Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311882
jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2311882 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 septembre 2023, Mme A représentée par
Me Saligari demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de la convoquer dans un délai de 15 jours à un rendez-vous afin de lui permettre de déposer sa demande de changement de statut dans le cadre du renouvellement de son titre de séjour et de la munir d'un récépissé l'autorisant à travailler puis d'assortir cette injonction d'une astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
- qu'elle est entrée en France en juillet 2020 muni d'un visa d'installation en sa qualité de conjoint d'un ressortissant étranger titulaire d'un passeport talent puis s'est vue remettre une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " famille de passeport talent " expirant le 17 octobre 2023. En raison de violences conjugales, elle a quitté le domicile conjugal puis a déposé plainte à l'encontre de son ex époux et entend dans le cadre du renouvellement de son titre de séjour obtenir une carte de séjour portant la mention " étudiant " ;
- en dépit de ses nombreuses tentatives elle ne parvient pas à obtenir un rendez-vous ou à déposer sa demande de changement de statut dans le cadre du renouvellement de son titre de séjour ;
- la mesure est justifiée par l'urgence dès lors d'une part qu'elle est confrontée à l'impossibilité de solliciter un changement de statut dans le cadre du renouvellement de son titre de séjour et d'autre part qu'elle ne sera plus en conformité, malgré elle, avec la législation relative au séjour et sera maintenue par conséquent dans une situation d'insécurité juridique et d'instabilité professionnelle alors qu'elle était en situation régulière sur le territoire français. En outre, l'entreprise au sein de laquelle elle effectue son stage de fin d'études risque de mettre fin à sa convention de stage alors que la validation de ce stage est indispensable à l'obtention de son diplôme de master 2 ;
- la mesure sollicitée est utile dès lors que le site de la préfecture énumère les liens internet à suivre afin de déposer une demande de changement de statut mais aucun d'eux ne s'appliquent à sa situation. Malgré de nombreuses demandes adressées à la préfecture, elle est dans l'impossibilité de déposer sa demande de titre et aucun rendez-vous et aucune autre alternative ne lui est proposée par les services préfectoraux ;
- La mesure sollicitée n'est pas de nature à faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative dès lors qu'aucune décision faisant grief susceptible de faire l'objet d'un recours contentieux n'a pu naître des échecs répétés de la procédure.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 septembre 2023, le préfet des
Hauts-de-Seine conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que la demande de titre de séjour étudiant a été enregistrée par ses services antérieurement à la requête soit le 8 septembre 2023 et qu'un titre de séjour étudiant valable du 18 octobre 2023 au 17 mars 2024 est en cours de fabrication depuis le 26 septembre 2023.
Par un mémoire enregistré le 2 octobre 2023, Mme A représentée par Me Saligari entend maintenir ses conclusions et demande en outre :
1°) à ce qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de lui remettre une convocation afin de lui permettre de récupérer son titre de séjour et dans cette attente de la munir d'un récépissé l'autorisant à travailler sous astreinte de 150 euros par jours de retard à compter de la
notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) d'allonger la durée du titre de séjour étudiant délivré par le préfet des
Hauts-de-Seine à la date du 17 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Gabarda, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, Mme A ressortissante de nationalité marocaine demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous afin de déposer sa demande de changement de statut dans le cadre du renouvellement de son titre de séjour, d'allonger la durée du titre de séjour étudiant délivré par le préfet des Hauts-de-Seine à la date du 17 juin 2024 et enfin que lui soit remis une convocation afin de lui permettre de récupérer son titre de séjour et dans cette attente de la munir d'un récépissé l'autorisant à travailler.
Sur les conclusions présentées en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
Sur la demande d'injonction tendant à l'obtention d'un rendez-vous à l'effet de déposer une demande de changement de statut :
4. Il résulte de l'instruction que postérieurement à l'enregistrement de la requête, le préfet des Hauts-de-Seine a produit à l'instance une copie d'écran informatique du logiciel de traitement des titres de séjour attestant que la demande de changement de statut présentée par Mme A a bien été prise en compte et que le titre de séjour étudiant sollicité est en cours de fabrication depuis le 26 septembre 2023. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'injonction tendant à l'obtention d'un rendez-vous à l'effet de solliciter un changement de statut afin d'obtenir un titre de séjour étudiant sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur la demande d'injonction tendant à ce que la date de validité du titre de séjour étudiant accordé soit prolongé jusqu'à la date du 17 juin 2024 :
5. Il résulte de l'instruction et en particulier de la copie d'écran informatique du logiciel de traitement des titres de séjour produit par le préfet des Hauts-de-Seine dans ses écritures en défense que le titre de séjour étudiant sollicité par Mme A lui a été accordé par une décision en date du 25 septembre 2023 ayant fixé sa durée de validité à la période comprise entre le
18 octobre 2023 et le 17 mars 2024. Par suite, la demande d'injonction susvisée, en ce qu'elle fait obstacle à l'exécution d'une décision administrative ne peut qu'être rejetée.
Sur la demande d'injonction tendant à l'obtention d'un rendez-vous à l'effet de récupérer le titre de séjour étudiant et dans cette attente à l'obtention d'un récépissé l'autorisant à travailler :
6. Il résulte de l'instruction que si le préfet des Hauts-de-Seine établit que la demande de titre de séjour étudiant sollicitée par Mme A est en cours de fabrication il ne justifie, à la date de la présente ordonnance, ni de la remise à Mme A de sa carte de séjour, ni de la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour lui permettant de travailler et de justifier de la régularité de son séjour, ni enfin de la remise d'une convocation à l'effet de lui remettre le titre de séjour accordé. Dans ces conditions, Mme A qui n'est pas en mesure de justifier de la régularité de sa présence sur le territoire français à compter du 18 octobre 2023 établit ainsi l'existence d'une situation d'urgence justifiant le prononcé de l'injonction susvisée. Cette mesure présente en outre un caractère utile et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
7. Il résulte ainsi de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des
Hauts-de-Seine de fixer à Mme A un rendez-vous en vue de la délivrance du titre de séjour étudiant en cours de fabrication depuis le 26 septembre 2023 et dans cette attente de lui remettre dans un délai de quinze jours un récépissé l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de fixer une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à ce titre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros, à verser à Mme A.
ORDONNE :
Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à Mme A une date de convocation afin de lui permettre de récupérer son titre de séjour et dans cette attente de lui remettre dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance un récépissé l'autorisant à travailler.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 19 octobre 2023.
Le juge des référés
Signé
O. Gabarda
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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