Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2312286
lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2312286 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 septembre et 26 novembre 2023, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision du 19 juillet 2023 par laquelle la commission de médiation des Hauts-de-Seine a rejeté son recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social.
Elle soutient que :
- elle est hébergée chez ses parents de manière temporaire depuis le décès de son époux, qui l'a contrainte à quitter le logement qu'elle occupait dans le parc privé faute de ressources suffisantes ;
- cette situation est incompatible avec les besoins de la famille, dès lors qu'elle est contrainte de vivre dans une chambre avec ses trois enfants mineurs.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine soutient que l'affaire peut être regardée comme en état d'être jugée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction est intervenue, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B a saisi la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine d'un recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision en date du 19 juillet 2023, dont Mme B demande l'annulation, la commission de médiation des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. () ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : () -être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance () -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret () ". Aux termes de l'article R. 822-25 du même code : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.
4. En l'espèce, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté le recours amiable de Mme B en se fondant sur trois motifs : premièrement, la commission de médiation a estimé que si le demandeur était hébergé chez un particulier, sa demande de logement social n'avait été enregistrée que le 15 octobre 2022 et que ses démarches préalables étaient dès lors insuffisantes, ne pouvant lui permettre de bénéficier des dispositions de la loi sur le droit au logement opposable qui constituent une voie ultime d'accès au logement social. Par un deuxième motif, la commission de médiation a ajouté que la requérante indiquait avoir donné congé du logement qu'elle occupait dans le parc privé, le loyer étant trop élevé, sans apporter d'éléments attestant du caractère disproportionné du loyer par rapport à ses ressources. Enfin, la commission de médiation a ajouté un motif tiré de ce qu'au vu de la superficie du logement dans lequel elle est hébergée, la suroccupation ne pouvait être retenue.
5. Pour contester la décision litigieuse, Mme B soutient être hébergée, avec ses trois enfants mineurs, chez ses parents, situation résultant du décès soudain de son époux survenu au mois de mars 2023 l'ayant mise dans l'incapacité de s'acquitter du loyer du logement qu'ils occupaient dans le parc privé, trop élevé par rapport à ses capacités financières. La requérante soutient que cette situation est difficile dès lors qu'elle est contrainte de vivre dans une chambre avec ses trois enfants, fragilisés psychologiquement, alors que sa mère, qui les héberge, souffre de problèmes de santé.
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté par la requérante que sa demande de logement social a été enregistrée le 15 octobre 2022, et que son recours amiable tendant à voir cette demande reconnue comme prioritaire et urgente a été enregistré le 17 avril 2023 au secrétariat de la commission de médiation des Hauts-de-Seine. Toutefois, en retenant la date de dépôt par Mme B de sa demande de logement social, qui précède de six mois son recours amiable, pour lui opposer le caractère insuffisant de ses démarches préalables alors que cette demande de logement social a été précipitée par un changement brutal dans sa situation familiale affectant durablement les capacités financières de la requérante, la commission de médiation a entaché ce motif d'une erreur d'appréciation.
7. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que pour contester le deuxième motif opposé par la commission de médiation des Hauts-de-Seine et tiré de ce que la requérante n'apportait aucun élément justifiant du caractère disproportionné du loyer dont elle s'acquittait pour le logement dans le parc privé qu'elle occupait précédemment, Mme B établit que le loyer, s'élevant à près de 1 900 euros mensuels alors qu'elle perçoit 1 500 euros de ressources mensuelles, était disproportionné par rapport à ses capacités financières. Dès lors, elle doit être regardée comme ayant donné congé du logement qu'elle occupait précédemment en justifiant d'un motif légitime. Par suite, la commission de médiation a entaché ce second motif de sa décision d'une erreur de fait.
8. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que la requérante est, avec ses trois enfants, hébergée chez ses parents, dans un logement d'une surface habitable de 145 mètres carrés, qui, par conséquent, ne présente pas un caractère suroccupé. Dès lors, et eu égard aux conditions de la cohabitation telles que rappelées, et en dépit du contexte douloureux dans lequel cette cohabitation intervient, la commission de médiation a pu, à bon droit, estimer que les conditions d'hébergement de Mme B ne justifiaient pas que sa demande de logement social soit regardée comme présentant un caractère prioritaire et urgent. Or, la commission de médiation aurait pris la même décision à l'égard de la requérante en se fondant sur ce seul et dernier motif de sa décision.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle attaque.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.
La magistrate désignée
Signé
H. Lepetit-CollinLa greffière
Signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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