Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2312039

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2312039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 août 2023 et deux mémoires complémentaires enregistrés les 2 octobre et 26 décembre 2023, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision du 21 juin 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours gracieux tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement.

Elle soutient que :

- son époux séjourne régulièrement sur le territoire français ;

- elle n'est pas parvenue à enregistrer celui-ci ainsi que ses deux enfants sur sa demande de logement social en raison de problèmes informatiques ;

- son logement actuel est sur-occupé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 25 mars 2024.

La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a saisi la commission de médiation du département des Hauts-de Seine d'un recours tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue prioritaire et urgente en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision en date du 5 avril 2023, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande. Par une décision en date du 21 juin 2023, dont Mme B demande l'annulation, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté ce recours.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. () ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : () -être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation : " Remplissent les conditions de permanence de la résidence en France mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1 les étrangers autres que ceux visés à l'article R. 300-1 titulaires : / 1° Soit d'un titre de séjour d'une durée égale ou supérieure à un an, sous réserve que celui-ci ne soit pas périmé ; / 2° Soit d'un titre de séjour d'une durée inférieure à un an autorisant son titulaire à exercer une activité professionnelle ; / 3° Soit d'un visa d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à un titre de séjour. /Un arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre en charge du logement fixe la liste des titres de séjour concernés. ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 20 avril 2022 fixant la liste des titres de séjour prévue aux articles R. 300-1 et R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les titres de séjour visés à l'article R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation sont les suivants ou documents suivants en cours de validité :

1. Carte de résident ; / 2. Carte de résident permanent ; / 3. Carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE " ; / 4. Carte de séjour pluriannuelle ; / 5. Carte de séjour portant la mention " passeport talent " ; / 6. Carte de séjour temporaire ; / 7. Certificat de résidence de ressortissant algérien ; / 8. Récépissé de demande de renouvellement de l'un des titres numérotés de 1 à 7 ; / 9. Récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de séjour portant la mention " reconnu réfugié " ou " a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire " ou " bénéficiaire du statut d'apatride " ; / 10. Récépissé de demande de carte de résident délivrée aux conjoints de réfugiés ou de bénéficiaires de la protection subsidiaire arrivés dans le cadre de la procédure de réunification familiale prévue aux articles L. 561-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; / 11. Attestation de prolongation d'instruction d'une demande de renouvellement de titre de séjour, ou attestation de décision favorable sur une demande de renouvellement de titre de séjour selon la procédure prévue aux articles R. 431-15-1, R. 431-15-3 ou R. 431-15-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; / 12. Titre de séjour délivré à un ressortissant andorran ou à un ressortissant de pays tiers membre de sa famille mentionnant la convention signée le 4 décembre 2000 entre la République française, le Royaume d'Espagne et la Principauté d'Andorre relative à l'entrée, à la circulation, au séjour et à l'établissement de leurs ressortissants ; / 13. Passeport monégasque revêtu d'une mention du consul général de France à Monaco valant autorisation de séjour ; / 14. Visa de long séjour valant titre de séjour dès lors qu'il a fait l'objet de la procédure prévue à l'article R. 431-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; / 15. Autorisation provisoire de séjour prévue à l'article L. 425-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; / 16. Autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire " délivrée en application des articles L. 581-3 et R. 581-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. "

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée repose sur trois motifs : au terme d'un premier motif, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a estimé que l'époux de la requérante ne respectait pas les conditions de permanence de la résidence en France telles que définies par le code de la construction et de l'habitation. Par un deuxième motif, la commission de médiation a ajouté que l'instruction de la demande avait fait apparaitre des incohérences concernant la composition familiale du demandeur dès lors que son époux et ses deux enfants n'étaient pas inscrits dans sa demande logement social. Enfin, la commission de médiation a ajouté un motif surabondant tiré de que ce l'instruction ne démontrant pas que le demandeur ou un membre de famille présenterait un handicap ou que le demandeur aurait un enfant mineur à charge, la commission ne pouvait retenir l'existence d'une situation de suroccupation.

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'au nombre des membres du foyer devant être relogés, Mme B a inscrit son époux, ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence valable du 6 avril 2023 au 5 avril 2024 l'autorisant à exercer une activité professionnelle. Ainsi, en considérant que l'époux de Mme B ne satisfaisait pas aux conditions réglementaires d'accès à un logement social, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine à entaché sa décision d'une erreur de fait.

6. En second lieu, la requérante doit être regardée comme contestant le deuxième motif de la décision attaquée. Si, à cet égard, elle établit avoir déclaré son époux sur sa demande de logement social, elle ne conteste pas ne pas avoir déclaré ses deux filles nées en 2000 et 2002 et soutient avoir rencontré des difficultés techniques pour les faire apparaitre dans sa demande de logement social. A l'appui de ses allégations, elle produit un échange de courriels relatifs à une " demande d'information " concernant des modifications à apporter à une demande de logement social. Toutefois, le courriel de demande d'information adressé le 23 mai 2023 à l'assistance concernant les demandes de logement social en ligne n'est pas produit, la requérante se bornant à produire la réponse apportée par ce service le 6 juin 2023 donnant un certain nombre d'informations concernant les modalités d'enregistrement des codemandeurs et personnes à charge. Mme B ne produit pas la réponse qu'elle a été apportée à ce courrier et se borne à joindre un autre message de l'assistance informatique en date du 25 juillet 203, postérieur à la décision attaquée donc, qui évoque, pour la première fois, une difficulté à enregistrer une pièce d'identité et donnant un mode opératoire pour y parvenir. Ce faisant, la requérante n'établit ni n'avoir rencontré des difficultés pour produire les documents nécessaires avant le 25 juillet 2023 ni, à les supposer établies, avoir accompli toutes les diligences nécessaires pour les surmonter avant l'intervention de la décision attaquée. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

7. En dernier lieu, et en tout état de cause, si la requérante soutient être hébergée chez un fils de son mari et son épouse dans un logement de 68 mètres carrés accueillant dès lors huit personnes et qui serait donc suroccupé, elle ne conteste pas ne pas avoir d'enfant mineur à charge et n'établit, ni n'allègue, qu'un membre de la cellule familiale présenterait un handicap. En tout état de cause, elle ne produit aucun document qui permettrait d'attester de cette situation de suroccupation. Le moyen doit donc être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que si le premier motif de la décision attaquée est entaché d'erreur de fait, la commission de médiation aurait pris la même décision si elle n'avait retenu que le second motif de de cette décision, le dernier motif étant surabondant. Il s'ensuit que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 8 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

H. Lepetit-CollinLa greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière