Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2312582

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2312582
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2023, M. C A, représenté par Me Samson, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Eure-et-Loir a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois.

Il soutient que :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas de sa compétence ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un détournement de procédure ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de l'Eure-et-Loir, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté référencé " 3 F " du 18 juillet 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Eure-et-Loir a prononcé la suspension de son permis de conduire pour une durée de six mois sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () et les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.() ".

3. En premier lieu, par arrêté du 22 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de l'Eure-et-Loir a délégué à Mme H G, cheffe du pôle Titres de la préfecture, en l'absence de M. F D, directeur de la citoyenneté et de Mme B E, cheffe du bureau du contentieux interministériel et des titres, la signature des arrêtés de suspension des permis de conduire. Il n'est pas soutenu que ces autorités n'auraient pas été absentes ou empêchées. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit dès lors être écarté comme manifestement infondé.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. L'arrêté attaqué vise les articles du code de la route sur lesquels il est fondé, notamment les articles L. 224-6 et L. 224-9 et R. 224-4, et indique que M. A a été interpellé au volant de son véhicule, sur la commune d'Ermenonville-la-Grande alors qu'il avait commis un dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée. L'arrêté attaqué précise que de ce fait, M. A représente un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, la sienne et celle de ses éventuels passagers, raison pour laquelle son permis de conduire doit être suspendu. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation est manifestement infondé.

6. En troisième lieu, aux termes du I de l'article L. 224-1 du code la route : " Les officiers et agents de police judiciaire retiennent à titre conservatoire le permis de conduire du conducteur : / () 5° Lorsque le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué ; / () ". Selon l'article L. 224-2 du même code : " Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévu à l'article L. 224-1 () prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / () 3° Le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué ; () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le permis de conduire de M. A a été suspendu au motif qu'il venait de commettre, le 15 juillet 2023 à 16h00 sur la commune d'Ermenonville-la-Grande (28) un dépassement de vitesse de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée en roulant à 169 km/h sur une portion limitée à 110. Dès lors, le comportement du requérant créait pour lui-même et pour les tiers un risque grave. Dans ces conditions, et eu égard au délai de 72 heures imparti au préfet pour prendre sa décision, le préfet de l'Eure-et-Loir doit être regardé comme ayant été placé dans une situation d'urgence ne lui permettant pas de respecter la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen du détournement de procédure ne peut qu'être écarté comme étant manifestement infondé.

8. Enfin, M. A ne saurait utilement soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, motif pris de ce que l'excès de vitesse qui lui est reproché ne peut être regardé comme établi en l'absence de mention sur l'avis de rétention de l'homologation du cinémomètre et de sa vérification annuelle, dès lors que le contrôle de la réalité et de l'élément matériel de l'infraction commise le 15 juillet 2023 relève de la seule compétence du juge pénal.

9. La requête de M. A ne comporte que des moyens manifestement infondés et inopérants. Dès lors, à défaut de moyen utile soulevé dans le délai de recours contentieux, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de M. A, qui n'a pas annoncé de mémoire complémentaire, sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au préfet de l'Eure-et-Loir.

Fait à Cergy, le 6 mai 2024.

La présidente de la 4ème chambre,

signé

C. Bories

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure-et-Loir, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision