mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2312191 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | LEKEUFACK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 15 septembre, 6 et 13 décembre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. A C, représenté par Me Lekeufack, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- le préfet s'est cru en compétence liée ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant qu'il constituait une menace à l'ordre public ;
- l'arrêté contesté méconnait l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
- et les observations de Me Lekeufack, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant congolais né le 6 mars 1993, entré en France le 5 janvier 2010 dépourvu de visa, a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 19 décembre 2019. Le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour par un arrêté du 17 juillet 2023 dont l'intéressé demande l'annulation.
2. En premier lieu, par un arrêté du 11 juillet 2023 publié au recueil des actes administratifs de l'État dans le département le même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme F G, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les actes relevant du domaine des titres de séjour, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D B, directeur des migrations et de l'intégration. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B n'était pas absent ou empêché lorsque l'arrêté attaqué a été signé. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " doivent être motivées les décisions qui: / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police; " L'article L.211-5 du même code dispose que " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
4. L'arrêté du 17 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour temporaire à M. C mentionne le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement duquel il a été pris et vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise également les circonstances relatives à la situation personnelle et familiale du requérant, et notamment que l'intéressé a gravement troublé l'ordre public au cours des années 2016 à 2019, qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Pontoise le 16 novembre 2016 à 350 euros d'amende pour conduite d'un véhicule sans permis, par le tribunal correctionnel d'Evry, le 13 décembre 2018, à 3 mois d'emprisonnement avec sursis et 300 euros d'amende pour faux dans un document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation et conduite d'un véhicule sans permis et par le tribunal correctionnel de Pontoise, le 27 novembre 2019, à 2 ans d'emprisonnement dont 1 an et 6 mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant 2 ans, pour violence habituelles suivies d'incapacité supérieure à 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Il mentionne, en outre, que compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et notamment des conditions de son séjour en France, l'intéressé ne peut être regardé, alors même qu'il dispose d'une ancienneté de séjour, comme justifiant de considérations humanitaires justifiant son admission exceptionnelle au séjour et qu'il ne peut bénéficier de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est séparé de son épouse et que selon ses déclarations il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents. Ainsi, cet arrêté, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet du Val-d'Oise se serait estimé en situation de compétence liée ou aurait omis de procéder à un examen particulier de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé au regard des éléments portés à sa connaissance avant d'édicter à son encontre l'arrêté portant refus de délivrance d'un titre de séjour.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, (). "
7. Lorsque l'administration oppose à un étranger, sur le fondement de l'article L. 412-5, le motif tiré de ce que sa présence constitue une menace pour l'ordre public, pour refuser de faire droit à sa demande, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure de refus de renouvellement du titre de séjour et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace pour l'ordre public.
8. En l'espèce, le requérant fait valoir que le préfet a commis une erreur d'appréciation quant au trouble à l'ordre public qu'il représente. Il affirme que la condamnation qui lui est reproché est ancienne, qu'il a purgé sa peine et qu'il ne constitue ainsi plus une menace actuelle pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que si les condamnations par le tribunal correctionnel de Pontoise et le tribunal correctionnel d'Evry d'une part, à 350 euros d'amende le 16 novembre 2016 pour conduite d'un véhicule sans permis le 3 août 2015, et d'autre part, à 3 mois d'emprisonnement avec sursis et 300 euros d'amende le 13 décembre 2018 pour faux dans un document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation et conduite d'un véhicule sans permis le 23 juillet 2017 sont anciennes, M. C a plus récemment été condamné le 27 novembre 2019, par le tribunal correctionnel de Pontoise à 2 ans d'emprisonnement dont 1 an et 6 mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant 2 ans, pour violences habituelles suivies d'incapacité supérieure à 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité du 1er mars 2014 au 18 novembre 2019. L'incapacité temporaire de travail de son épouse a été fixée à 15 jours et il a également été condamné à lui verser 2 000 euros en réparation de son préjudice moral. Dès lors, eu égard à la particulière gravité des faits, à leur durée dans le temps entre 2014 et 2019, alors en outre que la commission du titre de séjour a émis, le 23 juin 2023, un avis défavorable à la délivrance d'un titre de séjour, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet du Val-d'Oise a estimé que M. C représentait une menace à l'ordre public et a, pour ce motif, refusé de lui délivrer un titre de séjour.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " L'article 371-2 du code civil dispose que " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. "
10. Si le requérant est père de sept enfants français, scolarisés en France, ceux-ci vivent avec leur mère. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le requérant exercerait un droit de visite. En outre, en se bornant à produire une attestation de leur mère, il n'établit pas l'existence de liens affectifs, forts et stables avec ses enfants. Il ne transmet aucune pièce, aucune facture ni aucun relevé de compte permettant d'établir une éventuelle contribution financière à l'entretien de ses enfants. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui accorder un titre de séjour, le préfet du Val-d'Oise aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
12. Il ressort des pièces du dossier, que si M. C est parent de sept enfants français, il n'établit pas comme évoqué au point 10 contribuer à leur entretien et à leur éducation ni exercer régulièrement son droit de visite. En outre il est séparé de la mère de ses enfants. Par ailleurs, il ne démontre pas l'intensité et la stabilité de ses liens privés et familiaux en France alors qu'il n'est pas isolé dans son pays où vivent ses parents et où il a vécu jusqu'à l'âge de 16 ans. S'il fournit des bulletins de salaire pour des missions d'intérim réalisées de mai à septembre 2023, il ne fournit pas la preuve d'une activité salariée régulière. Enfin la seule circonstance que le requérant réside en France depuis 2010 n'est pas de nature à elle seule à lui conférer un droit au séjour. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ce refus.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
14. Ainsi qu'il a été dit au point 10 du présent jugement, en se bornant à produire une attestation de la mère de ses enfants, le requérant ne justifie pas de l'existence et du maintien de liens affectifs stables et intenses avec ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 juillet 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
M. Amazouz, premier conseiller,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
La rapporteure,
signé
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
signé
T. BertonciniLa greffière,
signé
M. E
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026