'examen de l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, que le préfet a visé l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, a mentionné les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation du requérant, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et a rappelé les éléments de sa situation administrative, familiale et personnelle notamment sa nationalité et les conditions de son entrée sur le territoire français. L'arrêté contesté mentionne en outre que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille, qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et que les mesures en litige ne portent pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il ne ressort enfin ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres éléments du dossier que le préfet aurait procédé à un examen insuffisamment circonstancié de la situation personnelle de M. A. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de sa situation doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

6. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. Si pour contester l'arrêté en litige, M. A soutient qu'il réside en France depuis mai 2014, la seule durée de séjour en France ne constitue pas à elle seule une circonstance exceptionnelle pouvant justifier une admission exceptionnelle au séjour. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est salarié par la société NOVAMODA depuis le mois d'octobre 2019 et produit à l'appui de cette allégation 17 bulletins de salaire couvrant la période de novembre 2019 à mars 2021, ainsi qu'une demande d'autorisation de travail datée du 21 février 2023. Si l'intéressé conteste la mention faite par le préfet du Val-d'Oise du défaut d'éléments probants recueillis auprès de l'URSSAF pour attester de la stabilité et de la pérennité de l'emploi allégué, en faisant valoir que son employeur a fourni l'intégralité du " pack employeur " dans le cadre de sa demande de titre de séjour, il apparaît constant, en tout état de causes, que la durée de travail alléguée, à la supposée même établie, demeure inférieure à quatre ans à la date de l'arrêté attaqué, en sorte qu'elle demeure insuffisante pour justifier d'un motif d'admission exceptionnelle au séjour. Ces circonstances ne sauraient donc caractériser l'ancienneté et la stabilité de son insertion professionnelle. Enfin, il est constant que M. A est célibataire, sans charge de famille, et ne fait valoir que la présence de son frère, Rachid A, de nationalité française, pour caractériser l'intensité de sa vie privée et familiale sur le territoire français, alors qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident sa mère, ses six autres frères et sœurs, et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 35 ans. Ainsi, M. A ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels pour pouvoir prétendre à une mesure de régularisation de son droit au séjour. Par suite, le préfet du Val-d'Oise n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour.

8. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. En l'espèce, pour contester la décision en litige, M. A soutient qu'il a placé le centre de sa vie privée et familiale sur le territoire français. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, il n'établit nullement être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, tandis qu'il demeure célibataire et sans charge de famille. Dans ces circonstances, le préfet du Val-d'Oise ne peut être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite le moyen tiré des stipulations précitées ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 août 2023 pris par le préfet du Val-d'Oise.

Sur les conclusions à fins d'injonction et celles relatives aux frais du litige :

11. Les conclusions à fin d'annulation de la présente requête devant être rejetées, il en va de même, par voie de conséquence, de celles à fin d'injonction et de celles relatives aux frais du litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Dupin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.

Le rapporteur,

signé

F. DUPIN

Le président,

signé

S. OUILLONLa greffière,

signé

M-J. AMBROISE

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.