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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2312074

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2312074

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2312074
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 août 2023, M. B A, représenté par Me Aboukhater, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil qui sera autorisé à en poursuivre directement le recouvrement, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable du département des Hauts-de-Seine le 21 mars 2018 et que le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 9 avril 2019 n'a pas été exécuté ;

- il subit en conséquence des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence, ainsi que des préjudices moraux et de jouissance dès lors qu'il vit dans un logement sur-occupé avec son épouse et leurs deux enfants mineurs, dont l'un souffre de problèmes de santé.

Un mémoire en défense a été enregistré le 22 mars 2024 pour le préfet des Hauts-de-Seine qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que :

- le comportement du requérant a fait obstacle à son relogement dès lors qu'il a bénéficié de trois propositions de logement dont une n'ayant pas abouti par négligence de l'intéressé ;

- une procédure d'attribution d'un logement est en cours sans qu'il lui soit possible d'indiquer si le bail a été signé.

Vu :

- la décision en date du 12 décembre 2022 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé l'aide juridictionnelle partielle, au taux de 55 %, à M. A ;

- le jugement n° 1810792 du 9 avril 2019 par lequel le tribunal administratif a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger M. A sous astreinte de 200 euros par mois de retard ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 21 mars 2018, désigné M. A comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par un jugement n° 1810792 du 9 avril 2019, le tribunal, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement avant le 1er juin 2019, sous astreinte de 200 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. A a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier en date du 6 décembre 2022, reçu deux jours plus tard par l'administration. Cette demande a été implicitement rejetée. M. A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu, le 21 mars 2018, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. A au motif qu'il occupait un logement suroccupé avec personne handicapée ou enfant mineur à charge. Par un jugement n° 1810792 du 9 avril 2019, le tribunal, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement avant le 1er juin 2019, sous astreinte de 200 euros par mois de retard. Le préfet n'a toutefois adressé aucune offre de relogement au requérant, engageant par là-même la responsabilité de l'état à raison de ces carences fautives. Or, il résulte de l'instruction que M. A occupe, avec son épouse et leurs deux enfants mineurs, nés en 2014 et 2016, un logement d'une surface habitable de 24 mètres carrés et par conséquent suroccupé. La persistance de cette situation à compter du 21 septembre 2018, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à M. A des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence. Le préfet fait valoir que plusieurs propositions de logement ont été faites au requérant, ce qui aurait eu pour effet d'interrompre la période de responsabilité de l'État. Toutefois, si la première proposition, faite en octobre 2022, n'a pu aboutir pour cause de dossier incomplet, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette circonstance serait imputable au requérant. La deuxième proposition, faite en novembre 2022, n'a, quant à elle, pas abouti, le dossier de M. A n'ayant pas été retenu par la commission d'attribution des logements. Enfin, si le préfet fait valoir qu'une procédure d'attribution d'un logement serait en cours, il n'apparait pas qu'à la date du présent jugement, M. A aurait été relogé.

5. Il résulte de tout ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement de M. A qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi au jour du présente jugement en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 5 600 (cinq mille six cents) euros.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 55 %. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme totale de 1 080 euros, à verser, d'une part, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à hauteur de 594 euros à Me Aboukhater sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, et, d'autre part, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à hauteur de 486 euros au requérant au titre de la part des frais de procédure restés à sa charge.

D É C I D E :

Article 1er : L'État versera à M. A la somme de 5 600 (cinq mille six cents) euros.

Article 2 : L'État versera, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 594 euros à Me Aboukhater, conseil de M. A, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : L'État versera la somme de 486 euros à de M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Aboukhater et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 8 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

H. Lepetit-Collin

La greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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