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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2312385

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2312385

lundi 25 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2312385
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantBATTAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2023, et des pièces complémentaires enregistrées les 23 janvier 2024 et 6 février 2024, Mme A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision notifiée le 18 juillet 2023 par laquelle le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire, la suspension du versement de son revenu de solidarité activée (RSA) à compter du mois de mars 2023;

2°) d'enjoindre au département des Hauts-de-Seine de la restaurer dans ses droits pour l'ensemble de la période où son allocation lui a été supprimée, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision initiale de suppression de ses droits au RSA ne lui a jamais été notifiée ;

- le département n'a pas respecté les règles de procédures, en méconnaissance des droits de la défense ;

- ses déclarations trimestrielles de ressources, qui comprennent bien l'ensemble des ressources de toutes les personnes composant son foyer, ont été transmises à la caisse d'allocations familiales qui a bien accusé réception de ces dernières ;

- cette suppression du RSA est une sanction déguisée, prise en représailles des contentieux qu'elle a engagés par ailleurs à l'encontre de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 janvier 2024 et 8 mars 2024, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée,

- et les observations de Mme B, présente.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née le 18 février 1980, n'a plus perçu le revenu de solidarité active (RSA) à compter du mois de mars 2023. Le 19 juin 2023, elle a formé un recours auprès du département des Hauts-de-Seine en vue d'obtenir le rétablissement du versement du RSA. Par un courrier non daté dont Mme B indique avoir accusé réception le 18 juillet 2023, le département des Hauts-de-Seine a rejeté ce recours. Mme B demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active (RSA), il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

3. Dès lors que la décision attaquée ne remet pas en cause les versements déjà effectués, il appartient au tribunal de se prononcer directement sur les droits de Mme B au RSA sans avoir à se prononcer sur les vices propres de l'acte invoqué par le requérant. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure, qui concerne d'éventuel vice propre de la décision attaquées et est dépourvu d'influence sur les droits réels de la demandeuse de l'allocation qui sont déterminés par le juge dans le cadre du recours contentieux, doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision, qui n'ont d'incidence que sur les délais de recours, sont sans incidence sur la légalité d'une décision. Dès lors, la circonstance que la décision de non-versement du RSA n'ait pas été notifiée à Mme B ne saurait être utilement invoquée. Par suite le moyen, inopérant, doit être écarté.

5. En troisième lieu, selon l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles: " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ". Aux termes de l'article L. 262-38 du même code : " Le président du conseil départemental procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active au terme d'une période, définie par décret, sans versement du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-33 du même code : " Sans préjudice des dispositions particulières prévues aux articles L. 262-37 et L. 262-38, l'allocation est due à compter du premier jour du mois civil au cours duquel la demande a été déposée auprès d'un des organismes mentionnés à l'article D. 262-26. ". L'article R. 262-35 du même code précise que : " Le revenu de solidarité active cesse d'être dû à compter du premier jour du mois civil au cours duquel les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies () ". Aux termes de l'article R. 262-38 du même code : " En cas de non-retour de la déclaration trimestrielle de ressources dans les délais nécessaires pour procéder au calcul de l'allocation, le président du conseil départemental peut décider qu'une avance est versée au bénéficiaire. Les modalités de calcul de cette avance, ainsi que les conditions qui justifient que l'intéressé puisse y prétendre, sont fixées par délibération du conseil départemental. " Aux termes de l'article R. 262-40 de ce code : " Le président du conseil départemental met fin au droit au revenu de solidarité active et procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active, selon les cas : 1° Dans les délais fixés à l'article R. 262-35 lorsque les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies ; 2° Le premier jour du mois qui suit une période de quatre mois civils consécutifs d'interruption de versement de l'allocation () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine a suspendu le versement à Mme B de son revenu de solidarité active à compter du mois de mars 2023 dès lors qu'elle avait omis transmettre ses déclarations trimestrielles à compter de cette date, ne déclarant ni ses revenus, ni ceux de son époux. Si Mme B soutient avoir toujours effectué ses déclarations trimestrielles, elle n'a produit que des formulaires de déclaration trimestrielles de ressources remplies à la main, cette production n'étant au demeurant intervenue qu'après que le tribunal lui a demandé de produire des pièces attestant qu'elle avait déclaré ses ressources à la CAF, et elle n'a joint aucune pièce, ni n'a apporté aucune précision permettant d'établir que ces formulaires aient été effectivement transmis ou envoyés à l'époque. Par conséquent, c'est à bon droit que le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a suspendu le versement à son bénéfice du revenu de solidarité active à compter du mois de mars 2023.

7. En dernier lieu et en tout état de cause, si Mme B soutient que ce refus procède d'un détournement de pouvoir au motif qu'elle est en litige avec la CAF pour des indus qu'elle conteste, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la décision attaquée repose des motifs légaux et établis. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir ne pourra qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et, en tout état de cause, de celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.

La magistrate désignée,

signé

M. MonteagleLa greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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